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avoir essuyé dans les préparatifs une lenteur à laquelle je ne devais pas m’attendre, j'ai encore moins pu prévoir la lâcheté des troupes que j'avais sous mes ordres. Il est vrai qu’à considérer les recrues pitoyables de polissons qu’on envoie ici, on ne devrait jamais se flatter d’en faire des soldats. Ce qu’il y a de fâcheux, c’est d’être obligé, avec de pareilles troupes, de compromettre la gloire de la nation, et d'exposer des officiers à la nécessité de se faire tuer ou de se déshonorer. Les recrues venues par la Gironde sont encore pires que les précédentes. Il ne s’y trouve qu’un ou deux hommes audessus de cinq pieds. Le reste est au-dessous de quatre pieds dix pouces. Quant aux sentiments, on peut dire qu’il y en a, sur cinquante-deux qu'ils sont, plus de la moitié qui ont déjà passé par les verges pour vol. Enfin, ce sont des bouches inutiles, à charge à la colonie, et dont on ne tirera aucun service.”
Dans cette campagne déplorable, la perte des Français se monta à huit ou neuf officiers et à cent vingt soldats. Ce que l’on peut reprocher à Bienville, c’est d’avoir entrepris cette expédition, lorsque, quelques mois auparavant, il disait : “ Alors même que je ferais marcher toute la colonie, nous ne pourrions pas nous promettre un heureux succès, et ce parti violent ne doit pas être pris légèrement.” Puisqu’il pensait qu’il ne pouvait emporter les forts des sauvages qu’avec des mortiers, il ne devait pas en entreprendre le sié;?, lorsqu’on avait négligé de lui envoyer l'artillerie qu’il avait demandée et qu’il attendait. Quelque nécessité qu’il y eut de faire une action d'éclat pour intimider les sauvages, il était encore plus nécessaire de se garder contre tout échec, surtout après en avoir tant éprouvé.
La défaite de Bienville devant les forts des Chickassas avait été précédée par celle de d’Artaguette, neveu du commissaire-ordonnateur Diron d’Artaguette. Cette victoire avait encouragé les Chickassas, et leur
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