‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 22 sur 95 · UNIVERSITÉ DE · texte numérisé non relu

UNIVERSITÉ DE

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ges, Chickassas de nation, dont le village est à trois lieues de là, dans les terres. Ils sont nombreux de près de 2,000 combattants dont la plupart ont la tête plate. Ce qui estune beauté parmi eux, les femmes ayant soin d’aplatir ainsi la tête à leurs enfants, parle moyen d’un coussin qu’elles leur mettent sur le front et qu’elles sanglent avec une bande sur les berceaux. Ce qui leur fait prendre cette figure ; et quand ils sont grands, ils ont la face aussi grande qu’une grande assiette creuse. Toutes les nations jusqu’au bord de la mer en usent de même. M.de Lasalle en envoya un avec des présents pour les porter à son village, afin que s'ils avaient Prudhomme, ils le renvoyassent. Mais nous le trouvâmes le dixième jour, et comme les Chickassas ne venaient pas, nous continuâmes notre route jusqu au village de Capa, à 50 lieues de là.

“Nous y arrivämes par un temps de brume, et comme nous entendîimes battre le tambour, nous traversâmes à l’autre bord, où nous fimes un fort en moins d’une demiheure. Les sauvages, ayant été avertis que nous devions descendre, vinrent à la découverte en canot. On les fit aborder, et on envoya deux Français en ôtage à leur village. Le chef nous vint chercher avec le calumet, et nous fûmes chez eux. Ils nous régalèrent pendant six jours de ce qu’ils avaient de meilleur, et, après avoir donné le calumet à M. de Lasalle, ils nous conduisirent au village des Tongangans, de leur nation, à huit lieues de Capa. Ils nous reçurent de même, et de là nous conduisirent au village des Torimans, à deux lieues de là, qui firent la même chose. Il faut remarquer que ces villages, avec un autre nommé Osotouy, qui est à six lieues sur la droite en descendant, s’appellent communément Arkansas. Les trois premiers villages sont situés sur le grand fleuve. M. de Lasalle fit arborer les armes du

à Prad’homme. Ce fut là que les Français prirent possession formelle du fleuve pour la premitre fois.

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roi. Ces Indiens ont des cabanes d’écorce de cèdre, 1682.

n’ont aucun culte, et adorent toutes sortes d'animaux.

Leur pays est fort beau; il y croit quantité de pêchers,

pruniers et pommiers. Les vignes sont abondantes; le bœuf, le cerf, l'ours, le chevreuil, les poules d’Inde y sont en fort grande quantité. Ils ont même des poules domestiques et voient fort peu de neige en hiver, et de la glace, l'épaisseur d’un écu. Ils nous donnèrent des guides pour nous mener chez leurs alliés, les Taensas, à soixante lieues de chez eux. La première journée, nous commençâmes à voir et à tuer des crocodiles, ‘qui y sont fréquents et longs de quinze à vingt pieds ; et étant arrivés vis-à-vis des Taensas, M. de Lasalle m’ordonna d'aller au village pour en avertir le chef de son arrivée. J’y fus avec nos guides. Il nous fallut porter un canot d’écorce, environ dix arpents, pour tomber dans un petit lac sur lequel est leur village. Je fus surpris de voir leurs cabanes faites de bousillaëe et couvertes de nattes de cannes. La cabane du chef a quarante pieds en carré; la muraille a environ dix pieds de haut et un pied d’épais. Le comble, qui est fait en manière de rotonde, en a bien quinze. Je ne fus pas moins surpris, en y entrant, de voir le chef assis sur un lit de camp, avec trois de ses femmes à ses côtés, environné de plus de soixante vieillards, couverts avec de grandes couvertes blanches, assez bien travaillées, que les femmes font d’écorce de mûrier. Les femmes sont couvertes de même; chaque fois que le chef leur parle, avant de lui répondre, elles font plusieurs hurlements, en criant plusieurs fois : Hou ! hou! hou !..… pour marque du respect qu’elles lui portent. Car ils sont aussi considérés que nos rois. Personne ne boit dans la tasse du chef, ni ne mange dans ses plats. On ne passe pas devant lui. Quand il marche, on nettoie la place où il passe, et quand il meurt, on sacrifie sa jeune femme, son premier maître d'hôtel et cent hommes de la nation, pour l'accompagner en l’autre monde. Ils ont un

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. culte et adorent le soleil, Ils ont un temple vis-à-vis la maison du chef, semblable à sa cabane, excepté trois aigles qui sont plantés sur ce temple et qui regardent le soleil levant. Le tei: ‘e e:t enfermé d’un fort ?e bousillage, où il y a des r es plantées sur la muraille, sur lesquelles ils mettent les têtes de leurs ennemis qu’ils sacrifient au soleil. A la porte du temple, il y a un billot de bois, sur lequel il y a un gros vignot qui est entouré d’une tresse de cheveux de leurs ennemis, grosse comme le bras, longue d'environ vingt toises. Le temple par dedans est nu. Il y a un autel au milieu, et au pied de cet autel sont trois bûches bout à bout, où le feu est entretenu jour et nuit par deux vieux jongleurs, qui sont les maitres de leur culte. Ces vieillards me montrèrent un petit cabinet, au milieu de la muraille faite de nattes de cannes, et, comme je voulus voir ce qu’il y avait dedans, ces vieillards m'en empéchèrent, me faisant connaître que c'était où était leue Dieu.Ÿ Mais j'ai appris depuis, que c’est l'endroit où ils mettent toutes leurs richesses, comme perles fines qu’ils pêchent aux environs et marchandises européennes. Tous les déclins de la lune, toutes les cabanes sacrifient un plat plein de mets, de ce qu’ils ont de meilleur, qu’ils posent à la porte du temple, d’où les vieillards ont le soin de les enlever, et d'en faire faire bonne chère à leurs familles. Tous les printemps, ils font un désert (1), qu’ils appellent le champ de l’Esprit, où tous leS hommes piochent au son du tambour. L'automne, le blé d'Inde se recueille avec cérémonie, et est gardé dans des mannes jusqu’à la lune de juin de l’année suivante, où tout le village s’assemble, et convie même les voisins à cette fête pour manger ce blé. Ils ne partent pas de ce champ qu’ils ne soient venus à bout de tout le blé, faisant pendant ce temps grandes réjauimenpes, 4 Voilà tout ce que j'ai appris de cette na-

veut dire un champ cultivé. Ilest encore usité à la Louisiane.

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(Le (D) A Ce mot mot est sans doute d'origine canadienne, quant à son application, et

tion. Les trois villages qui sont plus bas ont les mêmes mœurs. Revenons au chef. Etant dans sa cabane, il me témoigna, avec un visage riant, la joie qu’il avait de la venue des Français. Je m’aperçus qu’une de ses femmes avait un collier de perles au cou. Je lui fis présent de six brasses de rassade bleue pour l'avoir. Elle fit quelque difficulté, mais le chef lui ayant dit de me le donner, elle me le donna. Je l’apportai à M. de Lasalle, lui faisant rapport de tout ce que j'avais vu, et que le chef devait venir le voir le lendemain. Ce qu'ilfit. Il ne l’eût pas fait, si c'eût été des sauvages, mais l’espérance d’avoir des marchandises lui fit prendre ce parti. M. de Lasalle le reçut avec beaucoup d’honnêteté, et lui fit quelques présents. Les Indiens nous donnèrent en revanche beaucoup de vivres et quelques-unes de leurs robes. Le chef s’en retourna fort content. Nous restûmes là toute la journée, qui était le 21 mars. Nous primes hauteur, et nous nous trouvâmes par 31 degrés. Nous partimes, le 22, et fûâmes coucher dans une ile, à dix lieues de là. Le lendemain, j'aperçus une pirogue. M. de Lasalle m’ordonna de lui donner la chasse. Ce que je fis, et comme j'étais près de la prendre, plus de cent hommes parurent sur le bord de l’eau, l’arc bandé, pour défendre leurs gens. M. de Lasalle me cria de me retirer. Ce que je fis, et nous fûmes camper vis-à-vis La LR M. de Lasalle m’ayant témoigné qu’il souhaitait les aborder en paix, je m'offris de leur porter le calumet. Je m’embarquai, et je traversai à l’autre bord. D’abord, ils joignirent leurs mains, pour marquer qu’ils voulaient étregnos amis. Moi, qui n’avais qu’une main, je dis à nos gens de faire la même chose qu'eux. Je fis traverser les plus considérables à l’endroit où était M. de Lasalle, qui fut coucher avec eux à leur village, à trois lieues dans lesterres, avec une partie de son monde. Le lendemain, il revint avec le chef du village où il avait couché, lequel chef était frère du grand chef des Natchez, et nous mena au village

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de son frère, qui est situé sur une côte, au bord de l’eau, à six lieues de là. Nous y fûmes très bien reçus. Cette nation est nombreuse de plus de trois mille combattants. Ce sont des hommes qui travaillent tant à la terre qu’à la pêche et à la chasse, aussi bien que les Taensas, et ils ont les mêmes mœurs que ces nations. Nous en partimes le vendredi-saint, et, après vingt lieues de navigation, nous cabanâmes à l'embouchure d’une grande rivière qui vient de l’ouest. Nous continuâmes notre route, et nous trouvâmes un grand canal qui allait à la mer, du côté de la droite. A trente lieues de là, nous aperçûmes des pêcheurs sur le bord de l’eau. On envoya à la dés couverte. C'était le village des Quinipissas, qui tirèrent des flèches sur nos découvreurs, lesquels se retirèrent suivant l’ordre qu’ils en avaient. On en envoya d’autres, qui ne furent pas mieux reçus, et se retirèrent aussi; et comme M. de Lasalle ne voulait combattre aucune nation, il nous fit embarquer. À douze lieues de ce village, nous trouvâmes celui des Tangibas, sur la gauche. Il n’y avait pas huit jours que ce village avait été entièrement défait. Les corps morts étaient les uns sur les autres, et les cabanes brûlées. Nous continuâmes notre route, et, après quarante lieues de chemin, nous arrivämes, le 7 avril 1682, au bord de la mer. M. de Lasalle expédia des canots pour visiter les chenaux. Partie furent dans le chenal de la droite, partie dans celui de la gauche, et M. de Lasalle choisit celui du milieu. Le soir, chacun fit son rapport, savoir, que les chenaux étaient très beaux, larges et profonds. On cabana à la terre de la droite, où l’on arbora les armes du roi, et on retourna encore plusieurs fois visiter les chenaux. Le même rapport fut fait. Ce fleuve a près de-800 lieues sans rapides, savoir 400 depuis les Sioux, et 400 depuis l'embouchure des Illinois jusqu’à la mer. Les bordages de cette rivière sont presque inhabitables, à cause des inondations du printemps.” -g

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On voit que la descente du Mississippi par Lasalle fut beaucoup moins périlleuse que celle de Muscoso de Alvarado, le successeur de Soto.

Voici en quels termes fut rédigé le procès verbal de la prise de possession. Ce document est assez curieux pour être transcrit ici presque en entier :

“Jacques de la Métairie, notaire du fort Frontenac, à la Nouvelle-France, établi et commis pour exercer les dites fonctions de notaire pour le voyage de la Louisiane en l'Amérique septentrionale par M. de Lasalle, gouverneur pour le roi du fort Frontenac, et commandant dans ladite découverte par la commission de Sa Majesté, donnée à St.-Germain en Laye, le 12me de mai 1678, A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut, et savoir faisons : qu'ayant été requis par M. de Lasalle, 1 ©. de lui délivrer acte signé de nous et des témoins y nommés de la possession par lui prise du pays de la Louisiane près des trois embouchures du fleuve Colbert, dans le golfe du Mexique, le 9ème avril 1682, au nom de très haut, très puissant, très invincible et victorieux prince, Louis le Grand, par la grace de Dieu, roi de France et de Navarre, quatorzième de nom, et au nom de ses hoirs et successeurs de sa couronne, nous, notaire susdit, avons délivré le dit acte à mon dit sieur de Lasalle, dont la teneur suit.”

Ici vient une relation du voyage, que celle faite par Tonti rend inutile, d’autant plus qu'elles sont presque semblables. Le notaire continue en ces termes:

“On continua la navigation jusques au sixième jour

d'avril, qu'on arriva aux trois canaux par lesquels le

fleuve Colbert se décharge dans la mer. On campa sur le bord du plus occidental, à trois lieues ou environ de l'embouchure. Le septième, M. de Lasalle le fut reconnaître et visiter les côtes de la mer voisine, et M. dé Tonti, le grand canal du milieu. Ces deux embouchures s'étant trouvées belles, larges et profondes, le

BIBLIOTHEOLE .

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1682, huitième jour, on remonta pour trouver un lieu sec et qui ne fut point.inondé, à environ 27 degrés du pole septentrional. On fit préparer une colonne et une croix,

*« et sur ladite colonne on peignit les armes de France

%'avec cette inscription : “Louis le Grand, roi de France

Ÿ \ VetdeN avarre, le 9ème avril 1682.” Tout le monde étant

. NV *V4®% sous les armes, on chanta le Te Deum, l’exau ..., le

Ÿ N° ;,, Domine salvum fac regem. Puis, après les saluts de

HN 4 NT mousqueterie et les crisde “vive le roi’ M. de Lasalle

| NY / érigea la colonne debout, et debout près d'elle, dit à à haute voix :

“De par très haut, très puissant, très invincible et victorieux prince, Louis le Grand, par la grace de Dieu, roi de France et de Navarre, quatorzième de nom, ce jourd’hui, 9ème avril 168%, je, en vertu de la commission de Sa Majesté que je tiens en main, prêt à la faire voir à qui il pourrait appartenir, ai pris et prends possession au nom de Sa Majesté et de ses successeurs de la couronne, de ce pays dela Louisiane, mers, hâvres, ports, baies, détroits adjacents, et de toutes les nations, peuples, provinces, villes, bourgs, villages, mines, pêches, fleuves, rivières, compris dans l'étendue de la Louisiane depuis l'embouchure du grand fleuve St.-Louis, du côté de l'Est, appelé autrement Ohio, Olighinsipou ou Chukgua, et ce, du consentement des Chabanons, Chikassas et autres peuples y demeurants, avec qui nous avons fait alliance, comme aussi le long du fleuve Colbert ou Mississippi et -ivières qui s’y déchargent, depuis sa naissance au de-là du pays des Sioux ou Nadouessioux, et ce, de leur consentement et dé celui de..... (ici suit une longue série de noms de nations indiennes.)....avec qui nous avons fait alliance par nous ou gens de notre part, jusques à son embouchure dans la mer ou golfe du Mexique, environ les 27 degrés d’élévation du pole septentrional, jusques à l'embouchure des Palmes. YSur l'assurance que nous avons eue de toutes ces nations que

sec ole oix, nce nce ant , le y de alle lit à

, roi joure Sa qui \ au nne, aies, proves, epuis é de gua, Pé aut al- Misnaiset suit avec notre fe du sep- VSur

cHAr, 11.) 47

nous sommes les premiers Européens qui aient descendu ou remonté le fleuve Colbert, je proteste contre ceux qui voudraient à l’avenir entreprendre de s'emparer de tous ou aucuns desdits pays, peuples, terres, ci-devant spécifiés, au préjudice du droit que Sa Majesté acquiert du consentement des susdites nations. De quoi et de tout ce que besoin, pourraient être pris à témoins ceux qui m'écoutent, et en demande acte au notaire présent pour servir ce que de raison.—Après quoi, tout le monde avait répondu par des cris de “vive le roi” et des salves de mousqueterie. De plus, M. de Lasalle avait fait mettre en terre au pied de l'arbre où a été attachée la croix, une plaque de plomb, gravée d’un côté des armes de France avec cette inscription latine :

Lvpovicvs MAGNVS REGNAT.

Nono APRILIS CI9 190 LXXXITI.

RoserTvs CAvELIER, cvM Domino pe Tonry, Lecaro, RP. ZENOBIO MEMBRE, RECOLLECTO, ET VIGINTI GALLIS, PRIMVS, HOC FLVMEN, INDE AB ILLINEORVM PAGO, ENAVIGAVIT, EJVS-

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