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“Le détachement des habitants était commandé par Lesueur et St. Martin.”
Ici Bienville entre dans de longs détails sur les diffcultés qu’il eut à surmonter pour réunir les sauvages alliés, pour les contenir, pour calmer leurs défiances, peur satisfaire * :surs exigences, et pour les empêcher de déserter. Les obstacles qu’il eut à vaincre sur sa route, et l’exti‘ire peine qu’il eut à transporter son matér'iel et ses vivres, sont longuement énumérés.
“Enfin, dit-il, le 22 mai, nous nous trouvâmes tous à neuf lieues des villages chickassas. Le 23, à la pointe du jour, je fis couper un nombre de pieux et tracer un petit fort qui fut élevé aussitôt pour la défense de nos voitures. Je tirai des compagnies une garnison de vingt hommes, pour y rester sous le commandement du sieur de Vanderek, avec le garde-magasin, les patrons des bateaux et quelques malades. J’eus le temps de remarquer, en voyant tous les Chactas réunis, qu’ils n’étaient pas venus en si grand nombre qu’ils l'avaient promis, et qu’ils n'étaient guère que six cents hommes. J’eus beaucoup de peine à en trouver une certaine quantité qui voulussent porter, en les payant, des sacs de poudre et de balles, que les nègres ne pouvaient prendre, s'étant déjà chargés d’autres choses.
“Le 24, après avoir fait prendre des vivres pour douze jours, je partis du fort dans l’après-midi, et fus camper le soir à deux lieues de là. Les pluies, dont j'avaistant été incommodé sur la rivière, ne me quittèrent point à terre. À peine étions-nous campés, que nous essuyâmes un violent orage, qui reprit plusieurs fois dans la nuit, et qui nous fit tout appréhender pour nos munitions et nos vivres. Nous fimes cependant en sorte qu'ils ne furent pas mouillés.
“Le 25, nous eûmes à passer, dans l’espace de cinq petites lieues, trois ravines profondes où nous eûmes de l’eau jusqu’à la ceinture. Comme les bords en étaient
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CIHAP. XIV.
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Bienville voulut alors contourner les villages des Chickassas pour aller attaquer le village des Natchez, qui était plus loin, parce qu’il les considérait comme les instigateurs de toutes les guerres que la colonie avait à soutenir. Mais les Chactas mirent tant de persistance à attaquer les villages qu’ils avaient en vue et qui contenaient, disaient-ils, beaucoup de vivres, ce dont ‘4 ils manquaient complètement, que Bienville se vit obliger de céder.
“La prairie, dit-il, dans laquelle ces villages étaient situés, pouvait avoir deux lieues d’étendue. C’étaient trois petits villages établis triangulairement sur la crête d’un coteau, au bas duquel coulait un ruisseau presque à sec. Les Chactas me vinrent dire que je ne trouverais pas d’eau plus loin, et je fis défiler le long du petit bois qui terminait la prairie, pour gagner une petite hauteur où je fis faire halte pour manger. Ilétait alors plus de midi. | “Cependant les Chactas, qui voulaient, à quelque |
prix que ce fût, engager une action avec ces premiers villages, y furent escarmoucher, dès que nous fûmes entrés dans la prairie, afin d'attirer sur nous la défense de l'ennemi. Ce qui leur réussit ; de manière que la plu- | part des officiers se joignirent aux Chactas pour demander qu’on attaquât ces villages, dans lesquels ils ne croyaient pas qu’on dût trouver une grande résistance. Je me rendis donc, et je fis commander pour deux heures ‘14 après-midi la compagnie des grenadiers, un piquet de | quinze hommes de chacune des huit compagnies françaises, soixante Suisses et quarante-cinq hommes des | volontaires et milices, sous les ordres de M. de Noyan.
“De l’endroit où nous étions arrêtés, à une portée de |
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carabine des villages, nous y distinguâmes des Anglais, qui se donnaient de grands mouvements, po'1r préparer les Chickassas à soutenir notre attaque. Malgré l’irrégularité de ceiic conduite, comme à; re crrivée, ils avaient dans un des trois villages a: ré un pavillon anglais pour se faire connaître, je recommandai au chevalier de Noyan d'empêcher qu’on les insultàt, s’ils voulaient se retirer, et, pour leur en laisser le temps, je lui ordonnai d’attaquer d’abord le village opposé à celui du pavillon.
Cependant, le détachement commandé se mit en marche et gagna le coteau, à la faveur de quelques mantelets qui, à la vérité, ne servirent pas long-temps, parceque les nègres qui devaient les porter jusqu’à un certain endroit, ayant eu un des leurs tué et un autre blessé, jetèrent là les mantelets et s’enfuirent. En entrant dans le village, appelé Ackia, la tête de la colonne et les grenadiers, étant à découvert, furent fort maltraités. Le chevalier de Contre-Cœur y fut tué, et un nombre de soldats tués ou blessés. On prit cependant et l’on brûla les trois premières cabanes fortes et plusieurs petites qui les défendaient, mais quand il fut question de traverser de celles-ci à d’autres, le chevalier de Noyan s’aperçut qu’il n'avait presque avec lui que les officiers de la tête, quelques grenadiers et une douzaine de volontaires. La mort de M. de Lusser qui fut tué en traversant, aussi bien que celle du sergent des grenadiers et d’une partie de ses gens, avaient déjà effrayé les troupes. Les soldats se foulaient derrière les cabanes prises, sans que les officiers serrefiles pussent les en détacher, de façon que les officiers de la tête furent presque tous mis hors de combat. En un instant, le chevalier de Noyan, M. d'Hauterive, capitaine des grenadiers, les sieurs de Velles, Grondel et Montbrun furent blessés. Ce fut en vain que le chevalier de Noyan, voulant conserver son terrain, envoya le
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sieur de Juzan, son aide-major, pour tâcher de ramener les soldats. Cet officier. ayant été tué auprès d’eux, ne fit par sa mort qu’augmenter leur frayeur. Enfin la blessure de M. de Noyan l'ayant obligé de se retirer derrière une cabane, il me dépêcha mon secrétaire, qui l'avait suivi, en lui ordonnant de me rendre compte de l'état fâcheux où il se trouvait et de m’avertir que, si je ne faisais sonner la retraite, ou n’envoyais des secours, le reste des officiers subirait bientôt le sort des premiers ; que, pour lui, il ne voulait pas encore se faire transporter, de crainte que le peu de gens qui restaient ne prissent de là occasion de s’en aller à la débandade ; qu’au reste, il y avait bien soixante ou soixante-dix hommes tués ou blessés. Sur ce rapport et sur ce que je voyais, d’où j'étais, plier les troupes tant françaises que suisses, et encore parce que nous venions d’avoir une alerte du côté de la grande prairie, où était situé le gros des villages de la nation, et que nous étions tous sous les armes, j'envoyai M. de Beauchamp avec quatre-vingts hommes pour faire faire la retraite et enlever nos morts et blessés. Ce qui ne se fit pas sans perdre encore quelques hommes. Le sieur Favrot y fut blessé. Lorsque M. de Beauchamp arriva au lieu de l'attaque, il n’y trouva presque plus de soldats. Les officiers, rassemblés et abandonnés, gardaient leur terrain. C’està-dire qu’ils en étaient à la cabane la plus voisine du fort. M. de Beauchamp les fit retirer, et se rendit au camp en bon ordre, les ennemis n’ayant osé sortir pour le charger. Ilest vrai que les Chactas, qui jusque là s'étaient tenus à couvert sur la rampe du coteau, attendant l'évènement, se levèrent alors et firent quelques décharges. Ils eurent en cette occasion vingt-deux hommes tués ou blessés. Ce qui dans la suite n’a pas peu contribué à les dégoûter.”
Ici, M. de Bienville annonce qu’il envoie un plan de l'attaque, mais ce plan ne se retrouve pas.
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“Ce qu'on peut ajouter, continue-t-il, sur la façon de se fortifier de ces sauvages, c’est qu'après avoir entouré leurs cabanes de plusieurs rangs de gros pieux, ils creusent la terre en dedans pour s’y enfoncer jusqu'aux épaules et tirent par des meurtrières qu'ils font presque à fleur de terre, mais ils obtiennent encore plus d’avantage de la situation naturelle de leurs cabanes, qui sont séparées les unes des autres et dont les feux se croisent, que de tout ce que l’art anglais peut leur suggérer pour les rendre plus fortes. La couverture de ces cabanes est en bousillage de terre et de bois, à l'épreuve des flèches à feu et des grenades, de façon qu’il n’y a que la bombe qui puisse leur nuire. Or, nous n’avions ni canons, ni mortiers. Au reste, je ne doutai plus, en voyant le grand nombre de nos blessés, que je ne fusse obligé d'abandonner la partie par la difficulté de les transporter. Eneflet, il n’y avait pas d'autre parti à prendre. Je craignais que les Chactas, étant affamés, ne nous quittassent. Auquel cas, nous aurions été harcelés dans le bois et attaqués au passage des ravines, où nous auriors perdu bien du monde. Ce qui justifia ma crainte, c’est que, malgré tout ce que je pus leur dire, il fallut partager nos vivres avec eux pour leur faire promettre de venir avec nous.
“Le lendemain matin, 27 mai, je fis faire de petits brancards pour porter nos blessés, et, à une heure après midi, nous partimes sur deux colonnes comme nous étions venus, Nos soldats, fatigués et chargés de leur bagage, eurent une peine infinie à porter les blessés et nous marchâmes jusqu’au soir pour aller coucher à une lieue et demie dans le bois. Cette marche lente acheva de dégoûter les Chactas. Le Soulier Rouge et quelques autres firent tout leur possible pour que leurs gens nous abandonnassent. Je n'oubliai rien pour rompre cecoup. Je parlai au grand chef des Chactas et à plusieurs autres, leur représentant que c’était pour leur
Conar. xiv.
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complaire et les venger que j'avais frappé sur les Chic- 1736.
kassas, mon dessein étant d’aller aux Natchez ; qu’ainsi ils ne devs:ent pas abandonner des gens qui avaient agi pour eux. Ils en convinrent assez, mais ils alléguaient que nos blessés retardaient trop notre marche, Sur quoi, j'avisai de leur proposer de les faire porter par leurs guerriers. Après bien des difficultés, ils s’accordèrent à en porter un par village. Alibamon Mengo donna l’exemple, en faisant porter mon neveu de Noyan par ses gens, et comme par là nous eûmes plus de monde à se relayer pour porter ceux que les Chactas ne prirent point, nous arrivâmes le 29 au Portage, ayant perdu en chemin deux hommes qui moururent de leurs blessures,
“Nous nous embarquâmes le même jour, et nous trouvâmes la rivière si basse, quoique nous n’eussions été que cinq jours dehors, que nous fûmes obligés de faire couper des bois et travailler en plusieurs endroits pour faire passage à nos voitures. Ce fut alors que je connus encore mieux que le parti que j'avais pris était le seul à prendre ; car si, en effet, nous avions encore été quatre jours absents, nous aurions peut-être été obligés de nous en aller par terre, et de brûler nos bateaux. J’arrivai à Tombekbé, le 2 juin. Je dépêchai aussitôt les blessés avec les chirurgiens, et en partant, le 3, jy laissai M. de Berthel, capitaine, pour remplacer M. de Lusser, avec une garnison de trente Français et de vingt Suisses. Je lui laissai des vivres pour toute cette année, et des marchandises au magasin pour la traite. Je lui laissai aussi les marchés faits pour la construction du fort, avec ordre d'y faire travailler incessamment, sur le terrain que j'y avais fait tracer.
“Monseigneur aura vu, par cette relation d’une campagne la plus pénible du monde, que dans le dessein, dans l'exécution et dans la retraite, j'ai employé tous les moyens imaginables, et il aura aussi remarqué qu'après
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