‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 78 sur 95 · SHERE · texte numérisé non relu

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840 Lonar. xv.

“Celu vient encore de ce qu’il y a deux passes, par où l’eau coule avec plus de rapidité que par celle qui conduit l’eau à la Balise.

“Le sieur Livaudais, capitaine de port, trouvait sur la barre, il y a environ dix années, jusqu’à environ seize pieds d’eau, mais elle s’est sensiblement engorgée. Il n’y en a trouvé dernièrement, au passage de l’Oroo, que onze pieds et demi.

“Cette diminution d’eau a causé beauccup de difficulté, pour le passage de ce vaisseau, parce qu'il tire plus d’eau que ses devanciers. Il en est souvent résulté des frais et des avaries.

“Pour remédier à cet inconvénient, la compagnie des Indes avait pris le parti de faire fabriquer, il y a environ douze ans, des herses en fer que l’on traïînait pour mouvoir le sable et la vase.

“Cet expédient avait un autre inconvénient. La vase s'en allant au courant, il ne restait que du sable qui formait un corps solide, lequel, par la succession des temps, aurait non seulement incommodé les vaisseaux, mais les aurait même arrêtés. De sorte que l’on prit le parti de ne plus se servir de ces herses.

“Comme la compagnie des Indes se servait de gros vaisseaux qui n'auraient pu passer sans être allégés, on prit le parti de laisser à la Balise une flûte qui recevait une partie de leur chargement, et l’endroit où séjournait cette flûte fut creusé insensiblement jusqu'à vingt-cinq pieds.

“Cette expérience les porta à penser que pour creuser entièrement la Balise, il conviendrait d’avoir dans la colonie un bâtiment qui tirât jusqu’à dix-huit pieds, dans la cale duquel on construirait des puits en maçonnerie que l’on remplirait d’eau par le moyen de pompes, pour le faire enfoncer davantage au besoin, et que l’on pourrait aussi alléger, en tirant de l’eau de ces puits, lors que les circonstances le demanderaient. Ce bâtiment,

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montant et descendant sur la barre, creuserait un canal. 1738.

Il est vrai que cela causerait beaucoup de dépense, mais l'utilité serait incalculable.

“Le sieur Livaudais, qui navigue depuis trente années, a été jusqu’à présent d’un grand service pour le passage des vaisseaux, et les a souvent par sa prudence préservés de bien des accidents. Après avoir servi quelques années sur les corsaires de St.-Malo, il a passé dans la colonie au service de la compagnie des Indes. Ila mérité et il serait convenable qu’on lui accordât un brevet d’enseigne.”

Quant aux sauvages, Bienville écrivait en date du 26 et 28 avril : |

“Les Illinois n’ont pas plus fait cette année que l’année dernière contre les Chickassas. Ils ont levé plusieurs partis qui sont tous revenus sans rien faire, sans même probablement avoir vu ni cherché les Chickassas. Je ne sais à quoi attribuer ce relâchement de leur part, si ce n’est à quelque mécontentement particulier que l’on croit qu’ils ont, au sujet de l'officier qui commande dans ce poste. Il faut des talents particuliers pour commander avec succès aux Illinois. Il faut de la complaisance et de l’affabilité pour les sauvages. Il faut être désintéressé et même généreux pour gagner les plus accrédités, Il faut enfin les aimer, ou du moins se plaire avec eux pour s'attirer leur confiance. Le gouvernement des habitants de ce quartier ne demande pas moins de talents. Ils ont presque tous été coureurs de bois. Ils conservent encore leur premier état d'indépendance qui les porterait facilement à la révolte, s’ils étaient aigris. Illeur faut un commandant qui soit doux, affable, en même temps équitable et désintéressé, qui sache se faire estimer et respecter, sans chercher à se faire craindre.

“Le Soulier Rouge a recommencé plus que jamais ses intrigues en faveur des Chickassas et des Anglais.

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1738 M. Diron d’Artaguette ayant fait parmi les Chactas une

distribution de présents dont ils n’ont pas été satisfaits, le Soulier Rouge a profité de ces dispositions d'esprit pour nous desservir, Ila dit que nous voulions détruire les Chickassas pour détruire ensuite les Chactas, et que ce que nous poursuivions, c'était l’extermination des seuvages. La preuve, a-t-il ajouté, résulte d'un message envoyé par le chef français au chef anglais de la Caroline, priant celui-ci de ne point envoyer de secours aux Chickassas, afin « les détruire plus aisément. Une autre preuve résulte au, ri de cette pratique des Français de faire détruire les nations irdiennes les unes par les autres. Tandis que les Anglais sont nos véritables amis et sont plus riches et plus forts que les Français.

“Sur ces entrefaites, arriva un Chactas fait esclave par un parti de Chickassas, racheté et renvoyé libre par un traiteur anglais, pour preuve de bonne amitié. Cet incident donna une grande force à l’éloquence britannique du Soulier Rouge.

“Je pense que les Chactas de l'Ouest, tout au moins, nous resteront fidèles. Cependant, on ne peut jamais avoir une grande confiance dans ces sauvages, qui sont tous cupides et inconstants.

“Il faudrait m'envoyer des forces suffisantes pour terminer cette guerre, dont dépend le sort de la colonie.

“T'ous les magasins sont dégarnis. Ce qui nous force à refuser de traiter avec les Chickassas, pendant que les Anglais sont fournis de vivres pour plusieurs années et que leur approvisionnement est toujours considérable. Cet état de choses prête un appui immense aux intrigues des Anglais.

“J'aurais bien voulu frapper un coup décisif l’an dernier et lorsque les dispositions des Chactas étaient favorables, mais je ne l’ai pu, faute de forces suffisantes pour nous passer des Chactas, et même pour pouvoir les contenir, en cas de dispositions équivoques de leur part.”

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Le gouvernement français finit par accorder à Bienville ce qu'il avait demandé avec des instances si réitérées, c’est-à-dire, une augmentation de forces pour soumettie les Chickassas. Le ministre lui écrivit :

“Sa Majesté envoie à M. de Bienville de l'artillerie, des armes, munitions, vivres, marchandises, et sept cents hommes, y compris les recrues. Sa Majesté envoie aussi des bombardiers, canonniers et mineurs. Elle envoie le sieur de Noailles d’Aime, ancien lieutenant de vaisseau, pour le commandement des troupes détachées de la marine et des Suisses, désirant que le dit sieur de Noailles d'Aime ait pendant l'expédition le commandement, non-seulement de ces troupes, mais encore celui des troupes de la colonie et des milices sous lies ordres de M. de Bienville, auquel Sa Majesté recommande de se concerter pour le service de ses troupes avec le sieur de Noailles, qui a les talents et l'expérience nécessaires pour le commandement.

“On fera une seconde expédition, si la chose est absolument utile à la colonie. Cependant il ne faudra pas la faire sans une nécessité réclle.”

Cette dépêche devait nécessairement exciter tres vivement la jalousie de Bienville. C'était lui dire qu’il n’avait pas les talents et l'expérience nécessaires pour le commandement, et qu’on lui envoyait un oflicier de mérite pour diriger l'expédition projetée, tout en lui conservant, à lui, Bienville, le commandement nominal. Il était clair que, si cette expédition réusissait, tout le crédit en reviendrait à M. de Noailles, et que le mauvais succès de Bienville, dans les expéditions précédentes, ne paraitrait que sous des couleurs plus désavantageuses. Pour quiconque connaît l’espèce humaine, il était évident que cette expédition devait ne pas réussir, et en effet elle ne réussit point. Les demi-mesures n’ont jamais eu aucun bon résultat. Bienville était capable, ou il ne l'était pas,

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1738, de conduire l'expédition. S’il l'était, il fallait avoir confiance en lui, et lui laisser les coudées franches. S'il ne l'était pas, il fallait lui ôter complètement le commandement. Mais lui laisser en apparence ce commandement, en froissant son amour-propre, en lui envoyant une espèce de Mentor, qu’il devait consulter pour les opérations militaires, c'était gratuitement faire une expérience dangereuse. La suite prouva qu'on avait pris un parti peu sage.

L'année 1739 se passa en préparatifs pour la campagne qui devait écraser les Chickassas. M. de Bienville envoya le chevalier de Noyan, son neveu, chez les Chuctas, pour s’en concilier le bon vouloir. Le 25 mars, il écrivait :“La mission de mon neveu de Noyan a fort bien réussi. Il est vrai que Soulier Rouge a persisté à demeurer favorable aux Anglais, mais il n’y a que lui et dix villages qu’il domine qui soient dans ces dispositions, tandis que les trente-deux autres sont pour nous, avec Alibamon Mengo et les autres chefs. Ceux-ci ont frappé sur les Chickassas. Ce qui a failli causer une guerre civile. Quelques coups ont même été échangés, mais pendant l’absence de Soulier Rouge, qui est allé aux établissements anglais de la Georgie, avec quatre-vingthuit hommes, pour avoir la récompense de ses services. Tous les villages, sauf les dix du Soulier Rouge, ont fourni leur contingent pour marcher sur les Chickassas, qui ont perdu plusieurs hommes. Des traiteurs anglais ont aussi été pillés, blessés et mis en fuite. De sorte qu’il n’est pas possible que les Anglais s’exposent encore à venir chez une nation, dont la grande majorité leur est hostile et où son partisan n’a pas une grande influence après tout, d’après les derniers évènements.”

Le 26 mai, il disait encore au ministre : “D’après les lettres que je reçois de M. Lesueur, qui commande à Tombekbé, les Chactas sont mieux disposés pour nous

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