‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 68 sur 95 · EP Ê LE · texte numérisé non relu

EP Ê LE

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ses directeurs à la Louisiane, qui ont obligé les officiers et employés de les recevoir en paiement des denrées qu'ils remettaient dans les magasins de la compagnie, ou pour ouvrages faits, avec promesse de les retirer et de les payer en marchandises convenables, ou en lettres de change sur France.

“Les porteurs de ces billets qui étaient obligés d’acheter ailleurs que dans les magasins de la compagnie ce dont ils avaient besoin, et ce qu’ils n’y trouvaient point, et ceux que leurs affaires appelaient en France, ne pouvant très souvent obtenir des lettres de change (cette facilité n’ayant lieu que suivant le caprice des directeurs de la compagnie), étaient contraints d'acheter la marchandise le double de sa valeur, ou de convertir ces billets en argent. La valeur de l’argent fut donc portée, par cette même raison, depuis 1723 jusqu’en 1726, à 30 et 35 liv. la piastre. Sur ce pied, il n’y eut rien d'étonnant de voir l’eau-de-vie à 30 livres le pot, une paire de souliers 30 et 35 livres, et ainsi des autres marchandises, à proportion. Cette usure alla à tel point, que le conseil supérieur fut obligé de faire le procès à deux particuliers qui en furent convaincus, et il rendit alors un réglement pour essayer d'y mettre l’ordre convenable, mais l’abus ne fut point arrêté. Cependant, en 1729 et en 1730, et jusqu’à la fin de 1731, le grand nombre de ces billets étant diminué, parce que la compagnie les retirait, la piastre diminua de prix, et revint à 10 liv. et 12 liv.

“Pendant les années dont il est parlé ci-dessus, même jusqu’en 1730, les habitants contractèrent entre eux, et avec la compagnie des Indes, plusieurs dettes dont le paiement fait le sujet de la contestation actuelle, attendu que, depuis la fin de 1731, temps auquel le sieur Salmon est arrivé, il n’y a plus de billets de la compagnie, qui furent tous retirés par le moyen de marchandises que le sieur Salmon fit remettre à la compagnie, pour la

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rembourser des avances qu’elle avait faites pour le roi depuis le ler mai 1732, temps auquel le roi a repris possession du pays.

“Il est vrai que, depuis ce temps là, quelques créanciers ont prévenu le réglement qu’on pourrait rendre à ce sujet, et se sont portés d'eux-mêmes à la réduction de moitié de leurs créances. D’autres ont plaidé pour avoir le tout, et le conseil supérieur, sans faire de réglement, a condamné les débiteurs à payer en espèces qui avaient cours au jour que les billets et obligations avaient été contractés. Il a cru devoir prendre ce tempérament pour ne pas dénier la justice.

“La compagnie, qui est la plus forte créancière en ce pays, est celle qui pourrait s’opposer à cette proposition. Cependant il semble qu’elle y ait acquiescé, et qu’elle ait donné ouverture à la réduction de moitié des dettes.”

A l’appui de cette assertion, les membres du conseil supérieur citent, comme exemples, plusieurs cas où la compagnie a réduit de moitié ce qu'elle était tenue de payer à ses créanciers, qui ont été obligés de passer par là, de crainte de tout perdre.

Ils ajoutent : “La compagnie après cela aurait mauvaise grace de s'opposer à la réduction, lorsque cette réduction opérerait contre ses propres créances. On peut même dire qu’elle a plus d'intérêt que personne à y souscrire, si elle a envie de faire le recouvrement de ce qui lui est dû. Les nègres qu’elle à introduits dans la colonie ne lui revenaient pas à 300 livres, et elle les a vendus à crédit 1,000 livres. Comme elle les vendait la plupart à l'enchère, des habitants qui en avaient envie, mais qui n'avaient pas beaucoup le désir de payer, les ont poussés jusqu’à 1,500 ou 1,800 livres. A l'égard des marchandises des magasins, elle les a vendues en partie

jusqu’à 150 pour cent de bénéfice. T'el qui a eu dix nè-

gres delle, n’en a pas à présent la moitié. En sorte que

pas un habitant ne pourrait s'acquitter, si les dettes res-

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