‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 47 sur 95 · JAP, VIII · texte numérisé non relu

JAP, VIII

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actuel de la Nouvelle-Orléans, à l’endroit où il avait en- 1719. voyé cinquante hommes, l’année précédente, pour déblayer le terrain. Mais il trouva de l'opposition dans les officiers qui partageaient avec lui le commandement et qui étaient soutenus par le commissaire-ordonnateur Hubert, ainsi que par les directeurs de la compagnie. Une crue considérable du fleuve, qui couvrit le terrain dont on discutait les avantages, trancha pour le moment la question. Les adversaires du projet de Bienville donnèrent pour raison, que la colonie n'avait pas les moyens nécessaires pour élever les digues dont il faudrait entourer cet établissement. Hubert voulait que le siège du gouvernement fût établi aux Natchez, mais comme il y avait de larges concessions de terres, on se méfia des motifs de sa prédilection. L’Archambault, Villardo et Legas, dont les vues se portaient plutôt sur le commerce que sur l’agriculture, ne voulaient pas quitter le littoral de la mer et recommandaient le côté Est de la baie de Biloxi. Cette opinion ayant prévalu, l’on y envoya un détachement pour y construire des logements et des casernes. Cet endroit fut ensuite connu sous le nom de nouveau Biloxi, pour le distinguer du premier établissement, qui fut appelé, depuis lors, le vieux Biloxi.

A cette époque, la colonie commençait à sortir un peu de son état de langueur. On travaillait à la terre dont on avait remarqué l'extrême fertilité et on l'avait trouvée admirablement adaptée à la culture du riz, de l’indigo, du tabac et du coton. Mais les laboureurs européens avaient presque tous succombé à la malignité du climat, de sorte que la compagnie avait été contrainte de compter seulement sur les bras qu’elle emprunterait à l'Afrique, pour cultiver la terre, sous un soleil brûlant que l’homme blanc ne paraissait pas pouvoir supporter. Elle avait, à plusieurs reprises, envoyé chercher des nègres en Guinée et avait introduit dans la colonie un millier d'esclaves qui, par leur travail, avaient

176 [ouar. var.

répondu à ses espérances. Cependant, l’agriculture seule n’occupait pas l’attention des directeurs. Il y en avait que vingt ans d'expérience n'avaient pas détrompés au sujet des mines qu’ils supposaient exister dans la Louisiane, Ce feu follet, enfanté par la cupidité, s’amusait encore à tourmenter l'imagination de quelques têtes exaltées. De nouvelles dépenses et de nouveaux efforts furent faits pour découvrir les métaux précieux dont on rêvait l'existence. Mais les efforts furent infructueux et les dépenses inutiles.

À la fin de cette année, la compagnie, entendant tenir la main à la stricte exécution de la charte qui lui concédait le privilège du commerce exclusif de la Louisiane, fit publier partout un édit royal, en date du 26 novembre, qui défendait à tout bâtiment étranger d’aborder dans la colonie, sous peine de confiscation.

La compagnie, au commencement de 1720, lança dans la province une proclamation, notifiant aux colons les prix auxquels ils pourraient obtenir, dans ses magasins à la Mobile, à l'ile Dauphine et à Pensacola, les marchandises nécessaires à leurs besoins. Si ces marchandises étaient vendues délivrables à la Nouvelle- Orléans, les colons devaient payer cinq pour cent de plus ; aux Natchez, dix pour cent ; aux Yazoux, treize pour cent ; au Missouri et aux Illinois, cinquante pour cent. Les habitants étaient tenus d'envoyer à la Nouvelle-Orléans, à Biloxi, à l'Ile aux Vaisseaux et à la Mobile leurs produits, que la compagnie promettait de prendre aux prix suivants : la soie, suivant sa qualité, au taux de 7 livres 10 sous à 10 livres ; le tabac de première qualité, à 25 livres le cent ; le riz à 20 livres; la farine superfine de blé, 15 livres ; le froment, 10 livres; l'orge et l’avoine, à 90 sous le cent ; la peau de chevreuil, de 15 à 25 sous la pièce ; préparée, sans la tête ou la queue, 30 sous ; les peaux de bêtes à cornes, 8 sous la livre.

Ainsi, les malheureux que l’on envoyait à la Louisiane

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CHAP. VIIL.] 177

avaient non seulement à braver l’insalubrité du climat 1720.

et la cruauté des sauvages, mais ils étaient encore tenus dans le plus oppressif esclavage. Ils ne pouvaient acheter que de la compagnie, et au prix qu’elle fivait ; ils ne pouvaient vendre qu’à elle, au prix qui lui convenait, et ne pouvaient sortir de la colonie qu'avec sa permission. C’était là ce qu’on appelait alors le régime colonial. Au temps où nous sommes, nous ne pouvons découvrir en quoi les blancs que la compagnie transportait d'Europe, différaient des noirs qu’elle faisait venir d’Afrique, du moins quant à leurs rapports avec la compagnie ; car ces deux classes d'hommes ne travaillaient également que pour un maître, la toute puissante compagnie |

Cette année, les Français renouvelèrent encore leurs tentatives de commerce avec les provinces espagnoles, et essayèrent même d'étendre leurs établissements de ce côté. Quoique la France et l'Espagne fussent en guerre, on pensait qu’il serait peut-être dans l'intérêt de leurs colonies américaines, ou du moins dans l'intérêt des chefs de ces colonies, d’entretenir entr’elles un commerce qui leur serait réciproquement avantageux. Dans cet espoir, Bernard de la Harpe se rendit dans le Texas, et construisit, avec l’aide des Indiens, qui détestaient les Espagnols, un petit fort, par le 33e degré 35/ de latitude, à environ deux cent cinquante milles des Natchitoches. De là, il envoya faire des offres de service à don Martin de Alacorne, gouverneur du Texas, et lui adrr:sa des propositions de commerce. Don Martin réponuii par des compliments, mais, en même temps, fit observer à la Marpe qu’il était étonnant que les Français s’avisassent de s'établir sur un territoire faisant partie du Mexique. En conséquence, il priait la Harpe d’avertir son chef, au nom duquel il prétendait agir, que la force serait employée pour maintenir les droits de la couronne d’Espa-

gne, si les Français ne se retiraient pas volontairement

178 [ouar, vin.

dans leurs limites. A l’étonnement manifesté par don Martin de Alacorne, Bernard de la Harpe répondit, à son tour, qu’il était tout aussi étonné des assertions et des prétentions du prétendu gouverneur du Texas, attendu que les Français avaient toujours considéré le Texas comme une partie de la Louisiane, depuis que Lasalle

en avait pris possession. 11 ajouta que, jusqu’à présent, le gouvernement français n’avait jamais compris que les prétentions de l'Espagne pussent s'étendre au-delà du Rio Bravo, parce que toutes les rivières qui se déchargent dans le Mississippi, ainsi que tout le territoire qui en dépend, devaient incontestablement être regardés comme appartenant à la France.

Il est digne de remarque que le gouvernement français soutint la Harpe dans la position qu’il avait prise, et que la compagnie, avec l’autorisation expresse du roi, ordonna que l’on prit possession de la baie de St. Bernard. Onen fit la tentative en 1722, mais on fut obligé d’y renoncer, à cause de l’insurmontable hostilité des sauvages, et parce que cet établissement aurait été trop éloigné pour être susceptible d’une protection efficace. Il n’en est pas moins vrai que la France a toujours contesté à l'Espagne les droits que cette puissance a prétendu, avec tant de ténacité, avoir au Texas.

Connaissant l’activité, l'énergie et la capacité de St. Denis, la compagnie lui confia le commandement du poste des Natchitoches, dont la prospérité naissante pouvait exciter la jalousie des Espagnols, et qu’elle considérait, par conséquent, comme le point le plus menacé.

La compagnie parut prendre au sérieux l'obligation qu’elle avait contractée de peupler la colonie, car, dans le courant de l’année, elle y fit transporter plus de mille personnes. De ce nombre, il y en avait plus de trois cents pour les concessions des Natchez, soixante pour celle de M. de Guiche, cent cinquante pour celle de M. de St. Reine, aux Tunicas, et deux cent cinquante pour

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CHAP. Vin. ] 179

les concessions de Le Blanc et de quelques autres aux 1720. Yazoux.

Jusqu'à présent, depuis la fondation de la colonie, les Indiens n’avaient fait aucune opposition aux nouveaux venus. Mais le moment était arrivé où leur amitié, ou plutôt leur indifférence, allait se changer en une animosité qui devait imposer aux Français une lutte de tous les instants, une lutte sourde et cachée, qui éclata plusieurs fois en guerres ruineuses et désastreuses. Tant que la colonie était restée faible, tant qu’elle paraissait devoir succomber d'elle-même, et par le vice radical de sa constitution, les Anglais ne s’en étaient pas préoccupés; mais aussitôt qu’elle donna quelques signes d’une vitalité durable, et qu’elle parut devoir s'organiser plus fortement sous l'administration plus vigoureuse de la compagnie, ils commencèrent à s’en inquiéter. D'ailleurs, les coureurs de bois, les facteurs anglais et français se rencontraient déjà sur tous les points parmi les nations indiennes. De là était née une rivalité qui devait faire verser des flots de sang. A partir de ce moment, Anglais et Français devaient, pendant des années, chercher à s’égorger par l’entremise des Indiens. Ainsi les Caroliniens poussèrent les Chickassas à déclarer la guerre aux Français. Le premier acte d’hostilité de ces sauvages fut le massacre d’un officier, nommé Sorvidal, qui, par l’ordre de Bienville, résidait parmi eux. Après bien des efforts, Bienville réussit à leur opposer les Chactas. Ces deux nations étaient les plus puissantes de la colonie. Les autres tribus sauvages restèrent neutres.

Par une ordonnance royale, les forces de la colonie avaient été portées à vingt compagnies de cinquante hommes. Voilà, avec les quelques colons répandus sur l'immense territoire de la Louisiane, les forces que l'on pouvait opposer aux sauvages et aux autres ennemis qui pourraient la menacer.

180 Lonar. vin,

Outre les mille personnes blanches, transportées cette année dans la colonie par la compagnie, elle y avait introduit cinq cents nègres.

Les colons se plaignant surtout de manquer de femmes, la compagnie avait autorisé la sœur Gertrude, et, sous elle, les sœurs Louise et Bergère, à conduire à la Louisiane des filles élevées à l'hôpital général de Paris, “lesquelles, disait la compagnie dans son ordre d’autorisation, y passent volontairement pour s’y établir, et devront être sous la surveillance spéciale de la sœur Gertrude, jusqu’à ce qu’elles soient établies. Ce qu’elles ne pourront faire sans son consentement.”

Les colons honnêtes qui se trouvaient à la Louisiane se plaignant aussi du caractère des recrues et compagnons qu’on leur envoyait, le roi, à la requête de la compagnie, rendit l'ordonnance suivante : |

“Etant informé que la compagnie des Indes est en état de faire travailler promptement à la culture des terres de la Louisiane, où d’ailleurs il se présente un grand nombre de familles étrangères et françaises, qui offrent de s'établir dans les concessions que la compagnie a accordées à différents particuliers; et que les concessionnaires refusent de se charger des vagabonds et criminels qui ont été condamnés à servir dans la colonie, parce que ce sont gens fainéants et de mauvaise vie, moins propres au travail qu’à corrompre les autres colons, et même les naturels du pays, qui sont une nation douce, industrieuse, laborieuse et amie des Français, le roi ordonne que dorénavant il ne sera plus envoyé de vagabonds ou de criminels à la Louisiane.”

Le 3 de janvier 1721, un navire de la compagnie arriva avec trois cents colons, qui devaient s'établir sur la concession de Mme de Chaumont aux Pascagoulas. Mais en favorisant l'accroissement de la population de la Louisiane, le gouvernement avait soin de veiller à ce qu’on ne s’y livrât à aucune culture qui pût entrer en

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's cette concurrence avec les produits du sol de la France. 1721. avait Ainsi, le 9 janvier, il rendit une ordonnance qui défendait de cultiver à la Louisiane, la vigne, le chanvre, e fem- le lin, etc., etc.

de, et, Au mois de février, quatre-vingts filles, sorties d’une e à la maison de correction de Paris, appelée la Salpétrière, Paris, arrivèrent à la Louisiane. Il parait que l’on considéutori- rait les femmes comme étant en dehors de l’ordre réet de- cent du conseil qui défendait d’y transporter des vagar Ger- bonds et des personnes de mauvaise vie, les ne Comme par le passé, la plus violente mésintelligence s'était manifestée entre tous les officiers et employés Lisiane publics à la Louisiane. Ve qui avait considérablement ompa- nui à la marche des affaires. Les rapports, qui furent faits à Com- en France sur la triste situation où se trouvait la colonie, avaient excité de grands murmures parmi les actionnaipn état res. On reprochait à la direction d’avoir fait de grandes terres dépenses qui n'avaient rien rapporté, et d’avoir choisi grand pour chefs de la colonie des gens beaucoup plus soiffrent gneux de leurs intérêts que de ceux de la compagnie. nie à Les actions étaient tombées dans un grand discrédit et nces- un mécontentement général en avait été la conséquence. t cri- Aussi, les directeurs écrivaient-ils à Bienville que le lonie, régent s'était plaint de ce qu’il n’avait pas rendu des e vie, services effectifs ; ils ajoutaient qu’on avait bien voulu 'S Co- l’excuser auprès de Son Altesse Royale en lui faisant ation connaître que les agents de la compagnie avaient is, le entravé et paralysé tous les plans du gouverneur de é de la colonie; qu’en conséquence, on allait : envoyer de nouveaux agents qui lui seraient subordonnés ; qu’il e ar- aurait alors l’occasion de prouver son savoir faire ur la et de mériter des récompenses, mais qu’il ne devait ulas. pas perdre de vue qu’il n’y avait que des services n de réels qui lui feraient mériter le grade de brigadier et à ce le grand cordon de St.-Louis qu’il ambitionnait et que

en le régent avait promis de lui tenir en réserve. Les di-

182 [onar. vin.

721. recteurs espéraient obtenir d’heureux résultats en stimulant ainsi l’ambition de Bienville.

Au mois de mars, deux cents Allemands arrivèrent dans la colonie. Ils étaient envoyés par Law pour peupler les terres qui lui avaient été concédées. Ils furent, peu après, suivis de cinq cents nègres qui venaient d’Afrique. Cet accroissement de la population eut été mieux accueilli de la colonie qu'il ne le fut, sion n'’avait pas souffert dans ce moment d’une grande rareté de vivres.

Parmi cette troupe allemande se trouvait une femme, dont on a beaucoup parlé dans le temps et dont les aventures en Europe et en Amérique sont racontées dans plusieurs mémoires de l’époque. On disait qu’elle était la femme du Czarowitz, Alexis Petrowitz, fils de Pierre le Grand. Il est certain que sa ressemblance avec cette princesse était très grande. Le bruit courait que, pour échapper aux mauvais traitements du prince, qui l’accablait de coups, elle avait eu recours à une mort simulée, mais qu’elle était sortie de sa tombe pour s’enfuir en pays étranger. Cette femme épousa à la Louisiane un chevalier d’Aubant, qui avait vu la princesse à St.-Pétersbourg et qui crut la reconnaître sous l’incognito qu’elle avait pris et qu’elle semblait vouloir garder. Après une longue résidence à la Louisiane, elle suivit son mari à Paris et à l'ile Bourbon, où il fut envoyé avec le grade de major. Devenue veuve en 1754, elle revint à Paris avec une fille qu’elle avait eue de son mariage. Elle y mourut dans une grande pauvreté en 1771.

Vers la fin de cette année 1721, il arriva à Biloxi un officier français qui rendit compte d’un navire de la compagnie, parti pour la Louisiane en 1718, avec des troupes et cent condamnés, et dont on n'avait jamais entendu parler. Il paraît que le commandant de ce navire avait manqüé l'embouchure du fleuve et était entré par le 29me degré de latitude, dans une large

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baie, où il avait découvert trop tard son erreur. Pour 1721. comble de malheur, une épidémie contagieuse éclata parmi les condamnés et fit tant de ravages, que cinq officiers nommés Bellisle, Allard, Delisle, Legendre et Corlat, pensèrent qu’il était moins dangereux de se faire mettre à terre avec des armes et huit jours de provisions que de rester à bord. Ils espéraient rencontrer quelque indien qui leur servirait de guide jusqu'aux établissements français, mais ils furent cruellement trompés dans leur attente. Tous moururent de faim et de fatigue, à l'exception de Bellisle. Après avoir enseveli le dernier de ses compagnons, il erra plusieurs jours sur le bord de la mer, en ne vivant que de coquillages et de racines. Il finit par tomber entre les mains de trois Indiens, qui le dépouillèrent et le menèrent prisonnier à leur village, où ils le gardèrent dix-huit mois et le traitèrent avec cruauté. Enfin, un Indien, ayant volé une petite boîte d’étain dans laquelle Bellisle conservait son brevet d’officier et quelques autres papiers, la vendit à un Indien de la tribu des Assinais. Bellisle n'eut qu’à se féliciter de ce vol; car cette boîte étant tombée par hasard entre les mains de St. Denis qui commandait aux Natchitoches, cet officier envoya quelques Indiens qui traitèrent de la rançon de son malheureux compatriote.

Les affaires de la colonie étant loin de se trouver dans un état de prospérité, on crut qu'il fallait faire quelques modifications dans les réglements de régie et l’on publia celui-ci, en date du 5 septembre: 3

Réglement sur la régie des affaires de la Louisiane.

“Le coïiseil de la régie générale des affaires sera composé du commandant général, du lieutenant au gouvernement, du sieur Duvergier, directeur-ordonnateur, du sieur de L’Orme, directeur, et sous directeur des comptes.

184 [cHar vi.

“Le conseil se tiendra nécessairement, tous les jours, au nouveau Biloxi où résideront les membres, sauf M. de Bienville, commandant général, dont la résidence habituelle est à laËNouvelle-Orléans.

“Ilsera tenu registre des délibérations du conseil et des copies en seront envoyées en France.

“Les marchandises seront vendues à Biloxi, à la Mobile, à la Nouvelle-Orléans, à 50 pour cent de bénéfice sur la facture de France; aux Natchez. et aux Yazoux, à 70 pour cent; aux Arkansas, à 100 pour cent; aux Alibamons, à 50 pour cent, vu la proximité des Anglais.”

Le 27 du même mois, ce réglement fut suivi d’un autre, ainsi conçu : |

Réglement de régie.

“Il est décidé qu’on vendra les nègres aux habitants au prix de 660 livres (pièce d'Inde), pour le prix desquels ils fourniront leurs billets payables en trois ans par parties égales, en tabac ou en riz, suivant les conditions.

“Si après deux termes échus, il n’a pas été payé un à compte d’un tiers, les nègres seront revendus sur un simple commandement, après publications et annonces. Si le produit ne couvrait pas la compagnie, le débiteur serait contraignable par corps pour le surplus.

“Le tabac en feuilles, bon et marchand, sera payé aux habitants à raison de 25 livres le quintal, livré aux magasins du nouveau Biloxi, de la Nouvelle-Orléans ou de la Mobile.

“Le riz sera payé 12 livres le quintal. Le vin sera vendu 120 livres la barrique, et le quart d’eau-de-vie 120 livres.

“La Louisiane sera divisée en neuf quartiers, qui sont la Nouvelle-Orléans, le Biloxi, la Mobile, les Alibamons,

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les Natchez, les Yazoux, les Natchitoches, les Arkansas 1721.

et les Illinois.

“Il y aura dans le chef-lieu de chaque quartier ün commandant: ‘1n juge, du jugernent duquel les appels seront portés .u conseil suprême établi au nouveau Biloxi.

“Cet ordre est établi pour donner aux habitants une protection et une justice à leur portée.”

A la fin de cette année 1721, voici quel était l’état de la colonie, présenté par la compagnie elle-même :

“Lorsque M. Crozat remit la Louisiane à la Compagnie, il pouvait y avoir environ quatre cents personnes | hommes, femmes et enfants français!

“Par les vaisseaux que la compagnie des Indes y a envoyés depuis le 25 octobre 1717, jusqu’au mois de mai 1721, elle y a fait passer, soit sur quarante-trois vaisseaux à elle, soit sur l’escadre de

M. de Saujon 7,020 personnes.

“Y compris les 400 qui étaient Ms ; dans la colonie. . . . . 1,420 bé

“Sur ce nombre, il peut en être mort, déserté ou retourné en France, 2,000 4 “Partant, il reste dans la colonie environ . . . . . . . . . . . 5,420 personnes.

“Il pouvait y avoir, au ler janvier 1721, dans la colonie, en fait de nègres, environ. . . . . . . . + 600 individus. On voit que la compagnie avait pris au sérieux la co- Jlonisation de la Louisiane. Malheureusement les dépenses énormes qu’elle fit, furent trop mal dirigées pour produire aucun résultat satisfaisant.

Les dépenses seules d'administration, à la Louisiane, se montèrent cette année à 474,274 livres.

LE SIÈGE DU GOUVERNEMENT EST TRANSFÉRÉ A LA NOUVELLE- ORLÉANS.—OURAGANS TERRIBLES. — SECONDE GUERRE CONTRE LES NATCHEZ. — BIENVILLE EST DESTITUÉ DE NOUVEAU ET RAPPELÉ EN FRANCE. — PUBLICATION DU CODE NOIR.

Le 12 mars 1722, la compagnie rendit une ordonnance qui défendait aux habitants de vendre leurs nègres aux Espagnols ou à d’autres étrangers, pour les faire sortir de la colonie, sous peine de mille livres d’amende et de confiscation du sujet.

Le 20 avril, Bienville, qui était alors au fort Louis à la Mobile, écrivit au ministre pour lui exposer les diffcultés de décharger les navires sur les rivages plats de Biloxi, et pour faire ressortir les avantages de la navigation du Mississippi. Cette dépêche est assez intéressante pour être consignée ici :

Brnvizze au Minisrre.

“J'ai eu l’honneur d’informer le conseil, par mes dernières lettres, sur l'entrée du fleuve, et de l’assurer que des vaisseaux ne tirant pas plus de treize pieds d’eau y pourraient entrer à pleines voiles sans toucher; qu'il ne serait pas difficile de rendre la passe praticable pour de plus gros vaisseaux, le fond n'étant qu’une vase molle et mouvante. J’y aurais déjà fait travailler, si Messieurs les ingénieurs, qui sont particulièrement chargés des travaux, avaient été de ce sentiment. Mais

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