‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 76 sur 95 · ITE, DE · texte numérisé non relu

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jours après que le renfort que M. de Vincennes lui amenait était arrivé, il s'était mis en route ; qu’à la vérité, il allait à petites journées, pour donner le temps à M. de Montcherval de le joindre, et pour attendre le sieur de Grand-Pré, qui devait lui amener tous les Arkansas, et qui lui avait même dépêché vingt-huit de ces sauvages, lesquels devaient revenir à un rendez-vous qui leur avait été donné, pour l’informer de l’arrivée de M. d’Artaguette aux Ecores à Prudhomme. Mais ces mêmes sauvages, ayant trouvé l’armée en marche, la suivirent, de façon que le sieur de Grand-Pré attendit leur retour inutilement.

“Les découvreurs, que M. d’Artaguette avait envoyés pour apprendre de mes nouvelles, revinrent, et lui rapportèrent qu’ils n'avaient vu aucun vestige de notre parti. Le lendemain duquel jour, M. d’Artaguette reçut, par les courriers qu’on lui avait dépêchés des Illinois, des lettres par lesquelles je lui donnais avis que le retardement du vaisseau du roi et des préparatifs nécessaires pour notre expédition, retarderait mon départ, et que je ne prévoyais pas pouvoir arriver devant les Chickassas avant la fin d'avril au plus tôt, lui enjoignant de prendre ses mesures là-dessus. A la réception de ces lettres, on assure que M. d’Artaguctte assembla un conseil, composé des officiers qui marchaient sous ses ordres et des chefs des différentes nations qui étaient à sa suite ; que tous ces chefs sauvages, entr’autres ceux des Iroquois, lui représentèrent que les sauvages, n'ayant que très peu de vivres, se verraient forcés de le quitter, s’il attendait plus long-temps à attaquer l'ennemi ; ajoutant que les découvreurs qui étaient venus la veille rapportaient qu’au bout de la grande prairie des Chickassas, il y avait un village séparé des autres, où il n’y avait pas plus de trente cabanes, qui ne seraient pas difficiles à enlever ; qu’ils y trouveraient immanquablement des vivres, qui les mettraient en état d'attendre, à l’abri des

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retranchements qu'ils feraient dans ce même village, Presque tous les officiers furent du même avis, de manière qu’il fut résolu d'aller attaquer ce village, On marcha avec plus de précipitation que devant, sans être découvert, à ce qu’on prétend, et lorsque M. d’Artaguette fut arrivé à un quart de lieue de la prairie (ce fut le dimanche des Rameaux), il laissa tout le bagage à la garde d’un détachement de trente hommes, commandé par le sieur de Frontigny, enseigne en second, et prit la route du village, qu’il attaqua avec beaucoup de vigueur. Mais à peine l'affaire était-elle engagée, qu’il vit sortir d’une colline voisine quatre à cinq cents sauvages, qui étaient venus à la faveur d’un coteau au secours de ce village, et qui fondirent sur les assaillants avec une rapidité qui fit perdre courage aux Illinois et aux Miamis et leur fit prendre la fuite. M. d’Artaguette, se voyant ainsi abandonné de ces sauvages, qui faisaient la plus forte partie de sa petite armée, reprit le chemin de l’endroit où il avait laissé son bagage, afin d'empêcher, s’il était possible, que les munitions qu’il y avait apportées ne tombassent entre les mains des ennemis. On assure même que son intention était de mettre le feu à ses poudres, en cas qu’il ne püt les sauver. Il fut suivi avec tant d’acharnement par lesChickassas,que malgré la fermeté que témoignèrent en cette occasion tous les officiers, la plupart des soldats et une partie des habitants, et malgré la résistance opiniâtre que firent trente-huit lroquois et vingt-huit Arkansas, qui de tous les sauvage. étaient restés seuls avec les Français, M. d’Artaguetie fut tué, ainsi que tous les autres officiers, à l’exception de trois qui furent pris, dont le sieur du Tisné et le père Sénac furent du nombre. Après quoi, les muni!ions et le bagage restèrent à la discrétion des ennemis, qui n’abandonnèrent la poursuite des fuyards qu'après leur avoir tué cinquante hommes et blessé plusieurs. Encore attribue-t-on leur retraite à un violent orage qui survint,

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mais tout le monde convient que, sans la fermeté des Iroquois et des Arkansas, il ne serait pas revenu un seul Français de cette malheureuse campagne. A deux journées des Chickassas, les débris de ce parti rencontrèrent le sieur de Montcherval, qui marchait sur les traces de M. d’Artaguette avec cent soixante-dix sauvages et quatorze Français, lequel, ayant rassemblé tous les fuyards, les ramena aux Illinois, après m'avoir envoyé des Ecores à Prudomme un courrier pour me donner avis de cette cétastrophe.

“Quant au sieur de Grand-Pré, le courrier de M. de Montcherval le rencontra à la rivière à Margot avec tous les Arkansas. Il attendait le retour de ceux qu’il avait envoyés pour apprendre des nouvelles de M. d’Artaguette. Celles qu’il apprit le firent relâcher avec son parti.

“On m'assure qu’une femme tunicas, qui était esclave aux Chickassas, et qui s'était jetée entre les mains des Français pendant qu’ils étaient devant le village ennemi, assurait que les Chickassas, ayant eu avis que nous devions marcher contre eux, avaient appelé les Anglais à leur secours,et qu’il y en avait trente dispersés dans les différents villages, lorsque M. d’Artaguette y fut. J’ai appris par le sieur d’'Herneville, qui commande aux Alibamons, que depuis ce temps-là, il s’y en était rendu quinze, qui y avaient conduit cent soixante chevaux chargés, et qu’ils avaient engagé quatre-vingts famiiles natchez, qui après leur révolte s'étaient retirées vers ia Caroline, à venir se réunir à celles qui sont aux Chickassas ; d’où il est aisé de juger que ces sauvages, ayant appris des prisonniers français qu'ils avaient faits dans le parti de M. d’Artaguette, et par mes lettres mêmes, qu’il avait sur lui quand il fut tué, que nous devions marcher contre eux en plus grand nombre, avaient pris toutes les mesures pour se mettre en état de défense; ainsi il n’est pas étonnant que nous ayons trouvé tant

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Les forces des Français dans l’expédition de d’Artaguette étaient ainsi que suit : quarante et un hommes de troupes régulières, quatre-vingt-dix-neuf volontaires et milices. Total des Français, cent trente. Il y avait trente-huit Iroquois, trente-huit Arkansas, cent quatrevingt-dix Illinois et Miamis. Total, trois cent soixantesix Indiens. En tout quatre cent quatre-vingt-seize hommes.

Ce sont les Illinois et les Miamis qui lächèrent pied au premier feu. Ce qui rendit la lutte trop inégale. Les Français perdirent de quarante-deux à quarantecinq hommes, dont les principaux sont : M. d’Artaguette, commandant ; M. de St.-Ange, premier lieutenant ; M. de Coulanges, enseigne; la Gravière, dito; de Courtigny, dito ; six cadets, officiers de milice; des Essarts, capitaine ; Etienne Langlois, lieutenant, et Carrière Levieux, enseigne.

Parmi les prisonniers, il faut ajouter au père Sénac et au sieur du Tisné, officier d'infanterie, dont parle Bienville dans sa dépêche, le sieur Lalande, capitaine de milice, et cinq à six soldats.

Les Chickassas se rendirent maîtres de quatre cent cinquante livres de poudre, douze mille balles, onze chevaux, tous les vivres et toutes les hardes, enfin tout le bagage.

M. d’Artaguette ne mourut point sur le champ de bataille, comme le rapporte M. de Bienville. Blessé de trois coups de feu, il fut pris avec quelques-uns de ses officiers, blessés comme lui, avec le père Sénac, quelques sodats et habitants. Le tout, au nombre de dix-neuf. Une sauvagesse avoyelle, qui était esclave

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chez les Chickassas, s'étant sauvée, rapporta que M. d’Artaguette, le père Sénac et les autres prisonniers, au nombre de dix-sept, furent divisés en deux lots et brûlés vivants. Deux prisonniers furent épargnés pour les échanger contre un guerrier chickassas qui avait été fait prisonnier par M. de Bienville au commencement de la guerre. Ce guerrier avait été accusé d’être venu chez les Français sous des prétextes plausibles pour espionner. M. de Bienville consentit à l'échange proposé, d’abord pour sauver les deux Français, et ensuite pour en avoir des éclaircissements qui lui manquaient sur les Chickassas.

M. de Beauchamp, qui avait fait partie de l’expédition sous M. de Bienville, écrivit au ministre : “Pour venir à bout des Chickassas, il faut une escouade de mineurs, de travailleurs, de bombardiers, avec les outils et les instruments nécessaires pour déloger ces sauvages enterrés comme des blaireaux dans leurs cabanes, qui sont des espèces de fours. Lorsqu'on y met le feu, le chaume brûle, mais la maison ne brûle pas, étant faite en demi-cercle et d’un pied d'épaisseur de terre, par dessus comme par les côtés. De plus, ces cabanes fortes sont tellement disposées, qu’elles se défendent toutes. Ce n’est rien faire que d’en prendre trois ou quatre. Il faut tout prendre pour rester en sûreté. La terre étant facile à remuer dans le pays, les mineurs sont des plus nécessaires pour faire sortir ces sauvages de leurs cases, sans quoi l’on court risque de perdre beaucoup de monde.”

Par un courrier de M. de la Buissonnière, qui avait remplacé M. d’Artaguette aux Illinois, M. de Bienville apprit au mois de septembre qu’un parti de quatre cents hommes, Chérokies et Chickassas, était venu s'établir et se fortifier sur l’Ohio à quatre-vingts lieues de son embouchure. Ces sauvages étaient venus avec des Anglais qui les dirigeaient, et dont le but était de nuire au

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Voici le tableau que fait Bienville de l’état de l’agriculture à la Louisiane en 1736 :

“Les habitants sont dégoûtés de faire du tabac à cause de la difficulté de compter sur une récolte sûre, tant par les pluies excessives que par la sécheresse du pays. On compte sur trente à trenie-cinq milliers d’indigo, si la récolte est sans accident. Les habitants se portent à cette culture. On fait peu d'essais de vers à soie par ignorance, peu de coton par la difficulté de l’égrener, ou plutôt parce qu’on attend un plus gros profit de l’indigo; peu de lin et de chanvre.

On fait de six à sept mille barrils de bray et de goudron. Mais il faudrait en trouver l’écoulement.”

Le gouvernement avait senti qu’il fallait encourager le commerce au lieu de l’asservir à son plus cruel ennemi, le monopole, et afin d'atteindre ce but, l’ordonnance suivante fut rendue en date du 4 février

“Sa Majesté, voulant favoriser le cabotage qui se fait des îles du Vent à la Louisiane, et exciter de plus en plus ses sujets des colonies à le faire, a ordonné et ordonne qu’à commencer du ler juillet de la présente année, les denrées du cru de la Louisiane, qui iront directement aux îles du Vent, seront exemptées, pendant

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Ï | 1737, dix années des droits d'entrée qui se perçoivent aux UN îles au profit du domaine d'Occident ; comme aussi, que les denrées des dites îles, qui seront destinées pour la Louisiane, seront pareillement déchargées de tous droits de sortie aux dites îles.”

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