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avec les Chickassas. La disette de marchandises, dans laquelle nous sommes presque toujours, ne m’a pas permis de faire aucune ouverture aux Chickassas sur l’éloignement des Anglais. Ils n'auraient pas manqué de me demander des traiteurs, que je n’aurais pas été en état de leur fournir. Ainsi, il est d’une conséquence infinie que nos magasins soient toujours abondamment munis de marchandises. C’est le seul moyen de maintenir les nations dans nos intérêts et de repousser avec avantage les attaques de nos voisins. Je ne pense donc pas qu'il convienne de travailler à l’accommodement
des Chickassas avec les Chactas, jusqu’à ce que je sois parvenu à éloigner les Anglais, soit en les faisant inquiéter par les derniers, afin de les dégoûter du commerce
des premiers, soit en obligeant les Chickassas à les cha: «er, pour obtenir la paix avec les Chactas. Ces Chickassas ne sont pas au reste en ét:t de causer par eux-mêmes de l'inquiétude à la colonie. Nous savons, de leur propre aveu, qu’ils sont à peine trois cents hommes, et que leurs plus fameux guerriers ont péri par la guerre.”
Personne ne sera de l'opinion de M. de Bienville, lorsqu’il dit: Sè nous ne sommes pas sortis de cette affaire avec tout le succès qu’on avait droit de se promettre, la gloire des armes du roi n’en a pas souffert. Mais, lorsqu’après cette désastreuse expédition, dans laquelle cinq cents hommes avaient péri de maladies, il ajoute : Les «affeires sont en meilleur état que si on avait marché à l'ennemi, on ne peut s'empêcher d’être étonné de la hardiesse d’une pareille assertion. Si le persuasion où il était, comme il le dit, que les Indiens auraient abandonné leurs forts, auraient fui à son approche, ei que par conséquent on n’aurait rien gagné à aller jusqu’à eux, était une raison suffisante pour ne pas achever l'expédition, ce n’en était pas une moins bonne pour qu’elle ne fût pas entreprise. Quant aux autres obstacles dont parle
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M. de Bienville, ils étaient de nature à être prévus, et l’on aurait dû y avoir pourvu avant le départ de l’armée. Toutes les nations, dit Bienville dans sa dépêche, ont été frappées des préparatifs de notre campagne et ont senti la supériorité de nos forces. Mais, plus ces forces étaient considérables, plus les préparatifs d'attaque avaient été grands, et plus les nations sauvages devaient être frappées de leur inutilité et de l’impuissance des Français. Plus grande aussi devait être la déconsidération, dans laquelle les avaient jetés tant de campagnes infructueuses, auxquelles cette dernière venait apporter son complément de honte et d’humiliation. On avait fait la paix, il est vrai, à la demande des Chickassas, mais ils n'avaient livré aucun otage et n'avaient donné pour garantie qu'une vaine pro” esse, qui pouvait être violée au gré du caprice ou de l’intérêt.
Pour juger correctement du sentiment qui avait été le mobile de la conduite de Bienville dans toute cette affaire, il suffit de se rappeler, qu'avant cette expédition, il n’avait cessé de représenter les Chickassas comme une nation extrêémement redoutable, avec laquelle il fallait en finir, et, en conséquence, il avait demandé à grands cris des armes et des troupes pour atteindre ce but désiré. Aussitôt après que l'expédition eut manqué, et sans que les Chickassas eussent éprouvé aucune perte importante depuis ses dernières dépêches, dans lesquelles il les représentait comme si dangereux, il écrit que ces memes Chickassas ne sont pas en état de causer par eux-mêmes de l'inquiétude à la colonie et qu’ils sont à peine trois cents hommes.
Le mot de l'énigme, c'était l’arrivée de M. de Noailles, que l’on avait envoyé, avait dit le ministre, comme officier d'expérience et rempli de talents militaires, pour suppléer à ce qui pouvait manquer à Bienville sous ce rapport, et avec lequel il était recommandé à Bienville de
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s'entendre en tout pour la conduite de l'expédition. De là, le mal, de là l’impossibilité où furent pendant cinq mois les coureurs de bois, les deux mille quatre cents Indiens, et les ingénieurs qui étaient avec Bienville, de découvrir un chemin qui conduisit chez les Chickassas. L’ingénieur Devergès, dans son rapport au ministre, tout en déclarant ne vouloir accuser personne, se plaint de jalousies, de piques, de conflits de pouvoir, et attribue à ces causes une partie de l’insuccès de cette expédition. C'était là, en effet, mettre le doigt sur la plaie.
Il résulte d’un tableau, signé Bienville et Salmon, sous la date du 15 juin, que la guerre des Chickassas avait coûté, du 1er janvier 1737 au 31 mai 1740, la somme de 1,088,383 livres. Quant aux dépenses courantes de la colonie, le budget se monta, pour 1740, à 310,000 liv.
La note suivante, sur quelques ofliciers de la colonie, à cette époque, a été fidèlement copiée dans les cartons du ministère de la marine, et offrira sans doute quelque intérêt à des familles louisianaises, qui y retrouveront les noms de leurs ancûtres.
Capitaines.
De Gauvrit. — Long-temps servi en France. Capitaine réformé. Passé en Louisiane en 1716. Fait chevalier de St. Louis en 1729. — 59 ans.
D'Hauterive. — Long-temps servi en France. Venu dans cette colonie en 1720 comme capitaine. Chevalier de St. Louis en 1736.—52 ans.
De la Buissonnière.—Officier en France. Venu en la colonie en 1720 comme lieutenant. Fait capitaine en 1732.—45 ans.
De Berthel.—Servi en France au régiment de Montmorency. Venu en 1732 comme capitaine.—40 ans.
De Bénac.—Servi en France dans les gardes-ducorps. Chevalier de St, Louis en 1721. Capitaine en 1732.—52 ans.
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De Membrède.—KServi en France dans les gardes-ducorps. Capitaine en 1732.—32 ans.
Lesueur.—Il est dans la colonie depuis 1707. (Capitaine en 1784.—44 ans.
De Blanc.—Servi très long-temps en France dans Royal-Marine comme lieutenant. Venu avec une compagnie dans cette colonie en 1719. Bon officier, — 57 ans.
De Macarty.—Venu en cette colonie en 1732. Aiïdemajor de la Nouvelle-Orléans. Fait capitaine en 1735. —34 ans.
Benoist.—Venu en 1717 comme enseigne. Lieutenant en 1732 ; capitaine en 1737.—47 ans.
De Veiles.—KServi cinq ans dans les mousquetaires. Venu en 1732 comme lieutenant. Capitaine en 1737.— 32 ans.
Le chevalier d'Orgon.— Venu en 1737; capitaine en 1739.—42 ans.
Liceutenants.
Duterpuis.—Venu en 1717 comme sergent. Officier en 1721. Lieutenant en 1732.—71 ans.
D'Herneuville. Venu en 1731.—29 ans.
Bonnille.—Fils d'un ancien officier. Venu avec son père en 1717.
Maret Dupuis.— Venu en 1717, comme cadet ; enseigne en 1721. Lieutenant en 1736.—44 ans.
De Grand-Pré.—Venu, en 1731, enseigne en second ; enseigne en pied en 1732. Lieutenant en 1737. — 46 ans.
Montcharuau.—Venu en 1732 comme enseigne. Lieutenant en 1737.—-43 ans.
Maret de la Tour.—Est dans la colonie depuis 1717. —40 ans.
Favrot.— Venu, en 1732, enseigne en second. Lieutenant en 1737.—-33 ans.