IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT
VW Se 2 < a
170 [cHar. vin.
accident, et le Nt. Louis qui a été pris. La moitié des soldats qui étaient dans le fort ont pris parti avec les Espagnols contre nous. Aussitôt que le sieur de Chateaugné eut livré la place, le commandant de l’escadre fit partir trois brigantins chargés de monde, pour venir prendre l’île Dauphine et le Philippe qui y était mouillé. Il envoya en même temps une sommation de se rendre au capitaine du Philippe. Celui-ci obligea l'officier qui était porteur de la sommation, d’aller à terre parler à M. de Sérigny, qui le renvoya sur le champ, avec ordre de dire à son commandant qu’il pouvait venir quand il lui plairait, et qu’il était prêt à le bien recevoir. “Pendant la nuit, deux de ces brigantins entrèrent dans la baie de la Mobile, et mirent à terre chez un habitant, qui est à moitié chemin de l'ile Dauphine à la Mobile, trente-cinq hommes pour le brüler et le piller. Heureusement pour lui, ce fut dans le temps que j’envoyais à mon frère Sérigny un secours de quelques Français et de soixante sauvages, qui arrivèrent presque en même temps qu’eux et les attaquèrent. Ils en tuèrent cinq, dont les sauvages enlevèrent la chevelure ; six se noyèrent en voulant regagner leur bord ; on m’en amena dix-huit prisonniers. Tous les soldats français de la garnison de Pensacola, qui venaient de prendre parti pour les Espagnols, et qui furent pris les armes à la main contre leur roi, ont eu la tête cassée, n’ayant point de bourreau pour les pendre. Le reste de l’escadre espagnole arriva à l’île Dauphine deux jours après les trois brigantins. Après avoir resté devant l’île pendant quatorze jours à canonner le Philippe et le bourg, mais à hors de portée, par la peur qu’ils ont eue d’une batterie en barbette et du Philippe, qui était embossé à une portée de pistolet de terre, et de deux cents sauvages que j'avais envoyés pour secourir mon frère, qui n’avait que cent soixante hommes, y compris quatre-vingts soldats, dont partie beaucoup plus à craindre que les
bitié des avec les de Cha- ’escadre ur venir mouillé.
Be rendre cier qui parler à ec ordre uand il
trèrent sun hane à la e piller.
e j'enelques nt pres- Ils en velure :
n m’en rançais rendre rmes à ayant l’escaaprès e penbourg, d’une OSsé à AUVA- 1i n’avingts ue les
ennemis mêmes, ils ont enfin appareillé, le 26, pour s’en 1719.
retourner, sans avoir osé faire de descente, après plusieurs tentatives, dans lesquelles ils ont perdu bien du monde.”
Trois vaisseaux de ligne, sous les ordres du comte de Champmeslin, escortant deux navires de la compagnie, furent signalés le 1er septembre.
“M. de Champmeslin, continue Bienville, trouva encore dans la baie deux balandres espagnoles, qui étaient revenues pour empêcher la communication de cette île avec la Mobile, mais qui, à la vue de son escadre, se sauvèrent à Pensacola. Aussitôt que je sus son arrivée, je me rendis à son bord avec M. de Sérigny. Il fit assembler un conseil, dans lequel se trouvèrent tous les capitaines de vaisseaux. Il y fut résolu que nous irions enlever les deux forts de Pensacola et la flotte qui était dans le port. Il fut arrêté que nous ne partirions que le 14 du mois, afin que l’on pût décharger la moitié de la cargaison, que les vaisseaux fissent l’eau et le bois dont ils avaient besoin, et que j'eusse aussi le temps de faire aux sauvages leurs vivres et de les rassembler. Nous convinmes que M. de Champmeslin joindrait à son escadre l’Union et le Philippe, vaisseaux de la compagnie, et que nous laisserions sur les vaisseaux du roi deux cent cinquante hommes de troupes nouvelles que la compagnie nous a envoyées. Quant à moi, il fut convenu que jirais en chaloupes jusqu’à la rivière Perdido, avec les soldats et les volontaires que je pourrais rassembler, pour y joindre cinq cents sauvages commandés par le sieur de la Longueville, auquel j'avais donné l’ordre de s’y rendre, et que j'y trouvai en effet à mon arrivée. J’envoyai un détachement de Français avec des sauvages investir le grand fort, pour empêcher personne de sortir, et pour incommoder l'ennemi. Le 17, M. de Champmeslin entra dans le port, et, après un combat
assez chaud, d'environ deux heures, le petit fort de la
172 LcHAP. vu.
pointe de l'ile Ste. Rose, et les bâtiments qui étaient embossés devant l’île, au nombre de quatre vaisseaux et cinq balandres, se rendirent à lui. Le fort que j'attaquais depuis deux jours se rendit peu après. Cette prise a fait un très bon effet parmi nos sauvages, qui ne laissaient pas que d’être épouvantés par les quinze cents Espagnols que nous pouvons avoir pris.
“Quatre jours après la prise de cette place, il est arrivé dans ce port une balandre de la Havane, par laquelle j'ai reçu une lettre de mon frère, de Chateaugné, qui me marque que le gouverneur de la Havane n’a voulu lui fournir aucune subsistance, ni aux officiers, ni aux matelots, et que ces derniers sont forcés de charier de la pierre ou de prendre parti dans leurs bâtiments pour subsister.
“Dans les vaisseaux espagnols pris par M. de Champmeslin, il s’est trouvé trente cinq de nos déserteurs français, qui ont été jugés par un conseil de guerre de marine. Douze ont été condamnés à être pendus, et les autres, à servir de foïcats.
“Le conseil me permettra de lui représenter qu’il est bien désagréable pour un officier, chargé d’une colonie, de n’avoir pour la défendre qu’une bande de déserteurs, de faux sauniers et de coquins, qui sont toujours prêts non seulement à vous abandonner, mais encore à se tourner contre vous. Quel attachement, aussi, peuvent avoir pour le pays des gens au’on y envoie par force et auxquels il ne reste plus d’ -ance de retourner dans leur patrie ! Peut-on cru:re qu'ils ne feront pas tous leurs efforts pour 52 retirer d’une pareille situation, surtout dans un pays aussi ouvert que celui-ci l’est, soit pour aller du côté des Espagnols, soit de celui des Anglais. Ilme parait qu’il est absolument nécessaire, si l’on veut conserver au roi cette colonie, de n’y envoyer, autant qu’on pourra, que des gens de bonne volonté, et de tacher de procurer plus de douceurs pour
étaient eaux et e j'atta- Cette
9 qui ne ze cents
est arpar la- >augné, ne n’a iers, ni charier iments
’hamprs franle males au-
d'il est olonie, rteurs, prêts e à se » peuie par etourferont Ile sielui-ci e cent néie, de bonne pour
oHAP. VIII.] 178
la vie en ce pays, qu’il n’y en a eu jusqu'à présent. Il faut, pour cela, y faire passer des bestiaux de manière à pouvoir y tenir une boucherie, et y envoyer des vivres plus exactement et en plus grande quantité que par le passé, sans quoi on y sera toujours très misérable. D'ailleurs, le peu de monde que nous avons dans cette colonie est si répandu dans lesdifférents établisssements, que les seules forces que nous avons sont les sauvages, desquels nous ne pouvons nous servir dans le temps présent, par rapport à la disette des vivres. Si nous en avions suffisamment, nous serions en état de nous soutenir contre tous les efforts que pourraient faire les Espagnols, quoiqu’ils soient très puissants, étant très voisins de la Havane et de la Vera-Cruz, pourvu cependant qu’ils ne croisàssent pas avec de gros vaisseaux sur nos côtes pour nous enlever nos secours qui nous viennent de France. Ce qui est bien leur idée, suivant ce que nous avons appris des déserteurs français que nous avons pris. De cette manière, il serait facile de nous jeter dans la dernière extrémité et de nous mettre hors d’état de pouvoir conserver la colonie, si la compagnie ne nous envoie pas des secours assez puissants pour mettre les côtes en sûreté.”
Ainsi finit l'expédition contre Pensacola. Le commandement en fut laissé à Delisle, lieutenant de vaisseau.
Sur ces entrefaites, les directeurs de la compagnie ayant appelé l'attention du gouvernement sur les changements que de nouvelles circonstances demandaient dans l’ancien régime de la colonie, le conseil supérieur de la Louisiane fut réformé par un édit du mois de septembre.
D’après cette ordonnance royale, le nouveau conseil devait être composé des directeurs de la compagnie qui se trouveraient dans la colonie, du gouverneur, des deux lieutenants de roi, de quatre conseillers, d’un procureur général et d’un greffier. Le quorum en fut fixé
174 [onar, vi
1719 à trois membres pour les affaires civiles et à cinq pour les affaires criminelles. Au cas qu'il ne pût pas y avoir de quorum, à cause d’absence ou de maladie, les membres présents avaient le pouvoir de se compléter en choisissant parmi les notables de la colonie. Le conseil avait juridiction en dernier ressort et devait siéger tous les mois. J'usqu’alors, le conseil avait été le seul tribunal de la province, mais la population ayant augmenté, il fallut créer des tribunaux inférieurs, et l’on institua comme juges les directeurs de la compagnie ou leurs agents, dans les différentes localités où ils pourraient résider, lesquels, avec deux habitants notables du voisinage, pouvaient prendre connaissance d’une affaire civile. Dans toute affaire criminelle, il fallait qu’ils s’adjoignissent quatre habitants ayant les mêmes qualifications que pour une affaire civile. Mais leurs jugements pouvaient, dans tous les cas, être revisés en appel par le conseil supérieur, bien qu’ils pussent être exécutés provisoirement. Il est à remarquer qu'il était stipulé que les jugements du conseil supérieur devaient être rendus sans frais.
Le premier conseil supérieur, sous l’administration de la compagnie, fut composé de Bienville, gouverneur, d'Hubert,commissaire-ordonnateur et premier conseiller, de Boisbriant et Chateaugné, lieutenants de roi ; L’Archambault, Villardo et Legas, étaient les autres conseillers. Le procureur général était Cartier de Baune. Couture était le secrétaire du conseil.
Quoique ie gouverneur occupât la place d’honneur au conseil, le premier conseiller en était le véritable président. Il recueillait les voix et prononçait les jugements. Dans toutes les procédures préliminaires, comme l’apposition des scellés, les inventaires et autres actes semblables, il remplissait les fonctions de juge de première instance.
Bienville désirait vivement transporter le siège du gouvernement sur les bords du Mississippi, sur le site