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ne fait qu’augmenter tous les jours, ont enfin poussé le peuple au désespoir et occasionné cette fatale révolution, qui ne serait jamais arrivée, si j'avais eu seulement trois cents soldats rassemblés, . . . . . . . . , , .
Il serait peut-être dangereux, à cette heure, de faire trop sentir aux coupables la grandeur de leur faute et les rigoureux châtiments aux quels ils s’exposent, vu le voisinage de l'Anglais. Il serait à craindre que, par désespoir, ils ne fissent encore pis.
“A la tête d’une colonie bouleversée par la dernière révolution qui vient d'y arriver, et au milieu de tout un peuple qui, après s’être regardé comme espagnol pendant trois ans, maudit aujourd’hui cette nation et veut rester français, à l'exception de Messieurs les officiers, dont j'ai beaucoup à me louer, d’une poignée de vieux soldats qui me sont fidèles, et d’un petit nombre d’honnêtes gens qui se réunissent à moi, tout le reste de la colonie, depuis le premier jusqu’au dernier, veut rester français.”
Par une autre dépêche de la même date, Aubry annonçait que les Anglais avaient évacué, en septembre, les postes des Natchez et d’Iberville, d’après les o: 1res du général Gage, et qu'ils avaient établi leur quartiergénéral à Saint-Augustin, ne laissant que cinquante hommes à Pensacola et vingt-cinq à la Mobile. Aubry pensait que les Anglais cherchaient à concentrer leurs forces, par suite de certains mouvements qui se faisaient dans la Nouvelle - Angleterre, où déjà fermentait le levain de cette révolution qui devait faire perdre aux Anglais leurs plus belles colonies. Il terminait sa dépêche en disant :
“Je n’attendais plus que l’arrivée des troupes espagnoles pour livrer le pays et aller en France rendre
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compte de ma conduite, lorsqu'une révolte générale de tous les habitants du pays, contre le gouverneur et sa nation, laquelle a éclaté tout d’un coup, le 28 et le 29 octobre, et à laquelle il ne m'a pas été possible de m’opposer, set venue renverser en v- moment l'ouvrage de quatre années, et toutes les spositions que j'avais prises pour l’avantage de la couronne d'Espagne. Une requête audacieuse, outrageante à la nation espagnole, et rebelle aux ordres du roi, signée par six cents habitants et négociants, a été présentée à M. Foucault pour demander un conseil, afin d’expulser M. Ulloa et les Espagnols de la colonie. Le 29 octobre, jour du conseil, il s’est trouvé, tant de la ville que de la campagne, près de neuf cents hommes armés, tous les officiers de milice à leur tête, avec un pavillon blanc qu’ils ont arboré sur une place, criant tous : Vive la France! paraissant même:disposés à faire main basse sur les Espagnols, en cas de refus. Voyant qu'on ne reconnaissait plus l'autorité, j'ai engagé M. de Ulloa à se retirer à bord de la frégate. &c.
“Les habitants envoient, comme leur député, M. de St.-Lette. Ils voulaient envoyer M. de Bienville, enseigne de vaisseau et créole de la Louisiane, mais celuici a refusé, ayant jugé cette mission incompatible avec son état, et il est parti pour France par la même occasion que les autres députés. ”
Ce Bienville, dont il est ici fait mention, était neveu de l'ancien gouverneur, fondateur de la Nouvelle-Orléans.
Ainsi la révolution était accomplie. Une population qui pouvait à peine mettre dix-huit cents hommes sous les armes, et qui avait dans son sein plusieurs"milliers de noirs qu’il fallait contenir, jetait le gant à toute la monarchie espagnole, et bravait un peuple puissant qui m'avait jamais passé pour disposé à pratiquer l'oubli des injures, surtout lorsque sa fierté était blessée. Quant à
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la France, il était évident qu’on ne pouvait compter sur son appui, puisque c'était son état de faiblesse qui l’avait forcée à renoncer à cette colonie, et à l’offrir au roi d'Espagne, qui ne s’en souciait guère. D'ailleurs, lors même que la France aurait été assez forte pour soutenir les colons, comment aurait-elle pu annuler le don qu’elle avait fait à l'Espagne, sans l’indemniser de toutes ses dépenses dans la colonie, et sans punir les auteurs de l’outrage auquel elle avait elle-même exposé une alliée, qui n'avait voulu que lui rendre service en acceptant la Louisiane. Il est donc difficile de comprendre l’aveuglement et la témérité des colons, car il n’était que trop aisé de deviner la suite inévitable de cette révolution.
Déjà les trois officiers espagnols, Messieurs Loyola,
Gayarré et Navarro, que le conseil supérieur avait rendus garants personnellement des bons qu’ils avaient émis au nom du roi d'Espagne, et qui étaient restés dans la colonie pour suivre leur comptabilité et pourvoir aux besoins des quelques soldats espagnols qui sy trouvaient, avaient protesté contre un décret qu’ils traitaient d’attentatoire à la majesté souveraine représentée par eux, chacun en sa capacité respective. Aussitôt après le départ de leur chef, ils déclarèrent qu’étant en pays révolté, ils étaient en pays ennemi, et se considéraient par conséquent comme prisonniers. Dès lors, ils ne sortirent plus que sans épée.
Sur ces entrefaites, Ulloa, étant arrivé à la Havane, écrivait, le 4 décembre, au marquis de Grimaldi, ministre en Espagne :
“Le bruit s'étant répandu, le 28 octobre, que les soulevés se proposaient d'attaquer ma maison pendant la nuit, et d’en enlever tous les effets de valeur qui s’y trouveraient, en me donnant un reçu pour m’en faire rembourser par les trésoriers de Sa Majesté, ainsi que les rebelles le pratiquent dans les séditions, et la nouvelle m’étant venue pareillement qu’ils étaient détermi-