TABLEAU GENERAL
Habitants blancs mâles, Noirs des deux sexes. Au fort de la Balise, . . 00 . . . . . 30 Nouvelle-Orléans, . , . 800 , . . . . 300 Allemands, . ,. , . ,. 100 . . . . , 200 Pointe-Coupée, . . . . 200 . . . . . 400 Natchitoches, ,. . . . 60 . . . . . 200 Natchez, . . . . . . 8. . . . . 15 Arkansas, . . . . . , 12 . . . . . 10 Illinois, +. + + + + 300 , , , . . 600 Missouri, . . . . . . 20 , . . . . 10 Petit Ougas, . . . . . 40 , . . . . 5 Pascagoulas, . . . . . 10 . . . . . 60 Mobile, . . . . . . 150 . . . . . 200 1,700 Femmes et enfants environ, 1,500 3,200 Troupes, +. . . . . . 800 4,000
On observera que, d’après ce tableau, la population blanche de la colonie avait diminué d’environ mille personnes depuis la rétrocession qui en avait été faite par la compagnie des Indes au roi. La population noire seule était restée stationnaire. Il y avait quatorze ans que la rétrocession avait eu lieu. Ainsi depuis cette époque, la colonie avait plutôt rétrogradé qu'avancé.
M. Lenormant avait remplacé M. Salmon comme commissaire-ordonnateur, mais à peine était-il entré dans l'exercice de ses fonctions, qu’une viclente mésintelligence s'élevait entre lui et le gouverneur. M. de Vaudreuil, dans une dépêche du 6 janvier, dit: “Les affaires des Anglais s'avancent au détriment des nô-
x sexes.
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tres, grace à M. Lenormant qui, non-seulement retarde la livraison de ce qu’il faut pour les sauvages, mais qui donne la majeure partie des marchandises du roi à ses commis qui tiennent ou font tenir boutique pour la revente. Ce qui leur procure d'énormes bénéfices aux dépens du public.”
Il termine en demandant à être autorisé à se faire délivrer les marchandises nécessaires pour les postes, en alléguant que, sans cela, le commissaire-ordonnateur M. Lenormant pourrait perdre la colonie par des vues d’intéret, ou par des motifs malentendus d'économie.
Le 9 mars, M. de Vaudreuil revient à la charge contre M. Lenormant. “M. de Berthel, écrit-il au ministre, ne recevra pas les marchandises qui lui sont indispensables aux Illinois, malgré les instances que j'en ai faites à M. Lenormant, qui a fait vendre beaucoup et n’a plus rien pour les dépenses imprévues, comme celles-ci, puisque M. de Berthel va avoir la visite d’un grand nombre de sauvages aux Illinois, à l'occasion de la négociation d’une paix générale. Cela peut nous faire un tort irréparable. Les postes d’ailleurs sont fort mal fournis. La Mobile est dans la misère. À Tombeckbé, et surtout aux Alibamons, la garnison est réduite à la dernière extrémité, au point que Lesueur, qui y ‘commande, a été obligé de l’envoyer subsister dans les villages sauvages. Ce qui produit le plus mauvais effet, surtout avec les commentaires peu bienveillants que cette pénurie inspire aux Anglais.”
Le 1er. d'avril, le marquis de Vaudreuil réitère ses accusations contre le commissaire-ordonnateur, Lenormant, dont il dit : “M. Lenormant a si bien manœuvré, que je n’ai pu me rendre que le 22 mars, à la Mobile, où douze cents Chactas m'’attendaient depuis soixante à quatre vingts jours. Ce qui fait une dépense énorme pour la colonie. Encore les assortiments qu'il m’a
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fournis sont-ils défectueux et insuffisants, Ce qui me met dans la plus affreuse position, n'ayant rien ni pour payer les chevelures ni pour gratifier nos partisans dévoués.
“Soulier Rouge n’a pas paru, sans doute afin d'éviter l'humiliation de mes reproches. Cependant je lui ui fait dire que son présent serait réservé pour le cas où il le mériterait.
“J'espère que la guerre va se rallumer entre les Chactas et les Chickassas. Nous manœuvrons tous en conséquence, et M. Hazure m'y aide beaucoup. Mais il nous faut des marchandises, sans quoi tout sera perdu. Car, alors même que les Chickassas feraient la paix avec nous et chasseraient l'Anglais, comment pourrions-nous fournir à leurs besoins ?”
M. de Vaudreuil se plaint aussi de ce que, contre l'usage, M. Lenormant ait supprimé les bateaux de service et retiré la ration aux hommes capables de les conduire. “Il en résulte, dit-il, que, lorsqu'on a besoin d’un bateau pour porter les marchandises dans les postes, il faut en louer à des prix exorbitants, sans compter qu'on n’en a pas à volonté. Non-seulement ce n’est pas une économie, mais c’est un énorme surcroît de dépense. Il faut non-seulement des marchandises, mais un commissaire-ordonnateur plus raisonnable.”
Pendant que le marquis de Vaudreuil donnait audience, à la Mobile, aux chefs Chactas qui y étaient allés pour recevoir des présents, Soulier Rouge, qui était resté dans son village, profita de leur absence pour remettre sur le tapis l’aflaire de la paix des Chickassas avec les Chactas. Ayant entrainé et gagné line grande partie des guerriers, il en fit donner avis aux Cüuickassas, afin qu’ils ne perdissent pas de temps pour leur envoyer des députés chargés de conclure un traité.
Sur ces entrefaites, les autres chefs, étant revenus de la Mobile à leurs villages, se hâtèrent d'envoyer, pour
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rompre les négociations, un parti de leurs gens contre les Chickassas. Mais cette tentative fut sans succès, les Chickassas en ayant eu avis par le Soulier Rouge, qui avait trouvé le moyen d’en être informé. Pendant que toutes ces manœuvres contraires se croisaient, les députés des Chickassas étant arrivés chez les Chactas, on fit main basse sur eux en dépit des efforts de Soulier Rouge, qui ne fut point assez puissant pour les protéger. Les deux chefs de la députation, ainsi qu’une femme, furent tués, et, de tous ceux qui les avaient accompagnés, il ne se sauva qu’un guerrier.
Le Soulier Rouge, voyant par là ses nouveaux projets déconcertés, et ne connaissant d’autre moyen de satisfaire les Anglais que de frapper, de son côté, un coup sur les Français, tua, à l’aide de quelques-uns de ses partisans, un cadet des troupes, françaises, nommé le chevalier de Verbois, ainsi que deux traiteurs qui étaient dans sa nation et dont il pilla les marchandises.
Le marquis de Vaudreuil, informé de ce qui se passait, envoya un officier aux Chactas pour demander satisfaction de cet outrage. La plupart des chefs et des guerriers lui firent promesse de la lui accorder. Faisant allusion à cet évènement, M. de Vaudreuil dit, dans une dépêche du 4 novembre : “ Il est à désirer que je puisse terminer ainsi cette affaire, surtout dans les circonstances actuelles ; car, si l’on venait à perdre la nation des Chactas, qui est la plus nombreuse de la colonie, l'on aurait peine à soutenir le commerce intérieur, et il serait même à craindre, qu'avec son secours, les Anglais ne parvinssent à former des établissements capables de couper la communication entre la Louisiane et le Canada. Du reste, on doit présumer qu’elle se déterminera difficilement à sacrifier les avantages qu’elle trouve à vivre en paix avec les Français.”
Le 24 du même mois, M. de Vaudreuil écrivait au
16 [onar. xvir.
ministre : “J’ai visité l'embouchure du fleuve, en apprenant la déclaration de guerre; d’après la mobilité des passes et surtout d’après le peu de consistance des terres qui les bordent, il est à peu près impossible de songer à y faire des ouvrages de fortifications. Il faut seulement conserver le fort de la Balise qui y est, moins à cause de son utilité comme défense que comme entrepôt de commerce avec les Espagnols. Il est utile d’ailleurs d'y avoir un poste à portée de surveiller la côte et de nous informer de ce qui s’y passe.
“Mais il faut défendre le fleuve. Le premier terrain qui paraît mériter quelque attention, en remontant, est le détour de Plaquemines, à onze lieues de la Balise. M. Lenormand s'était d’abord déclaré pour cet endroit, parce que, disait-il, on devait se servir des premières terres. Cette raison était bonne, et j'avais été assez de son sentiment, pour mettre à l’abri tout le bas du fleuve. Mais je remarquai, avec l'ingénieur et le capitaine de port, que la situation de ce détour ne présentait aucun obstacle aux vaisseaux qui, étant une fois en pleine eau, le pourraient passer facilement, du même vent qui les aurait servis pour entrer par la nouvelle passe. Il serait impossible de les arrêter avec dix pièces de canon de dix-huit que nous aurions à mettre de chaque côté, parce que, profitant d’un vent fait, ils n’auraient qu’une décharge à essuyer et seraient hors de danger avant que l’on füt prêt à en faire une seconde. Pour se promettre de barrer le passage. il faudrait y avoir au moins trois batteries de vingt grosses pièces de canon sur chaque bord du fleuve, à portée les unes des autres; ce qui coûterait des sommes immenses.
“Autre objection : la distance est trop grande de la ville, et, pour cette raison, il faudrait y entretenir une garnison à demeure et complète, qui ne pourrait recevoir à temps aucun secours de la ville. Puis, si cette batterie était dépassée ou bloquée, comme cela arri-
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char. XVII] 17
verait presque certainement, la ville et la colonie seraient tout-à-fait à découvert.
“Je remarquai en outre que le seul endroit du fleuve dont on pourrait tirer parti avec les vingt canons de 18 que nous possédons, était le détour à l'Anglais à cinq lieues de la ville, qui est fortifié naturellement contre les vaisseaux, en ce que les vents de l'Est au Sud qui leur sont bons pour monter depuis la mer, les arrêtent à l’entrée de ce détour, ne pouvant doubler que par le vent de Sud Ouest, lequel vent est très rare depuis le mois de juillet jusqu’en janvier, qui sont les mois les plus propres à entreprendre la conquête de ce pays, le fleuve étant bas. Les vaisseaux retomberaient dans le même embarras une lieue et demie plus haut, étant forcés d'y attendre les vents soufflant de l'Est pour faire route. D'autre part, ilest à remarquer qu’il y a, entre les habitations établies dans le détour, des cantons de bois fourrés de broussailles et de cannes épaisses entrelacées de ronces, qui se terminent en des marais entrecoupés de ruisseaux et de fonds tremblants, à travers desquels il serait téméraire de vouloir pénétrer, lorsqu'on y aurait fait de bons retranchements et qu’ils seraient défendus par quelques corps de troupes. Un autre avantage, c’est de pouvoir, pour ainsi dire, y jeter à l'instant toutes nos forces. J’ai pensé, eu égard à ces considérations, que je ne devais point hésiter à donner la préférence à cet endroit pour des fortifications d’une dernière ressource. (C’est pourquoi je me suis déterminé à y établir de chaque côté du fleuve, aux points où les vaisseaux sont contraints de venir pour se rendre favorables les vents de Sud Ouest, un fort de terre liée avec des fascines, et les talus des épaulements soutenus avec un cléonage, suivant les plans et dessins de M. Devergès. Pour l'érection, desquels forts, j'ai, conjointement avec M. Lenormant, ordonné aux ha-
bitants de la ville et des campagnes des environs de four-
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18 [Cuar. xvir.
nir le cinquième de leurs nègres pendant six semaines.
“Je pense qu’il y aura, sous peu de jours, dix pièces de canon de 18 en batterie sur chaque fort. Ilserait à propos qu’on envoyät seize pièces de 24 avec leurs boulets et quatorze pièces de 18 pour garnir toutes les embrasures qui battent sur le fleuve, les retranchements qui font la clôture de ces batteries du côté des terres ne devant être défendus qu'avec des pièces de 4 et de 6, qui se trouvent à la Nouvelle-Orléans. Avec ce secours la colonie pourrait se défendre.
“On remarquera que, dans cette dépêche, le marquis de Vaudreuil dit qu’il est à peu près impossible de faire à la Balise aucun ouvrage de fortification. Cependant M. de Bienville parait n’avoir pas été de cette opinion, puisqu'il adjugea, en 1741, à M. Dubreuil, pour la somme de 297,382 livres, les ouvrages les plus pressés qu’il y avait à yfaire. L'ingénieur Devergès, consulté sur la possibilité de bâtir un fort à la Balise, répondit favorablement et porta le devis des dépenses à 532,408 livres. L'opinion des ingénieurs modernes s’est prononcée en faveur du site choisi par M. Lenormant : le détour de Plaquemines.
Le 26 Novembre, le marquis de Vaudreuil écrivait au ministre : “j'ai reçu en septembre dernier la lettre du 6 mai, par laquelle on me donne avis de trois vaisseaux et une frégate partis d'Angleterre au mois d'avril sous le commandement du chef d’escadre Knowles, qui devait relacher à Antigua et de là, à la Jamaïque. Il est supposé que cet armement est destiné pour la Louisiane. J'ai été aussi informé que le général Oglethorpe devait repasser incessamment dans la Georgie avec un renfort de troupes, et que peut-être le chef d’escadre Knowles était destiné à faire quelque entreprise, de concert avec lui,sur la floride. J'ai fait passer cet avis aux gouverneurs de Pensacola, de St.-Marc et de St.-Auæustin.
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“Je suis préparé à tout évènement. J’ai la bonne volonté, mais peu de moyens. Je n’ai rien pour défendre l'entrée de la passe de l'Est, où il s’est fait une ouverture au nouveau chenal dans la partie la plus prochaine de la Balise, lequel chenal à de quinze à seize pieds d’eau de mer basse sur la barre et deux cents toises de longueur par le travers des battures les plus au large, qui forment comme un fer à cheval avançant en mer. Le fonds est de vase. Ilest divisé en trois à sa sortie. Deux de ces chenaux ont dix à vingt cinq toises de largeur chacun, et le troisième trente à quarante, et sont séparés l’un de l’autre par des battures et des buttes de terre grasse sortant de l’eau. Le plus large est à droite en entrant. Nous avons travaillé sur le champ à fortifier cette nouvelle passe avec le secours des habitants, qui l’auraient fait encore plus volontiers, si M. Lenormant s’y fut pris autrement. Il leur a refusé même de fournir des outils, des vivres pour la subsistance de leurs nègres, et les voitures pour les conduire sur les lieux. Voulant même, en dernier lieu, les obliger à achever les fortifications au détriment de leurs récoltes, prétention injuste qui commençait à irriter les habitants. Aussi, je ne lai pas voulu laisser aller plus loin.
“Quant aux forces de la colonie, je puis mettre quatre cents hommes sur pied, avec les petites nations, qui peuvent faire nombre de cinq à six cents hommes, ct deux cents à trois cents nègres sur lesquels on peut compter. Mais il nous manque des armes et des munitions.”
Il y eut cette année un ouragan presque aussi terrible que les deux ouragans de 1740. Une grande partie des récoltes fut détruite, et le bas de la province était menacé de famine, si de prompts secours n’avaient pas été envoyés par le district des Illinois, qui déjà fournissait tous les ans à la Nouvelle-Orléans une assez grande
20 Lortar. xvir.
quantité de farine. Les bateaux des Illinois arrivaient vers la fin de décembre et repartaient en février. Il parait qu’autrefois les ouragans étaient beaucoup plus fréquents que de nos jours. On dirait que la marche de la civilisation, que les progrès de l’agriculture, en modifiant l'aspect d’un pays, détruisent les causes de ces fléaux dévastateurs. On dirait que la nature se dépouille de sa rudesse primitive, et que les éléments mêmes adoucissent leur lutte devant le courage persévérant et le labeur patient de l’homme !
Le budget des dépenses courantes de la colonie se monta cette année à 444,904 livres.
Pr. XVI.
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RAPPORT DE M. LENORMANT SUR LA MONNAIE DE PAPIER.—GUERRF CIVILE ENTRE LES CHACTAS.—MORT DE SOULIER ROUGE.—LES FRANÇAIS SONT HARCELÉS PAR LES INDIENS.—NOUVELLE ÉMIS- SION DE PAPIER MONNAIE PAR VAUDREUIL ET MICHEL.—ILS SONT BLAMÉS PAR®LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS.—RÉGLEMENTS DE POLICE.—ÉTAT DES FORCES DE LA COLONIE EN 1751.
Le 27 mars 1747, M. Lenormant qui, en sa qualité de commissaire-ordonnateur, devait accorder une attention toute particulière à l’état financier de la colonie, fit, à ce sujet, un rapport dont voici un extrait : “Dès que le papier-monnaie a commencé à perdre, on s’est jeté sur les piastres, que l’on a achetées plus ou moins dans les commencements, suivant le plus ou moins de besoin, de cupidité ou d'industrie de ceux qui les achetaient ou les vendaient. Voilà la source de tout l’agio qui s’est fait dans la colonie sur les lettres de change et sur les niastres. [1 a considérablement augmenté pendant les années 1741, 1742 et 1743, mais il serait bien difficile de vous dire la fermentation qui a eu lieu à cet égard dans la colonie, à combien de virements cela a donné iieu, ni avec combien d'adresse plusieurs particuliers ont su profiter de ces circonstances à leur avantage, et au préjudice des intérêts du roi et du bien général de la colonie.
“Sur la question de savoir s’il convient de hasarder de nouveau de la monnaie de papier, j'y trouve de grandes difficultés, parce que la quantité à émettre ne
22 Leurar. xvirr.
peut pas être connue d'avance, pas plus que les dépenses de la colonie, sur lesquelles doit être fondée l'émission de ce papier monnaie.
“On a tout à craindre encore de l’avidité et du goût décidé des particuliers de cette colonie pour l’agio. Leur industrie, dont on aurait pu faire un meilleur usage, a été de tout temps uniquement tournée de ce côté là. Car, quoique l'agio sur la monnaie de la colonie, sur les piastres et sur les :ettres de change, n’eût commencé qu'en 1737, l’agio sur les marchandises de magasin, et sur tout ce qui en était d’ailleurs susceptible, a toujours eu lieu dans la colonie. C’est pour ainsi dire le seul objet auquel ceux qui demeurent dans le pays se sont attachés, au préjudice de l'établissement des terres et des autres moyens qui peuvent faire fleurir la colonie.
“Je conviens qu'une nouvelle monnaic de carte ou de papier procurera un soulagement actuel à la caisse de la marine en France ; mais ce soulagement, qui ne peut avoir lieu que pour la première année, ne peut balancer les risques inséparables de l'établissement ct de l'existence de cctte monnaie dans le pays.”
On voit que M. Lenormant, il y a juste un siècle, écrivait, en quelque sorte par anticipation, l’histoire du p.pier monnaie contemporain dont nous avons vu tous les tripotages ; on voit que les mêmes causes ont produit, en 1842, les mêmes effets qu’en 1742. Ce rapprochement est par lui-même une leçon pour l'avenir et n’a pas besoin de commentaires.
A cette époque, quelques doutes s'étant élevés sur l'étendue des terres qui dépendaient de la juridiction de la Nouvelle-Orléans comme chef-lieu, le marquis de Vaudreuil décréta, en date du 11 mai, qu: cette juridiction s’étendait depuis le bas du fleuve, des deux côtés,
jusques aux quartiers des Allemands exclusivement, et
qu'elle devait comprendre aussi le quartier du bayou
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Es sur on de his de ridiccôtés, nt, et payou
cHaP. XVII1] 2
St-Jean, ainsi que le quartier de Chantilly, appelé maintenant Gentilly, par corruption.
Le 10 mai, le marquis de Vaudreuil avait écrit au ministre, relativement aux Chactas : “ Je comptais pouvoir vous apprendre, Monseigneur, que la nation chactas nous avait fait satisfaction de l'attentat commis sur nos français, l'été dernier. (L’assassinat du chevalier de Verbois et de deux traiteurs.) Tout ce qui m’en est revenu, depuis mes précédentes, est qu’il s’est tenu à Tombekbé une assemblée presque générale de tous les chefs et principaux guerriers, dans laquelle il a été résolu de ne point perdre de temps à nous faire satisfaction, et le commandant de ce poste me marque précisément qu’il est persuadé que l'exécution n’en ira pas loin, et que c’est la tête du Soulier Rouge et celles de ses adhérents qu’ils comptent livrer incessamment, et que, pour preuve des dispositions où sont la plupart de ces chefs et principaux guerriers à notre egard, ils lui ont promis qu'à leur retour dans la nation, ils allaient dépêcher un courrier aux Chickassas, pour avertir les Anglais de ne point venir chez eux, sans quoi, ils cour-
aient les risques d'être pillés, et peut-être pis.
“Voilà, Monscigneur, dans quelle disposition est aujourd'hui cette nation ; soit que ce soit la misère où elle est réduite qui l’engage à revenir à nous, soit par un pur attachement à la domination française. J'espère qu'elle en viendra à nous faire satisfaction, et, telle chose qui puisse l’y contraindre, nous tirons toujours un grand avantage des différends que nous avons aujourd’hui avec elle. Nous n'avions ci-devant que de faibles assurances de sa fidélité, au lieu que si elle en vient à nous livrer les têtes des coupables, nous serons plus assurés que jamais qu’elle ne peut se passer de nous, et que l’Anglais ne peut lui faire les mêmes avantages qu'elle est accoutumée à recevoir des Français. En ce as, elle perdra tout espoir de lier aucun conunerce
en