‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 92 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

ORDONNANCE SUR LES LEVÉES ET SUR LE PAPIER MONNAIE.— TRAITE EXCLUSIVE SUR LE MISSOURI ET SES AFFLUENTS AC- CORDÉE À DÉRUISSEAU.—INTRIGUES DES CHACTAS ET DES CHICKASSAS.—MÉMOIRE DE DEVERGÈS SUR L'EMBOUCHURE DU FLEUVE.—POPULATION DE ‘LA: NOUVELLE ORLÉANS ET DE LA COLONIE. — LENORMANT REMPLACE SALMON, COMME COMMIS-: SAIRE-ORDONNATEUR.—FORTIFICATIONS DE LA LOUISIANE.—OU- RAGAN TERRIBLE,

Les Chickassas ne furent pas plutôt informés de l’arrivée d’un nouveau gouverneur, qu’ils lui députérent, pour demander la paix, quatre de leurs chefs avec un français, nommé Carignan, qu'ils retenaient prisonnier depuis long-temps. Ces chefs se rendirent d’abord chez les Alibamons, d’où ils envoyèrent Carignan à la Nouvelle-Orléans avec des lettres qu’ils avaient fait écrire au marquis de Vaudreuil. Par ces lettres, ils demandaient qu’on leur accordât la paix et qu’on leur procurât des secours en munitions et marchandises qui leur étaient nécessaires. Ils marquaient en même temps que s'ils gardaient les autres Français qui étaient encore chez eux, ce n’était que pour obtenir plus facilement leur demande. M. de Vaudreuil leur

2 [onar. xvu.

fit répondre qu’il leur accorderait la paix à deux conditions :

1°. Qu'il ne serait rien conclu que de concert avec les Chactas, auxquels les Chickassas seraient tenus de donner une satisfaction convenable pour tout ce qu’ils avaient fait contre eux à l’instigation des Anglais.

2°. Qu'ils chasseraient de leurs villages les traiteurs anglais, auteurs de tous les malheurs qui leur étaient arrivés.

Le 18 octobre, messieurs de Vaudreuil et Salmon lancèrent une ordonnance qui obligeait les habitants de faire leurs levées avant le ler. janvier 1744, sous peine pour eux de voir réunir leurs terres au domaine de la couronne.

Cette pénalité était assez sévère pour assurer l’exécution de l’ordonnance et il est probable que les levées furent régulièrement faites et entretenues.

Le budget des dépenses de la colonie fut, cette année, de 348,528 livres. ë

Au commencement de 1744, M. de Vaudreuil informa son gouvernement qu'il avait fait des présents aux sauvages et morigéné le Soulier Rouge qu’on aurait

dû, suivant lui, traiter plus durement qu’on ne l'avait

fait jusqu’à présent. “Je l’ai menacé, dit-il, de lui ôter sa médaille à la première faute et de lui retrancher ses présents. Les Chactas sont affectionnés et soumis.

“Les Chickassas continuent à demander la paix. J’en ai parlé aux Chactas, qui m'ont dit d’en fuire à ma guise et que ma décision, quelle qu’elle fût, serait agréée par eux. Les Chickassas auraient accepté mes conditions de paix basées sur l'expulsion complète des Anglais, si j'avais pu leur fournir toutes les marchandises dont ils ont besoin. Mais les magasins sont vides de marchandises et de munitions, et je n’ai pu m'’exposer à un manque de foi” M. de Vaudreuil termine sa dépêche en demandant avec instance des vivres et des

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muhitions et en affirmant que, s’il en était pourvu, il gagnerait facilement toutes les nations sauvages. D’ailleurs, la demande de marchandises est le refrain de toutes ses lettres, et il ne cesse d’assurer le gouvernement français que c’est le seul moyen d’exercer de l’influence sur les sauvages et d’en conjurer les hostilités.

Les Chickassas, qui avaient proposé aux Français de traiter de la paix sans la participation de leurs alliés, les Chactas, proposaient aussi à ces derniers de faire la paix sans consulter les Français. À ce sujet, M. de Vaudreuil écrivait en date du 17 septembre : “Il parait que les Chickassas ont fait proposer la paix aux Chactas sans ma participation, et que les Chactas sont assez disposés à l’accepter de même. Ce serait pour les Anglais un excellent moyen de rentrer chez les Chactas et de les mettre dans leurs intérêts contre nous. Ce changement de dispositions est étrange et contraste singulièrement avec la soif de guerre et de vengeance que les Chactas manifestaient naguère. Je ferai tout ce que je pourrai pour neutraliser ces efforts qui tendent à notre perte, mais il ne faut pas se dissimuler que nous n’avons rien, que nos magasins sont vides et que, entre nous qui ne pouvons que promettre et les Anglais qui donnent, le choix n’est pas douteux pour les sauvages. Déjà plusieurs sont allés traiter de leurs pelleteries aux Alibamons avec les Anglais, et cet exemple sera contagieux. Tout ce que je puis faire, c’est d’insinuer qu'il n’y a nulle bonne foi dans toutes ces propositions des Chickassas, qui veulent probablement attirer leurs ennemis pour les mieux frapper par surprise, ou qui cherchent tout au moins, à l’abri de ces pourparlers, le moyen de faire tranquillement leurs récoltes.”

Après avoir fait cet exposé, M. de Vaudreuil redemande avec plus de vivacité que jamais des vivres et des marchandises, en alléguant que, sans cela, il ne ré-

4 Lomar, xvir.

1744 pond pas que tous les sauvages ne passent aux Anglais.

Le 27 d'avril, le conseil d'Etat avait pris l'arrêté suivant :

“Attendu que le papier de carte et les billets perdent, suivant l'information que nous avons reçue, 200 pour cent sur l’argent comptant et que, par conséquent, tout est devenu d’une cherté excessive, nous avons jugé, pour faire cesser ces inconvénients préjudiciables à nos finances, au bien de la colonie, et aux progrès de son commerce, devoir faire retirer la totalité des cartes et des billets qui se trouveront répandus dans le public, pour en supprimer le cours, en prenant d’ailleurs des mesures pour pourvoir aux fonds nécessaires au paiement des dépenses que nous ordonnons ; mais comme il ne serait pas juste que nous fissions le remboursement de ces cartes et billets au pair, puisque les dépenses pour le paiement desquelles ils ont été délivrés, ont été portées à des prix proportionnés au discrédit public, nous avons résolu d’ordonner le remboursement de ces valeurs, à la réduction de cent cinquante pour cent, en lettres de change sur le trésorier genéral de France, et nous annulons les cartes et billets qui ne seraient pas rapportés dans les deux mois qui suivront l’enrégistrement des présentes.”

On se rappelle que le gouvernement, malgré l'avis contraire de Bienville et de Salmon, avait, en 1735, fait une émission de monnaie de cartes qui, avait-on dit aux colons, ne devait pas avoir le sort du papier de la com-

pagnie des Indes, attendu que le papier du roi devait nécessairement offrir des garanties meilleures que celles d'aucune compagnie. Mais à peine neuf années s’étaientelles écoulées, que ce papier perdait 200 pour cent, et que le gouvernement français profitait de cette circonstance pour retirer, avec une réduction de 150 pour cent, son propre papier, qu’il avait émis au pair, Ainsi, c'était toujours la même répétition relativement à ce misérable

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papier: ænaie, sous quelque forme qu’il parût ; c'était toujours .« même système de fraude et de mensonge de la part du gouvernement, et le même esprit de bonhomie ou de résignation de la part des colons, qui ne se lassaient pas d’être pris pour dupes. La Louisiane, comme on le voit, a toujours beaucoup souffert par le papier-monnaie et n’en était pas à ses premiers malheurs de ce genre, lorsque, un siècle plus tard, les catastrophes amenées par les banques sont tombées sur elle, et ont failli l’écraser.

M. de Vaudreuil débuta mal dans son administration, et retomba dans l’ornière des monopoles, qu’on aurait dû abandonner pour toujours et que le gouvernement avait déjà trouvés si nuisibles aux intérêts de la colonie. Le 8 d’août, il accorda au sieur Déruisseau la traite exclusive sur le Missouri et ses affluents, pendant cinq années, à partir du ler. janvier 1745 jusqu’au 20 mai 1750, sous la réserve pour le gouvernement, de changer, augmenter ou retrancher les conditions de cette concession, suivant les circonstances et suivant ce qui paraîtrait convenir à la prospérité de la colonie, et à la charge, pour le sieur Déruisseau, de finiret parfaire le fort commencé au Missouri, de le tenir assorti en marchandises, et de maintenir l’union parmi les sauvages, dont il devait apaiser les querelles à ses frais et dépens. Le sieur Déruisseau devait en outre payer au commandant de ce poste cent pistoles de gratification par an, et était tenu de lui faire le transport de ses provisions et effets aux Tlinois. Il s’obligeait aussi à nourrir la garnison du poste à ses frais et dépens.

M. de Vaudreuil a pu consciencieusement se tromper en accordant le privilège exclusif de faire le commerce du Missouri et de ses affluents, à condition que le concessionnaire achèverait la construction d’un fort et en nourrirait la garnison. Ila pu honnêtement croire qu’il était dans l'intérêt public de faire une pareille conces-

6 Lonar, xvir.

sion. Mais dans quel but stipulait-il un pot de vin ou une gratification annuelle de cent pistoles pour le commandant du poste du Missouri? Etait-ce pour favoriser un officier privilégié? M. de Vaudreuil n’explique pas cette partie du contrat ; mais il se borne, dans une dépéche du 6 décembre, à dire qu’une de ses raisons pour accorder à M. Déruisseau le monopole des Illinois, était de priver les habitants de ce pays de tout commerce avec les sauvages, afin de les forcer de se livrer à la culture des terres. Voici un extrait de cette dépêche :

“ Pour ce qui concerne les Illinois, il n’y a qu’un moyen de forcer les habitants de s’occuper de la culture des terres que l’on laisse en friche, c’est de ne point laisser aux habitants la liberté, comme par le passé, de courir toutes les nations sauvages, sous prétexte de faire le commerce de pelleteries avec elles, ce qui a occasioné nombre d'abus et de brigandages qu’il convient de réprimer entièrement, et cela par la voie des traites exclusives.

“Il serait convenable d'y prohiber l'introduction des nègres, pour tirer les habitants de leur nonchalance et les obliger à travailler eux-mêmes. D'ailleurs les nègres seraient plus productifs au bas de la colonie. On ne laisserait monter des nègres aux Illinois que lorsque les habitants seraient sevrés de leurs habitudes de vagabondage et de brigandage, et lorsque étant devenus sédentaires, ils s’occuperaient du moins à faire travailler les nègres à la culture de leurs terres.

“ On continue de découvrir des mines de plomb et de cuivre aux Illinois. J’en envoie des échantillons. Il faudrait des faux-sauniers dans ce poste pour travailler aux mines.”

On voit que M. de Vaudreuil en revenait aux anciens errements : les mines et les monopoles commerciaux. L'exploitation des mines avait toujours été le rêve favori du gouvernement français et de la plupart des

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gouverneurs qui étaient venus à la Louisiane. On ne 1744.

conçoit pas une persistance aussi obstinée. La colonie ne produisait pas encore assez de vivres même pour les cultivateurs du soi et pour les troupes qui étaient dans le pays. Il fallait en expédier de France avec des frais énormes, et, s’il faut en croire les dépêches des gouverneurs, les colons avaient presque toujours été à la veille de mourir de faim, depuis la fondation de la colonie. À part les dépenses considérables qu’il aurait fallu faire pour exploiter une mine dans un pays nouveau, où il aurait fallu envoyer de France tous les matériaux d'exploitation, comment aurait-on nourri cinq à six cents mineurs réunis sur un point des Arkansas ou des Illinois? Il est évident que c’est de France qu’il aurait fallu envoyer, non-seulement tous leurs outils, mais aussi tous leurs moyens de subsistance. Car M. de Vaudreuil, dans une lettre du 28 octobre, disait encore, quarante-cinq ans après que la colonie avait été établie : “ S’il n’était pas arrivé le la farine par l'Eléphant, les soldats eussent été sur le point de la révolte. Dans un pays où les ressources agricoles paraissaient être si peu en rapport avec les besoins de la population, qu’il fallait en faire venir d'Europe, sous peine de famine, comment pouvaiton songer à l’exploitation des mines, du moins avec quelque avantage ! Cependant on y persistait.

Vers la fin de décembre, M. de Vaudreuil eut la satisfaction de rompre les pourparlers de paix projetée entre les Chactas et les Chickassas, et de faire recommencer les courses des premiers contre les derniers. Il avait même réussi à se concilier le bon vouloir du célèbre Soulier Rouge, dont les intrigues avec les Anglais donnaient tant de soucis aux Français. Le fait est que le marquis de Vaudreuil n’avait pas voulu sincèrement rétablir la paix entre les Chactas et les Chickassas. Lorsque ceux-ci, à son arrivée dans la colonie, lui firent des ouvertures de paix, il répondit qu’il ne traiterait

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1744. avec eux que du consentement des Chactas, et lorsque les Chactas lui dirent d’en faire à sa guise, il trouva quelque prétexte pour ne pas réconcilier ces deux nations. La politique française avait toujours été d’affaiblir les tribus indiennes les unes par les autres. Elles n'étaient pas assez simples pour ne s’en être pas aperçues, mais elles avaient tellement contracté le goût et le besoin des marchandises européennes, qu’elles ne pouvaient plus s’en passer et qu’elles s'étaient par conséquent placées sous la dépendance des Français et des Anglais qui leur en fournissaient, et qui, par ce moyen, les poussaient à toutes sortes de guerre, au détriment de la population aborigène. (C'était une race d'hommes qui devait s’éteindre graduellement. Au lieu de s'unir, pour lutter contre le sort qui les menaçait, ils semblaient aller au-devant de leur destinée,

Le budget des dépenses de la colonie, cette année, fut plus fort que tous ceux des années précédentes, et se monta à 529,445 livres.

1745. Le 2 de janvier 1745, M. de Vaudreuil informait le | gouvernement français qu'on avait trouvé une riche mine de fer à la Mobile, et que le sieur Paule, négociant l de Marseille, demandait à l’exploiter. Le sieur Paule l voulait un privilège, mais ne demandait aucune avance l de fonds. Il parait du reste que cette communication 1 de M. de Vaudreuil reposait sur de fausses informations, 1

’ car, depuis lors, on n’a plus entendu parler de cette riche 1

: mine de fer. Plus tard, il annonça encore la découverte (

d’autres mines aux Illinois. Toutes ces prétendues dé- ( couvertes ne furent suivies d'aucun résultat, et ne prou- c

vent qu’une chose, c'est que quarante-six ans d’expé- a

rience n’avaient pas dégoûté les Français de ces coùû- F

! teuses et inutiles recherches. g

Cette année, le Soulier Rouge donna une autre preuve q de son inconstance, Après être revenu aux Français, ce chef habile était rentré dans les intérêts anglais.

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Probablement, il appartenait à ceux qui le payaient le 1745.

mieux, et il oscillait perpétuellement entre les deux peuples qui se le disputaient. Le 16 octobre, M. de Loubois, lieutenant de roi, commandant à la Mobile, écrivait au ministre :—“Le Soulier Rouge, qui a plus d’esprit que tous les autres, a encore embauché les Chactas et a soulevé une grande partie de sa nation contre les Français. Il est encore redevenu anglais, et, ce qu’il y a d’extraordinaire, il a réussi à gagner Alibamon Mengo, qui avait toujours soutenu les intérêts français avec beaucoup de zèle. Voyant que les chefs à médaille avaient abandonné le parti français, j'écrivis à M. d'Herneuville, commandant à Tombekbé, et à M. Hazure, qui commande aux Alibamons, de veiller sur leurs démarches et d’opposer aux chefs à médaille une contre-cabale de chefs assez puissants pour les contenir. Ces deux officiers réussirent à merveille; car à une grande assemblée d’Indiens aux Conchas, le Soulier Rouge et Alibamon Mengo furent assez mal menés par d’autres chefs. Cependant ces brouilleries auraient très mal tourné, parce que l'intérêt est le mobile des sauvages, s’il ne nous était pas arrivé des marchandises quelques jours après. Je dois même avouer que les Anglais finiront par avoir le dessus, quoique nous fassions, si nous retombons encore dans la. même pénurie. Cependant, le 15 octobre, j'ai reçu la nouvelle de Tombekbé qu’un parti du village de Bois- Bleu avait rencontré deux Anglais qui allaient des Chickassas aux Alibamons, et leur avait coupé la tête. Cet évènement, qui a fort surpris les Anglais, a empéché trois convois de marchandises d’arriver, comme cela avait été décidé, et cette circonstance fortuite nous a peut-être sauvés, car ces convois auraient probablement gagné les Chactas. Les partis sont d’ailleurs si animés qu’il serait bien possible qu’ils en vinssent aux mains. ”

Quant aux Chickassas, ils continuaient leurs dépré-

dations, qui désolaient la colonie. Dans une dépêche D

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du 28 octobre, M. de Vaudreuil se plaint beaucoup du manque de vivres, munitions et marchandises, et dit que les Chactas se lassent de guerroyer. “Je voudrais, écrit.il, faire la proposition d’une nouvelle tentative pour détruire les Chickassas, sans quoi, il sera impossible d’en venir à bout, quoiqu’on fasse pour exciter les autres nations sauvages contre eux. Plus on tarde, plus onperd. Carils s’aguerrissent toujours et obtiennent peu à peu la sympathie des Chérokis, qui sont de puissants auxiliaires, Je sais bien la répugnance qu'on doit éprouver pour toute expédition de ce genre, par le peu de succès des premières. Mais on pourrait faire micux et à moins de frais, les routes étant mieux connues. Il suffirait de deux cents hommes de recrues, avec ce qu'il y a ici de troupes et de milices. On ferait des tranchées, pour ne pas perdre de monde, et on minerait. Les présents, pour les faire harceler, nous coûtent beaucoup. Il vaudrait mieux en finir.”

M. de Loubois, dans une dépêche du 6 novembre, appuie la demande d’une expédition contre les Chickassas, faite par M. de Vaudreuil. Il conclut en disant: les Chickassas ont refusé net de renvoyer les Anglais, en nous déclarant que ceux-ci ne les laissaient jamais manquer de rien, tandis que nous laissions dans le dénuement le plus absolu nos plus proches voisins et nos meilleurs amis. Ils ne demandent plus la paix, et les Anglais, évidemment, les ont fait changer d’opinion à force de présents, sachant bien de quelle importance il serait pour nous de les chasser des Chickassas et quel dommage il leur en arriverait, eux dont le but est de nous circonvenir en embauchant nos sauvages, car”ils ont des prétentions avouées jusqu’à la rive gauche du Mississippi. C’est ce qui fait que je conclus comme M. de Vaudreuil pour une nouvelle expédition contre les Chickassas.”

Vers la fin de cette année, l'ingénieur Devergès pré-

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senta un mémoire sur l'embouchure du fleuve: “Les 1745. barres, dit-il, qui se trouvent sur toutes les passes des embouchures du fleuve, en bouchent l'entrée. La passe où il y a le plus d’eau, et qui a été la seule praticable, depuis 1722 que l’on en prit une parfaite connaissance, est celle de la Balise, par où les vaisseaux tirant depuis treize jusqu’à quinze pieds d’eau ont pu passer, soit avec facilité, soit avec difficulté, suivant que la barre s’est trouvée plus ou moins élevée, et l’on a remarqué, depuis ce temps-là, qu’il n’y a jamais eu sur la barre, dans son plus haut, moins de onze pieds d’eau, et dans son plus bas, plus de quatorze pieds et demi de mer. En sorte qu’il a été rare d’y voir passer des vaisseaux tirant de treize à quinze pieds, sans être obligés d'échouer dessus et de passer à la toué, après même s'être allégés d’une partie de leur cargaison. Cette passe fort rapide n'a que trente à quarante brasses de large.”

Il résulte d’un mémoire très curieux de cette époque qu’il y avait alors à la Nouvelle-Orléans environ huit cents habitants blancs, non compris deux cents soldats, les femmes et les enfants. On y comptait une population noire de trois cents ames. Une partie des maisons était en briques, une partie en bois et d’autres briquetées entre poteaux.

“Il y a, dit ce mémoire, vingt cinq habitants qui peuvent avoir de 100 à 300 mille livres de biens. Presque tous les habitants sont mariés. Le plus considcrable est M. Dubreuil, qui a cinq cents nègres, avec plantations, briqueteries, soieries, &c.

“Aux Allemands, il y a cent habitants et deux cents nègres. Occupation : jardinage et engraissement de bestiaux.

“Pointe-Coupée. Deux cents habitants. Quatre cents nègres. Ces habitants cultivent le tabac et font des vivres.

“Natchitoches. Soixante habitants et deux cents nègres. Productions : bestiaux, riz, mais, tabac.

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