‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 81 sur 95 · RP LIRE · texte numérisé non relu

RP LIRE

CHAP. Xv.] 347

un chemin depuis deux ans, lorsque l'avant-garde était arrivée, le 4 août, le chemin trouvé n’existait plus, et le même ingénieur Devergès, M. Saucier, à qui l’on donne dans les dépêches le titre de dessinateur, et M. de Noyan se mirent de nouveau en quête d’un chemin. (Chacun d'eux trouva un chemin différent, et chacun prétendit que le sien était le meilleur. Quoiqu'il en soit, il en résulte qu’il y avait trois chemins. Enfin, le 12 novembre, Bienville qui, en sa qualité de général en chef, était appelé à choisir entre les trois chemins, arriva sur les lieux. fl les trouva tous trois impraticables. Enfin, après avoir cherché encore, depuis le 12 novembre jusqu’au mois de janvier, l'ingénieur Broutin, suivant des indications données par le sieur de Noyan, neveu de Bienville, trouva sur les hauteurs un chemin qui fut reconnu pour bon. Ainsi, il fallut cinq mois pour en découvrir un praticable, et, par une fatale circonstance, il ne fut découvert que précisément au moment où les vivres étaient épuisés. Il fallut bien alors rétrograder, et c’est ce que l’on fit, sans que l’armée eût même mis le pied sur le territoire des Chickassas. Depuis le 12 novembre, époque à laquelle toute l’armée avait été réunie, elle resta immobile et sans rien faire jusqu’en février 1740. Ce ne fut qu’alors qu'i, fut convoqué un conseil de guerre, composé de Bienville, de Noailles d’'Aime, de Bellagues, du Teillay, de Longueil, de Noyan, de Gauvrit, d'Hauterive, Pépinet, et d’Aubigny. Il fut décidé par ce conseil que, vu l’état présent des choses, il était impossible de se rendre aux Chickassas, sans compromettre les armes du roi L'on décida, en conséquence, qu’il fallait s’en retourner comme on s’en était venu. Ainsi finit cette campagne, pour laquelle le gouvernement français avait fait tant de dépenses, et sur laquelle il comptait avec raison pour l’extermination des Chickassas,

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que, pendant que l’armée, sous le commandement de Messieurs de Bienville

348 [oar. xv.

et de Noailles d’Aime, battait en retraite, M. de Céleron, qui était venu du Canada pour concourir à l’expédîtion, partit le 15 mars, avec sa compagnie de Canadiens, environ une centaine de Français, quatre à cinq cents Indiens qui s'étaient joints à lui, et marcha bravement contre les Chickassas. Ceux-ci, lorsqu'ils aperçurent M. de Céleron, se présentèrent à lui dans la posture la plus humble et lui demandèrent la paix avec d’instantes supplications. M. de Céleron la leur promit et envoya leurs chefs courir après M. de Bienville qui s’en allait. Bienville fit avec eux une sorte de traité de paix postiche, après qu’ils eurent livré quelques Natchez, et qu’ils eurent promis d’exterminer le reste de cette race malheureuse. Cependant, Bienville en leur accordant la paix en ce qui concermait les Français, leur déclara qu'il n’arrêterait pas les courses des Chactas contre eux et qu’il continuerait de payer aux Chactas les chevelures qu’ils enleveraient aux Chickassas, parce que les Chactas avaient contre eux de justes sujets de plainte, pour lesquels ils n'avaient pas encore obtenu de satisfaction.

M. de Céleron, avant de s’en retourner au Canada, rasa le fort de l’Assomption, qui, par conséquent, fut aussitôt détruit qu’élevé. Ce fut le seul officier qui rapporta quelque gloire de cette campagne, dont le résultat ess soin de faire honneur à Bienville. Il est évident que Bienville le sentait lui-même. Car la manière vague et le ton embarrassé Cont il rendit compte de cette expédition prouvent qu’il n’était pas à son aise sur ce terrain. Sa dépêche, qui est du 6 mai 1740, n’est qu'une mauvaise et boiteuse justification de sa conduite. Les excuses abondent sous sa plume, et l'on voit qu'il plaide une cause difficile à défendre.

[CHAP. Xv.

de Céler à l’expéde Canatre à cinq ha bravevils aperns la pospaix avec leur pro- Bienville te de traiquelques r le reste enville en les Franurses des ayer aux eux Chic- ‘e eux de aient pas

u Canada, ht, fut ausirapporta at esr 1oin : Bienville et le ton >xpédition rrain. Sa mauvaise

s excuses laide une

CHAP. Xv.]

Depecue pe BiENviLe.

(Fragment.)

“Monseigneur aura su, par mes précédentes lettres, que, quelque diligence qu’on ait pu faire pour presser le départ des différer‘: onvois qui devaient composer notre petite armée, j .: pus partir d'ici (la Nouvelle-Orléléans) que le 12 de septembre. Mais mes bateaux étant armés de soldats de la colonie accoutumés aux chaleurs et à la rame, je ne fus que deux mois en route, quoique j'eusse été obligé de me détourner, pour aller inviter les Arkansas à venir nous joindre à l’entrepôt de la rivière à Margot, où je me rendis le 12 novembre. J'appris avec satisfaction, en passant au fort St. François, que le transport des vivres et effets qui avaient été amassés était presque fini, et je donnai mes ordres pour faire passer par terre les bœufs que l’on y avait laissés jusque là, pour ménager le fourrage des environs de la rivière à Margot, qui était extrêmement rare, surtout dans une saison si avancée.

“Dès que je fus arrivé, mon premier soin fut de prendre connaissance de la qualité du chemin que le sieur Saucier avait découvert, et qui en effet se serait trouvé très praticable dans une autre saison; mais il se trouva alors si inondé par le débordement de plusieurs petites rivières, enflées par des pluies presque continuelles, que nous fûmes obligés d’en faire chercher un autre. J’envoyai le sieur Broutin, ingénieur, avec un détachement considérable de troupes et de volontaires pour reconnaitre un terrain plus élevé, le long de la rivière à Margot, qui nous avait été indiqué par M. de Noyan. En effet, le sieur Broutin nous rapporta, à son retour, qu'il avait suivi jusqu’à près de vingt-trois lieues un terrain ferme et élevé, par lequel, sans beaucoup de travail,on pourrait pratiquer un chemin commode.

350 LcHar. xv.

1740. “Les pluies, qui avaient rendu le premier chemin impraticable, avaient tellement rempli les bas-fonds que nos bestiaux avaient #41 à traverser pour venir de St. François, qu'en huit jours de marche nous en avions perdu plus de la moitié. Le reste, au nombre de quatre-vingts bœufs et trente-quatre chevaux, était arrivé si exténué, que nous avions perdu l'espérance d’en tirer aucunservice. Notre unique ressource était donc en l’arrivée de cent cinquante chevaux et cent bêtes à cornes que nous avions fait acheter, M. de Salmon et moi, aux Natchitoches, dont nous n'avions cependant aucune nouvelle, quoique nous eussions donné nos ordres pour les faire rendre à la fin de septembre au fort St. François. Ce ne fut qu'à la fin de janvier, que nous apprimes que les bêtes à cornes s'étaient écartées et perdues à soixante-dix lieues des Natchitoches, et que les chevaux avaient péri dans la route, à la réserve de cinquante, qu'on avait été obligé d'abandonner au delà de la rivière des Arkansas, dont le débordement avait rendu les approches inaccessibles. Cette nouvelle perte, qui nous mettait hors d'état de rien entreprendre dans un pays sans ressource comme celui-ci,me fit convoquer un conseil de guerre, composé des principaux officiers de chaque corps, dont le résultat fut: qu’'étant dans l'impossibilité de mener l'artillerie nécessaire pour assurer le succès de l'expédition, il ne convenait point de compromettre la gloire des armes du roi en nous mettant au hasard d’un succès douteux.

“Je sens avec douleur ques Monseigneur ne sera pas satisfait de cette entreprise qui a coûté tant de dépenses au roi, mais je me flatte en même temps qu’il voudra bien observer que je n'avais manqué à aucune précaution nécessaire pour rendre cette campagne aussi glorieuse que Sa Majesté avait lieu d'espérer. Le jonction des différents secours que nousavions appelés, s'était faite à point, même les provisions de bouche

à a ROUTE

Page 1