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“On peut dire maintenant que c’est de la faute de M. Périer, siles Natchez n’ont pas été détruits du premier coup. Car les Chactas, s'étaient rendus le 22 février, jour assigné, à dix-huit lieues de l'ennemi. Il ne s’y trouva aucun Français pour les seconder dans une occasion si favorable. Les Natchez étaient tous hors de leurs forts à se divertir. Ce qui obligea les Chactas, après qu'ils eurent appris de leurs coureurs qu'il n’y avait point de Français, le long du fleuve, de profiter d’un moment si avantageux. Ils coururent sus, le 27. Il y eut soixante Natchez de tués, et dixhuit faits prisonniers.
“Il aurait suffi de trente hommes disciplinés pour empêcher les Natchez de rentrer dans leurs forts, et si cela eût eu lieu, les Chactas n’en auraient pas manqué un seul. Mais M. de Loubois ne parut que onze jours après. Il était resté, avec toutes les troupes, à trente lieues de l’ennemi, aux Tunicas, où il se retranchait pour observer les mouvements des Chactas, dans la fausse idée d’une conspiration générale, qu’il était de l'intérêt de M. Périer de faire accroire, pour couvrir les raisons qui ont porté les Natchez à se soulever. Il resta luimême à la Nouvelle-Orléans, sous ce prétexte. Ce qui donna à nos alliés une très-mauvaise opinion de notre bravoure.
“Le 8 de mars, les deux forts furent assiégés, et l’on s’y prit de façon que nos troupes essuyassent le feu de l'un et de l’autre. On avait promis aux sauvages d’ouvrir la brèche au bout de deux jours que le canon serait placé. Mais on le mit d’abord trop loin, et ensuite on l’'avança jusqu'à la portée des balles, de sorte que personne n’osait y mettre le feu. Ce qui acheva de nous faire mépriser. Les Chactas mêmes insultaient les Français, murmurant de l’absence de M. Périer. Il m’a été rapporté qu’ils me réclamèrent plusieurs fois. Enfin, le siége fut levé honteusement, au bout de treize jours,
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après avoir retiré, par une cupitulation que les Chactas voulurent bien encore ménager, ce qui restait de prisonniers et d'esclaves.
“C’est ainsi qu’on a manqué la plus belle occasion qui fut jamais. (Ce qui cause et causera des dépenses énormes. M. Périer en attribue la cause aux Chactas, disant qu’ils ont abandonné les Français, et que s'ils avaient voulu attendre quatre jours de plus, on enlevait les ennemis à la sape. La réalité est que l’armée a quitté la première, et l’on raconte de drôles d'histoires sur de l’argenterie et des objets de valeur dont il aurait été traité clandestinement avant le siége.
“Depuis quelque temps, M. Périer a fait d'immenses libéralités aux Chactas, outre les présents ordinaires, qu’il a encore augmentés! Cependant, ils sont plus que jamais portés à recevoir l'Anglais. Régis, son homme de confiance, qui se trouve maintenant au milieu d'eux, me marque, du 11 décembre, qu’un chef des plus considérés menace hautement d'aller chercher l’Anglais, et veut engager les autres à en faire autant. Les Chactas étaient tranquilles et demandaient grace, quand M. Périer les a recherchés. Il a récompensé des chefs que je voulais punir, parce que la nation les accusait d’avoir introduit l'Anglais. Depuis lors, les Chactas ont ouvert les yeux sur notre faiblesse, qui a toujours continué. Ils disent que, pour avoir du butin de nous, ils n’ont qu’à être neutres comme les autres nations, parce qu’étant les plus forts, il faudra bien les ménager.
“Il paraît même que M. Périer a donné lieu au mécontentement actuel des Chactas, en voulant, contre toute représentation, créer un grand chef sauvage dans la partie de l'Ouest, pour affaiblir l’autorité du chef suprême. C’est une faute qui est plus grave qu'on ne pense.”
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rances qu’elle avait concues relativement au gain qu’elle comptait retirer du commerce exclusif de la Louisiane, et étant alarmée par les pertes considérables que lui avait causées le massacre des Natchez, la compagnie recula devant les dépenses qu'il lui fallait faire pour protéger et maintenir la colonie. En conséquence, le 22 janvier, elle offrit de rétrocéder au roi la Louisiane, dont l’entretien était trop onéreux pour ses forces. Elle alléguait que, depuis treize ans, la colonie lui avait coûté vingt millions de livres.
Le lendemain, le contrôleur-général des finances répondit en ces termes, à la direction de la compagnie :
“Sur le compte que j'ai rendu au roi, Messieurs, de la déclaration qui fut prise pour vous autoriser à présenter votre requête à Sa Majesté, à l'effet de la supplier trèshumblement qu’il lui plaise, par les motifs y énoncés, révoquer la concession de la colonie de la Louisiane, ne réserver à la compagnie des Indes que le privilége du commerce exclusif de cette colonie, aux offres et conditions, de sa part, de transporter et de fournir aux habitants de la Louisiane, sur le pied et aux prix accoutumés, la quantité de cinq cents nègres par an, et d’ailleurs tout ce qui sera estimé être indispensable pour leurs besoins, ou, (ce qui conviendrait encore mieux aux intérêts de la compagnie), agréer la rétrocession du privilêége de ce commerce même qu’elle prévoit lui être infiniment onéreux, à la charge de fournir à Sa Majesté quelque équivalent des offres et conditions ci-dessus, tel qu’il plaira à Sa Majesté et à son conseil d’arbitrer ; le conseil m’ordonne de vous informer de ses intentions à cet égard, et que, voulant traiter favorablement la compagnie des Indes, Sa Majesté a réduit et fixé la somme de trois millions six cent mille livres, à laquelle le secrétaire d'état de la marine estimait que cet équivalent devait être porté, à celle de quatorze cent cinquante
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mille livres seulement, payables dans le cours de dix années, etc.”
Les nations sauvages des frontières du Nord étaient restées fidèles aux Français, et faisaient une guerre vigoureuse à la nation des Renards, qui étaient les ennemis héréditaires des Illinois, dont l’amitié pour les Français ne s'était jamais démentie. Au mois de mars, on eut la satisfaction d'apprendre, à la Nouvelle-Orléans, qu’une grande bataille avait eu lieu entre les Renards et les Illinois, à la tête desquels étaient quelques Français, et que les Renards avaient essuyé une défaite complête, dans laquelle ils avaient perdu de onze à douze cents hommes.
La fuite des Natchez et des Yazoux, et leur incorporation avec les Chickassas, avaient eu cela de bon, c’est que la navigation du fleuve était devenue comparativement libre, et n’était troublée que de temps à autre, par l'apparition de quelques bandes de maraudeurs. Quant au site même où avaient été les villages des Natchez, il était occupé par le baron de Cresnay, avec cent hommes, qui y faisait construire un fort en maçonnerie.
Au mois de novembre 1730, le gouverneur Périer avait résolu de faire aux Natchez une guerre d’extermination, et d'aller les chercher sur le territoire des Chickassas, où ils s'étaient réfugiés. Le 14, il était parti pour cette expédition, qu’il fit à la tête de mille hommes, dont environ sept cents étaient Français,
Voici en quels termes Périer lui-même la raconte, dans une dépêche du 25 mars 1731 :
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“Après m'être assuré des Chactas, auxquels j'avais donné rendez-vous à la Mobile, pour savoir leurs sentiments sur les différents bruits qui s'étaient répandus de leur mauvaise volonté pour nous, je les trouvai bien disposés. Ce qui me fit renouveler les traités d'alliance
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et de commerce que nous avons depuis long-temps avec cette nation, à laquelle je proposai de reconnaître pour grand chef de la partie de l'Ouest, qu'on appelle bas Chactas, le chef des Castachas. Ce qu’ils acceptèrent volontiers, en me promettant qu’ils me renverraient le reste des nègres qu’ils avaient chez eux, et qu’ils paieraient ce qui restait dû à M. Diron d’Artaguette. Lorsqu’ils me demandèrent d’aller en guerre contre les Natchez, je leur répondis que je les ferais avertir, si j'avais besoin d'eux, étant cependant bien résolu de ne pas m’en servir, pour'les tirer de l’erreur où ils sont que nous ne pouvons nous passer de leur secours, sans lequel ils croient qu’il nous faudrait quitter notre établissement.
“J’arrivai donc, le 13 novembre 1730, à la Nouvelle- Orléans, où je trouvai mon frère, de Salvert, très-avancé dans les préparatifs de guerre dont je l’avais chargé, pour lesquels préparatifs il a employé très utilement l'équipage du vaisseau du roi, sans lequel nous n’aurions pu parvenir à être si tôt prêts, puisque le 9 décembre il partit avec les bataillons de la marine, avec ordre de m'attendre au village de Carlestin, où je devais le joindre. Ce que je fis le 13, avec les troupes de la colonie et les munitions de guerre.
Le 14, nous marchômes ensemble jusqu'aux Bayagoulas, où nous restûmes quatre jours, pour attendre la division des habitants commandés par M. de Bénac et les grands bateaux dans lesquels étaient nos vivres, qui ne pouvaient pas nous suivre. J'avais séparé nos forces en trois corps, pour éviter toute tracasserie et donner plus d’émulation. Le premier était commandé par mon frère de Salvert, qui avait cent cinquante soldats de la marine et environ quarante hommes de son équipage. Le baron de Cresnay commandait les troupes de la colonie, et le sieur de Bénac ceux des habitants qui s'étaient offerts d'aller à la guerre, et qui nous joignirent, le 19 décembre, aux Bayagoulas, d’où je ne partis que le 22, les