‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 63 sur 95 · R HE · texte numérisé non relu

R HE

lyiik La Mit

LA

274 Lonar. xu,

grands bateaux n’ayant pu joindre plus tôt. Tout étant rassemblé, à l'exception des sauvages, je fus coucher à Manchac, mais je fus joint, avant d'y arriver, par le sieur de Laye, qui me dit que si je voulais presser les sauvages Tunicas de partir, ma présence parmi eux était nécessaire. Ce que je fis le même jour, en laissant la conduite de l’armée à mon frère, qui me joignit le 27 décembre, aux Tunicas, malgré la neige et la glace.” “Le 98, je fis continuer la marche à mon frère jusqu’à l'entrée de la rivière Rouge, où était le rendez-vous, et où se trouvait le vaisseau le Prince de Conti, au commandant duquel j'avais donné l’ordre de faire des fours. J'ai été obligé de rester jusqu’au 3 janvier aux Tunicas, pour leur faire achever leurs préparatifs de guerre, qui étaient d'autant plus longs, que la peur les retardait. Ils venaient d'apprendre que le sieur de Coulanges, que j'avais envoyé à notre fort des Natchez, avec une grande pirogue armée de vingt hommes, partie sauvages et nègres libres, pour donner de mes nouvelles aux Arkansas, avait été attaqué, et la moitié de son monde tuée ou blessée. Messieurs de La Touche, Beaulieu et Cochart, ont eu ie malheur d’être du nombre des premiers. Le sieur de Coulanges y a reçu deux coups de fusil, dont un au travers du corps, qui n’a pas été mortel. Cette action, qui ne décidait de rien, avait cependant abattu le courage de nos sauvages, dont il n’a marché que cent cinquante des plus braves.

“Le 4 janvier 1731, j'ai joint l’armée à la rivière Rouge, où j'ai trouvé réunis les détachements des troupes des Natchez et des Natchitoches, ainsi que la division des habitants qui avait été se montrer à la hauteur des Natchez, afin de faire croire à leurs découvreurs que notre intention était de les aller attaquer par le fleuve, quoique notre parti fût pris d’aller par la rivière Rouge, d’où nous sommes partis le 11 janvier pour chercher l'ennemi, n’ayant pu savoir depuis neuf mois l’endroit

out étant coucher à er, par le resser les parmi eux n laissant gnit le 27 glace.” re jusqu’à Z-VOUS, et , au comdes fours, Tunicas,

erre, qui ardait. Ils nges, que ne grande uvages et ux Arkanle tuée ou t Cochart, iers. Le il, dont un Cette acabattu le ‘que cent

la rivière des troule la divia hauteur reurs que le fleuve, re Rouge, chercher

l'endroit

positif où les Natchez avaient fait leurs forts, quoique j'y eusse envoyé vingt partis différents, tant forts que faibles, de façon que ça n’a été que sur le peu de connaissances obtenues d’un déserteur de douze à treize ans, que nous avons été chercher les Natchez dans des pays maärécageux et coupés, jusque-là inconnus à nos petites nations du fleuve. Mais le bonheur a été notre guide, puisque nous sommes arrivés, le 19, précisément à une lieue du fort de la Valeur, après avoir pris les mesures nécessaires pour éviter les embuscades qu’il était aisé de nous dresser, si nous avions été découverts. Nous devions vraisemblablement l'être, puisque, le 18, nos sauvages, qui s'étaient rassurés par l’exemple de nos Français, qu’ils voyaient marcher par terre, découvrirent un parti de Natchez à deux lieues au-dessus de nous, de l’autre côté de la rivière, sur lequel parti de Natchez j'envoyai un détachement de Français et de sauvages qui ne purent les surprendre, par la jalousie de nos sauvages Oumas qui tirèrent dessus avant que notre détachement ne fût arrivé. Nous fûmes privés par là de savoir des nouvelles positives de la situation des Natchez, ce dont nous avions d'autant plus de besoin que nous étions près d'eux sans le savoir.

Nous ne fûmes guère plus éclairés le 19, quoique les sauvages eussent vu plusieurs Natchez, dont ils tuèrent un homme et une femme. Ce ne fut que le 20 que j’envoyai un parti d'habitants et de sauvages, soutenus par les compagnies de Messieurs de la Girouardière et de Lusser, qui m'envoyèrent dire, une heure après leur départ, qu’ils étaient dans le chemin battu du fort. Nous nous préparâmes aussitôt à marcher, mon frère et moi, après avoir fait approcher nos voitures et laissé le baron de Cresnay, avec cent hommes, pour garder le camp, jusqu’à ce que nous eussions investi le fort. Nos bateaux et pirogues ne furent pas plutôt en place, que nous entendimes la mousqueterie du fort et celle

La Mie!

EPA A EMPIEES

re 00m ss

rm

no 0 one

276 Lorrar, x,

des escarmoucheurs. Nous marchâmes aussitôt, ayant pour guides Messieurs Marin et Outlas, qui étaient venus nous dire qu’on avait trouvé le fort, devant lequel nous arrivâmes en une heure de marche, par un pays très couvert de bois. D’abord que nous l’aperçûmes,

je fis battre aux champs. A ce bruit, les Tunicas atta-

quèrent quelques cases aux environs du fort, d’où ils chassèrent les Natchez, et ils y mirent le feu. Pendant ce temps, mon frère marcha à la droite avec partie des troupes et je fus par la gauche rejoindre Messieurs de la Girouardière et de Lusser, qui s'étaient avancés, à la faveur de plusieurs arbres, jusqu’à trente-cinq toises du fort. Ils conservèrent cette position jusqu’à ce qu’il leur fut dit de venir se mettre derrière une butte qui était à cent vingt toises et qui se trouvait là fort à propos pour mettre notre camp à couvert. Je fus aussitôt joindre mon frère, avec lequel je passai la rivière ou bayou, emmenant avec moi les compagnies de d’Artaguette et de Sanzei. Nous approchâmes le fort de près, à la faveur de quelques arbres, et, après avoir reconnu le terrain, nous fimes l’un et l’autre le tour du fort par les derrières, jusqu'à la butte dont je viens de parler, où nous convinmes de mettre le quartier général, par rapport à la facilité que nous avions de recevoir nos besoins du bord de l’eau, sans repasser le bayou.

“Le 21, j'envoyai ordre au baron de Cresnay de venir me joindre pour commander à l’attaque de la gauche, et, le même jour, je fis arborer un pavillon blanc, pour demander aux sauvages qu'ils eussent à me remettre les nègres qu'ils nous avaient pris. Ils tirèrent sur le drapeau, en disant à l'interprète qu'ils ne voulaient pas parler à des chiens comme nous. Sur les deux heures, un de nos mortiers de bois arriva. Je fis tirer sur le champ quelques grenades royales, dont deux tombèrent dans le fort sur une de leurs maisons et y mit le feu après avoir crevé. Nous entendîmes de grands cris et

Lcrrar, x,

sitôt, ayant étaient veant lequel] Tr un pays àperçcûmes, icas attart, d’où ils Pendant partie des ssieurs de ncés, à la q toises du e qu'il leur e quiétait t à propos ssitôt joinou bayou, rtaguette près, à la reconnu le ort par les parler, où |, par rapr nos bey de venir a gauche, lanc, pour mettre les ur le dralaient pas IX heures, rer sur le tombèrent

mit le feu ds cris et

des pleurs de femmes et d'enfants. Ce qui nous tit redoubler notre feu de mousqueterie et de doubles grenades. Mais malheureusement les cercles de deux de nos mortiers manquaient, Ce qui les mit hors de service.

“A cinq heures et demie du soir, les Natchez firent une sortie sur l’un de nos postes, où il y avait quinze hommes retranchés derrière un gros arbre qui n'était qu’à vingt toises du fort et qu’ils prirent à revers. Ils tuèrent un grenadier de la marine et un sergent qui reçut un coup de fusil entre les deux épaules. Aussitôt que nous eûmes connaissance de cette sortie, nous crûmes que les ennemis allaient tenter de se sauver dans les bois, et par l'intervalle du camp des habitants au notre. Ce qui fit que mon frère prit la compagnie de Lusser pour les couper. Mais voyant qu'ils n’en voulaient qu’à notre poste, il donna dessus et les obligea de rentrer assez précipitamment dans le fort. In les repoussant, le sieur de Laye, capitaine de milice, reçut deux coups de fusil, et un nègre fut tué. A huit heures du soir, quoique le temps fut très mauvais, nous ouvrimes la tranchée pour notre attaque, à trente toises du fort, mais nous ne la poussâmes qu’à quinze toises, faute de gabions.

“Le 22, je fis venir le canon et le dernier mortier, dont nous tirâmes quelques coups avant la nuit, en redoublant le feu de notre mousqueterie qui dura toute la nuit. Avant que d'aller continuer de travailler à la tranchée, je fis visiter sur le soir une maison forte qui enfilait nos travaux. J’y envoyai un oflicier avec douze grenadiers et autant de sapeurs armés, pour s’en emparer. Mais le feu que firent les ennemis les en empécha. Ce qui obligea mon frère d'y aller lui-même et de les attaquer si vivement, qu’en un quart d’heure ils abandonnèrent la maison, qui se trouva être une redoute à l'épreuve des coups de fusil, avec des meurtrières

278 [cnar. xrr,

tout autour. Nous l’avons gardée et elle nous a servi pour défendre la tête de notre tranchée.

“Le 238, nous poussâmes notre tranchée vigoureuse. ment, à l’appui de la redoute que mon frère avait prise la veille, et je comptais le lendemain achever la communication de nos travaux avec ceux du baron de Cresnay, qui travaillait avec vigueur de son côté.

“Le 24 au matin, les Natchez, voyant que nous les serrions de fort près, que nos doubles grenades et le canon les incommodaient très fort, quoique nous ne leur tirassions que de loin en loin, arborèrent un drapeau blanc à sept heures du matin et m’envoyèrent un sauvage qui parlait un peu français Je lui dis qu'avant de me parler de rien, ils eussent à me renvoyer tous les nègres qui étaient dans le fort. Ce qu’ils firent sur le champ. Dix-neuf nègres et une nègresse arrivèrent aussitôt. Ils me dirent que les autres avaient été tués, et que six étaient en chasse avec quelques-uns de leurs gens. Je dis au même sauvage que je ne voulais donner ma parole sur rien, que je n’eusse les chefs dans notre camp. Il vint d’abord le nommé St. Côme, soleil de la nation, que je renvoyai en lui disant que je voulais que le grand chef, celui de la Farine et lui vinssent ensemble, sans quoi, j'allais continuer de les battre en brèche. Malgré le mauvais temps, ils se rendirent à notre camp sur les quatre heures du soir. Ils me dirent d’abord qu’ils savaient avoir fait une grande faute et qu'ils n’osaient demander la vie, mais prièrent qu’on voulût bien l’accorder à leurs femmes et à leurs enfants. Je leur répondis que je l’accorderais même aux hommes, pourvu qu'ils se rendissent le lendemain ; que passé ce temps de grace, je ferais brûler ceux qui n’en profiteraient pas. Îlsme dirent que la chose était juste. Cependant, à minuit, le chef de la Farine, qui était dans une tente, gardé par douze personnes, tant français que sauvages des plus alertes, se sauva à la faveur de la

[cnar. xn.

lous à servi

vigoureuseavait prise ver la comu baron de | côté.

que nous les es et le caus ne leur un drapeau ‘ent un sauis qu'avant yer tous les rent sur le > arrivèrent nt été tués, ns de leurs oulais donfs dans no- 1e, soleil de je voulais ui vinssent s battre en lirent à noe dirent d’ate et qu'ils u’on voulût nts. Je leur imes, pour- > passé ce en profitejuste. Ce- | était dans

‘ançais que veur de la

nuit, et du mauvaistemps qui était épouvantable. On tira sur lui sans l’attraper.

“Le 25, le temps continua # ire mauvais. Ce qui nous incommoda autant que nos ennemis. La femme du grand chef et sa famille sortirent, le matin, avec quatre cent cinquante femmes et enfants et quarantecinq hommes, qui ne venaient que peu à peu, de sorte qu'avant que nous ne les eussions tous mis en sûreté, la journée se passa, qu’il restait encore une vingtaine de personnes dans le fort, qui demandaient qu’on les y laissàt jusqu’au lendemain. Je fus forcé de leur accorder leur demande, parce qu’il ne faisait pas un temps à les aller prendre. Nous étions entre deux eaux. Le temps ne s’éleva que vers les neuf heures du soir. A huit heures, ceux qui restaient dans le fort, partirent au nombre de seize hommes et quatre femmes. Le poste des habitants s’en aperçut, mais il leur fut impossible de tirer un seul coup de fusil dessus, non plus qu’à nous de faire marcher nos sauvages. Ilest vrai que la pluie tombait par seaux depuis deux jours. Je fis entrer dans le fort, où l’on trouva deux hommes et une femme. Le lendemain, nos sauvages prirent deux hommes qu'ils brûlèrent, et ils enlevèrent la chevelure d’un, qu'ils avaient tué.

“Le 26 et le 27, je fis travailler à démolir le fort et brûler les bois qui le composaient. Je renvoyai mon frère au camp du bord de l’eau avec le bataillon de la marine et deux cent cinquante esclaves.

“Le 28, tout étant brûlé, tant forts et maisons que pirogues, je fus joindre mon frère, et le 29, nous partimes tous pour nous rendre dans le fleuve, où chacun avait besoin de repos, pour se remettre des fatigues qu’il avait essuyées. Si l’on n’avait pas pressé l’ennemi si vivement que nous l’avons fait, nous eussions perdu la moitié de nos forces, tout le monde étant excédé.

“On ne peut trop louer ceux qui ont servi dans cette

ERA Er e

DE op

280 [cHar. xu,

expédition. Chacun, à l’envi l’un de l’autre, a voulu se signaler par la valeur et le travail. L’officier y a partout donné l'exemple et la main à tout ce qui était nécessaire pour terminer promptement et heureusement cette expédition.”

On voit que cette expédition fut encore très peu glorieuse pour les Français. D’abord, le gouverneur Périer se rendit coupable d’une trahison, en invitant les chefs sauvages à une entrevue, et en les faisant prisonniers. Dans sa dépêche, le gouverneur glisse légèrement sur ce fait. La vérité est que les sauvages, ayant voulu traiter de la paix, le gouverneur leur fit dire qu’il ne traiterait qu'avec les chefs eux-mêmes. Ceux-ci, après bien des difficultés, provenant d’une juste méfiance, y donnèrent leur consentement. Le gouverneur français et les chefs sauvages, qui étaient le Grand-Soleil, St, Côme le Petit-Soleil et le chef de la Farine, se rencontrèrent entre le camp et le fort. Comme il pleuvait, le gouverneur Périer les invita à s’abriter dans une cabane voisine, qu’il leur désigna du doigt. A peine y étaientils entrés, qu'ils étaient prisonniers. On a vu, dans la dépêche citée précédemment, comment le chef de la Farine avait réussi à se dérober à la vigilance de ses gardiens et à recouvrer sa liberté. La fin de l'expédition ne fit pas plus d'honneur aux Français, puisqu'ils laisserent échapper tous les guerriers, qui, guidés par le chef de la Farine, s’enfuirent du fort à la faveur de la nuit. Les Français ne prirent que quarante-cinq hommes, et quatre cent cinquante femmes et enfants. Quant au Grand-Soleil, et à St. Côme le Petit-Soleil, ils n'étaient tombés entre les mains de leurs ennemis que par un guet-à-pens. Au retour de Périer à la Nouvelle-Orléans, le Grand-Soleil, le Petit-Soleil, les femmes, les enfants, et les autres prisonniers, furent expédiés à Hispaniola, pour être vendus,

Les Natchez, excités sans doute par le désir de venger

[cHar. x,

,a voulu st er y à parjui était nébureusement

rès peu gloverneur Pé.invitant les sant prison- : légèrement ayant voulu ire qu'il ne ux-ci, après méfiance, y eur français 1d-Soleil, St, >, Se r'enconpleuvait, le une cabane ne y étaientvu, dans la chef de la ance de ses l'expédition qu’ils laissè-

s par le chef

r de la nuit.

hommes, et

Quant au ils n'étaient que par un Nouvelle-Orfemmes, les édiés à His-

ir de venger

la perte de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs 1731. chefs, avaient été si peu paralysés par ceite dernière expédition, qu’ils n’en commettaient que plus de déprédations. La dépêche suivante de Diron d’Artaguette, en date du 24 juin, en fait foi :

“Les Natchez, dit-il, que l’on croyait détruits, commettent de nouveaux désordres. Au mois d'avril, ils attaquèrent un convoi de quatre pirogues, que M. Périer envoyait aux Arkansas. L’officier eut deux hommes tués et deux blessés de la première décharge. Voyant que l'ennemi était de beaucoup supérieur en nombre, quoiqu’il eut soixante et dix hommes, il se hâta de regagner le milieu du fleuve. ;

“On sait maintenant qu’il y a plus de trois cents Natchez portant les armes, lesquels ont trouvé le moyen de s'échapper du fort, malgré le siége. Les Chickassas se sont déclarés pour eux. M. Périer m’ordonne d’engager les Chactas à leur faire la guerre ; mais ils savent que nous n'avons rien à donner, nos provisions étant épuisées par les dons qu’il a fallu faire pour la dernière expédition, et nous sommes payés pour savoir que les sauvages ne se remuent pas pour rien. Nous sommes sans provisions, sans ressources, et nous avons tout à craindre.

“Les Chickassas, à qui M. Périer a fait demander les Natchez qui ont fait village parmi eux, ont répondu qu’ils n’avaient pas été les chercher pour les livrer, et qu’ils sauraient bien les défendre. Nous avons perdu cette nation depuis 1729, époque à laquelle on a cessé d’y faire la traite.

“On aurait pu prévenir tous ces désordres des Natchez si on avait forcé ces barbares, lorsqu’on avait le bonheur de les tenir enfermés une seconde fois, avec des forces

capables d'enlever toute autre chose qu’un fort de pieux, qui n’était défendu que par des hommes accablés de mi-

sère et de maladie. Mais on voulut les avoir sans coup

mm me

282 [UHar. x1s.

férir. Ce qui fitque nous les perdimes à la faveur de la nuit et de la retraite que M. Périer ordonna au corps de la milice bourgeoise qui gardait la sortie par un feu continuel.”

Si M. Périer commit cette faute, il semble qu’il en fit une autre bien plus grande, en envoyant vendre à Hispaniola les quatre cent cinquante femmes et enfants des Natchez, ainsi que les chefs qu'il avait en sa possession. Car ilest probable qu'avec de tels moyens sous la main, il aurait pu avoir bonne composition des Natchez et les amener peut-être à s'éloigner des établissements français, ou à faire une paix durable qui aurait mis fin à bien des craintes et à des dépenses ruineuses.

N’étant plus animés que par une haine implacable, les Natchez se montraient partout avec une rapidité étonnante. Ainsi, ils s’avancèrent sur les Natchitoches, dans le dessein de surprendre le village de cette nation et le fort français. Les Natchitoches, informés de leur présence par un chasseur qui les avait aperçus, allèrent au devant d’eux et leur tuèrent cinq ou six hommes. Les Natchez, malgré cela, les chassèrent de leur village, et ensuite se retranchèrent sur la rivière. Les Natchitoches, aidés par la petite garnison française commandée par St. Denis, et soutenus par environ quatorze Espagnols et quatre cents sauvages Acinais, reprirent courage, forcèrent les Natchez dans leurs retranchements et les obligèrent de se retirer chez les Ouachitas. On perdit deux soldats français, un Espagnol et un assez grand nombre de sauvages. Quant aux Natchez, ils eurent à déplorer la mort de leur fameux chef, la Farine ; leur perte totale, en tués ou prisonniers,se monta à soixantequatorze hommes.

En date du 5 novembre, M. de Beauchamp, commandant de la Mobile, écrivit au ministre: __ —

“M. Périer, ayant appris que les Natchez se retiraient

[UHar, xs,

faveur de à au corps par un feu

e qu’il en t vendre à

es et enavait en sa els moyens osition des er des étable qui aupenses rui-

implacable, ne rapidité atchitoches, ette nation més de leur us, allèrent ix hommes.

eur village, Les Natchise commanuatorze Esprirent couhements et . On perdit ssez grand ils eurent ‘arine ; leur à soixante-

p, commannd

e retiraient

CHAP. x11.] 283

aux Chickassas, a demandé à ceux-ci de nous les remettre. Ce qu’ils ont refusé. Sur ce refus, sans s’embarrasser de la misère où est la colonie et du peu de forces que nous avons, M. Périer, par promesses et présents, a engagé par le moyen de M. Diron d’Artaguette, les Chactas à déclarer la guerre aux Chickassas, pour avoir recueilli les ennemis des Français. Les Chactas de l'Est ont fait quelques chevelures, mais ceux de l'Ouest ne veulent pas s'engager dans cette guerre à moins que M. Périer ne marche à leur tête, comme il leur a promis. Cette disposition peu favorable des Chactas prouve leur mauvaise intention à notre égard. Cependant, cette nation se déclarant contre nous, il nous faudrait abandonner la colonie, si toutefois on avait le temps de le faire. Tous les sauvages, depuis le départ de M. de Bienville, sont gâtés. Malgré l'augmentation de marchandises qu'on leur a données en présents, et la diminution de la traite de leurs pelleteries, "ils ne sont point contents. Au contraire, ils sont plus insolents et moins traitables.

“La guerre des Natchez n'’inquiétait que le fleuve. Celle des Chickassas inquiète toute la colonie. Ils ont envoyé chez les Illinois pour les solliciter de prendre parti contre nous. Mais les trois envoyés nous ont été livrés, et M. Périer se propose de les faire brüler.

“Les Alibamons et les T'alapouches ont été sur le point de se déclarer contre les Chactas. Si cela eût eu lieu, la colonie eut étéen feu. Les Anglais nous débordent.

“Un défaut de politique que j'ai trouvé, ainsi que tous les anciens du pays, en M. Périer, c’est qu’il a donné une connaissance parfaite à la nation des Chactas des forces de la colonie, en les obligeant d’aller à la Nouvelle-Orléans chercher leurs présents. Ce qui fait aussi un mauvais effet, c’est qu'aujourd'hui il y a trois fois plus de chefs que lorsque M. de Bienville est parti, et par suite, il y a trois fois plus de présents à faire. Ajou-

284 [car. xir.

tez à cela que ces barbares qui, étant gens de bois, n’avaient jamais osé se risquer sur l’eau, vont devenir canotiers par ce moyen et capables de nous faire la guerre en quelque lieu que se place la colonie, C’est la raison pour laquelle M. de Bienville n'avait jamais voulu souffrir que les Chactas vinssent chercher leurs présents, tunt à Biloxi qu'à la Nouvelle-Orléans, pour ôter à ces sauvages la connaissance des troupes et des magasins, et c’est pourquoi il leur avait fait toujours remettre leurs présents à ce poste (Mobile), qui est plus à leur portée.

“Le matest maintenant sans remède, à moins que M. de Bienville ne pût revenir. Peut-être pourrait-il réussir, lui, à cause de la considération que les sauvages ont toujours eue pour lui, et à cause des services qu'il leur a rendus, particulièrement aux Chactas.

“Nous ne sommes pas seulement menacés des sauvages. Les nègres avaient comploté à la Nouvelle- Orléans de massacrer tous les Français qui sont sur le fleuve. Ce coup devait se faire le 24 juin, à la sortie de la messe paroissiale. Par le plus grand bonheur du monde pour le pays, tout ne se trouva pas prêt ce jourlà, et l'exécution du projet fut remise au 29. On a découvert heureusement, dans ce petit intervalle de cinq jours, la conspiration. Sans quoi, depuis la Pointe- Coupée jusqu’à la Balise, tous les blancs auraient été massacrés. On a fait rouer et pendre dix à douze nègres des plus coupables. Ceux de cette rivière (la Mobile) ne trempaient en aucune façon dans cette affaire, dont ils n'avaient même pas connaissance. Tous les Banbaras s'étaient ligués pour se rendre libres possesseurs du pays par cette révolte. Les autres nègres de la colonie, qui ne sont point de cette nation, leur auraient servi d'esclaves.

“Vous voyez, Monseigneur, dans quel état est cette colonie, qui gémit sous un commandement dur, depuis

[oar. xur.

e bois, n’alevenjr cae la guerre st la raison nais voulu leurs pré- , pour ôter bt des mapujours reui est plus

moins que pourrait-il S sauvages rvices qu'il

des sauva- Nouvellesont sur le la sortie de onheur du rêt ce jour-

On a dé- Ile de cinq la Pointeraient été douze nèrivière (la is cette afce. Tous libres posres nègres n, leur au-

est cette ur, depuis

long-temps. Les nabitants y sont m:sérables, tant pour les marchandises dont ils ont besoin que pour la nourriture, étant obligés de se nourrir de riz et de mais. Quand il vient des farines, les premiers de la colonie s'en emparent, ainsi que des boissons, et ne s’en dessaisissent qu’à des prix excessifs. Ils en font de même des marchandises.

“Les soldats ont toujours eu à se plaindre de la compagnie pour la nourriture et les vêtements, sans parler des bénéfices énormes faits par la compagnie sur les ventes.”

Dans la dépêche qui précède, M. de Beauchamp se plaint, avec raison, de la dureté de M. Périer, qui ne songeait qu’à brûler les sauvages ou à les envoyer vendre dans les îles. Aïnsi les Chickassas étant en guerre avec les Français, et ayant envoyé des émissaires aux Illinois, pour les engager à prendre fait et cause avec eux contre leurs ennemis, ces émissaires furent livrés par les Illinois à M. Périer, qui ne trouva rien de mieux à faire que de les brûler! Il n’est donc pas étonnant que, dans sa dépêche, M. de Beauchamp ait demandé le retour de Bienville, en disant que lui seul pouvait ramener les sauvages.

La dépêche suivante de Périer, en date du 10 décembre, fait voir que les Natchez ne laissaient en repos ni les Français ni leurs alliés :

“A mon retour de la Balise, au mois d'avril, dit M. Périer, je trouvai ici le chef des Tunicas, qui me dit qu’étant allé à la chasse, quatre Natchez s'étaient rendus à lui pour le prier de leur faire faire leur accommodement, en lui disant que tous ceux qui étaient dispersés, tant chez les Chickassas qu'ailleurs, seraient bien aise qu’on les reçût en grace, qu’ils se mettraient où je souhaiterais et dans telle situation que je voudrais, mais qu’ils seraient heureux d’avoir la permission de se placer près de son village. Je répondis au chef des Tuni-

“iii œirdii

286 [ouar, x,

cas, que je voulais bien qu’ils s'établissent à deux lieues de là, où ils demeureraient sans armes, mais que je ne voulais pas qu’ils se missent dans son village, à cause des discussions journalières qui arriveraient entre ses guerriers et les Natchez. Il me promit qu’il exécuterait ponctuellement mes intentions. En conséquence, il alla à son village, où il reçut trente Natchez qu’il désarma, Dans le même temps, quinze Natchez et vingt de leurs femmes se rendaient au baron de Cresnay, à notre fort des Natchez. Pendant que les choses étaient dans cet état, une centaine de Natchez vinrent au village des Tunicas avec leurs femmes et leurs enfants, tandis que cinquante Chickassas, ou Coiras, étaient cachés dans les cannes autour da village. Le chef des Tunicas dit aux Natchez qu’il avait ordre de ne pas les recevoir armés. Sur quoi, ils lui dirent qu’ils lui remettraient leurs armes, qu’ils ne les gardaient que pour rassurer leurs femmes ; ce que le Tunicas crut trop légèrement, et, suivant son premier sentiment, il fit donner à manger à toutes les familles natchez. Après quoi, chacun dormit. Ensuite, on dansa jusqu’à une heure avant le jour du 14 de juin. Lorsque tout à coup, les Natchez sautèrent sur leurs armes et sur celles des Tunicas, et commencèrent à tuer leurs hôtes. Ils en tuèrent sur le champ une douzaine, entre lesquels était le grand chef des Tunicas, qui avait déjà tué cinq de ses ennemis, quoiqu'ils l’eussent accablé par le nombre. Le chef de guerre ne s’étonna de cette perte, non plus que de la fuite de la plus grande partie de ses guerriers, que la surprise avait fait fuir. Ilen rallia une douzaine, avec lesquels il regagna la cabane de son chef, et, à force de harangues, il fit revenir ceux que la première peur avait fait fuir, avec lesquels il a repris son village, après un combat de cinq jours et de cinq nuits. (C’est une des affaires les plus vigoureuses qui se soit jamais passée entre sauvages. Les Tunicas ont eu vingt hommes de tués et autant de

[orav, xu,

eux lieues que je ne e, à cause entre ses xécuterait nee, il alla désarma, t de leurs notre fort t dans cet illage des andis que chés dans unicas dit s recevoir ettraient r rassurer gèrement, à manger un dormit.

jour du 14 térent sur nencèrent amp une s Tunicas, u’ils l’eusrre ne s’éde la plus avait fait lregagna s, il fit refuir, avec it de cinq s les plus sauvages.

tutant de

uHAr, XIL.] 287

blessés, avec huit femmes prisonnières, mais qu'ils ont ensuite reprises. Les Natchez ont laissé trente hommes de morts et trois prisonniers qui ont été brûlés. Si nos habitants français, qui n’étaient qu’à sept lieues, eussent été secourir les Tunicas, au lieu de fuir ici, il n’eut échappé que peu de Natchez ; mais il leur manquait un homme de tête pour les conduire. Aussitôt que j'appris le combat des Tunicas, j'envoyai M. d’Artaguette, avec un détachement, pour faire marcher les petites nations à la poursuite des Natchez, et je fis passer une lettre en diligence au sieur de Cresnay pour désarmer tous les sauvages qui s'étaient rendus. Ce qu'il fit sur le champ. Mais l’aide-major ne les ayant désarmés que de leurs fusils sans leur Ôter leurs couteaux, ils sautèrent sur huit fusils qui étaient en faisceau vis-à-vis de la chambre où on les gardait, avec lesquels ils firent feu jusqu’à ce qu’on les eut tous tués, hommes, femmes et enfants, au nombre de trente-sept. Nous avons perdu dans cette affaire quatre soldats. Le chef de ce parti, qui était descendu ici pour me parler, a eu le même sort avec quinze de ses gens, ayant voulu fuir de la Balise où ils étaient aux fers et ayant trouvé le moyen de forcer leur prison pendant la nuit. Toutes ces pertes ont beaucoup réduit cette nation, qui serait bientôt détruite, si tous les vagabonds de toutes les nations ne se joignuient

à elle.

“J'ai eu de la peine à faire donner les Chactas sur

les Chickassas. Ils délibéraient depuis trois mois sur le parti à prendre, lorsque j'ai fait faire coup sur eux par un chef chactas de nos amis, et la guerre est maintenant inévitable entre ces deux nations. Mais malheureusement nous sommes dépourvus de tout, de munitions surtout, &ce., &c.”

Pendant que ces choses se passaient à la Louisiane, le conseil d'Etat en France rendait un arrêt en date du 15 novembre, par lequel il ordonnait aux créanciers de

—— Tres

PEU, 2 CIO (re

Page 1