‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 90 sur 95 · ERE · texte numérisé non relu

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d'Espagne, et 800 livres en monnaie de la colonie, le reste à proportion. De la farine, il n’y en pas du tout, à aucun prix.

“La guerre des Chactas et des Chickassas va son train. Mais notre fort de la Mobile tombe en ruines.”

Le 22 mai, Bienville et Salmon rendirent une ordonnance qui portait que, pour éviter les fraudes dans tous les envois de tabac à faire en France, les habitants auraient à composer leurs envois d’un tiers au moins de feuilles de première coupe, d’une moitié de celles de la seconde, et d’un sixième au plus de celles de la troisième ; que ces trois différentes sortes de tabac, après avoir été visitées par les personnes préposées à cet effet, seraient mises séparément en boucaut, afin que l’on pût connaître plus aisément si ces proportions étaient fidèlement observées. Il fut aussi ordonné qu’à l'avenir chaque fabricant de tabac serait tenu d’avoir une étampe particulière, dont le modèle devait être déposé au greffe du conseil.

Le 18 juillet, M. de Loubois écrivait au ministre : “La plupart des postes éloignés ont été si mal traités par les deux ouragans de l’année précédente, qu’ils n’ont recueilli aucune espèce de grains, de façon qu’ils ont été contraints de tirer leur subsistance des environs de la Nouvelle-Orléans, qui ont eu bien de la peine à leur en fournir jusqu’à présent. Ce qui a occasionné l'extrême rareté des denrées et leur extrême cherté. Il y a actuellement plusieurs familles réduites à la dernière misère, et leurs chefs ne savent pas le matin, quand ils se lèvent, où trouver un morceau de pain pour donner à leurs enfants. Heureusement, la récolte prochaine donne de grandes espérances.

“Le 29 du mois de mai dernier, les Natchez et les Chickassas, à ce que l’on soupçonne, ont enlevé, à la Pointe-Coupée, un jeune blanc de dix ans, une négresse et trois négrillons.

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“Ces mêmes Natchez, l'automne dernier, avaient attaqué, à trente lieues dans le Ouabache, vingt-quatre chasseurs, traiteurs français, ou canadiens, dont seize sont restés morts sur le champ de bataille, avec une femme et une jeune fille. La première mériterait place dans l’histoire, pour avoir encouragé les siens pendant tout le combat, risqué plusieurs fois sa vie, en allant prendre et couper les cornes à poudre de ceux qui étaient tués, pour la partager entre ceux qui étaient en état de se défendre. Malheureusement pour les Français, le mauvais temps les avait jetés dans un petit bayou, où ils étaient à découvert de la tête aux pieds, et les ennemis, au nombre de cent quarante, qui les suivaient depuis long-temps, s'étaient saisis de la hauteur qui était boisée et fourrée. Cependant, malgré cette grande inégalité de forces et de lieux, ils se sont défendus jusqu’à six heures entières; mais enfin, les huit qui restaient, voyant qu’ils ne pouvaient plus soutenir la gageure, allèrent tête baissée sur les barbares, et se firent faire place les armes à la main. Il y en eut cinq de blessés et trois qui ont échappé sains et saufs. Je suis très mortifié, pour la tranquillité de ce malheureux pays, de ne m'être pas trompé sur le jugement que j'avais porté de la dernière paix.”

On voit que les officiers de la colonie avaient jugé à sa valeur la paix illusoire que Bienville avait faite. Pour ce qui concernait les Français, elle n’était que nominale, et, quant aux Chactas, les Chickassas leur tenaient tête, et ne paraissaient pas être disposés à leur donner satisfaction sur les griefs dont M. de Bienville s'était plaint en leur nom. Pendant tout le cours de l’année, il y avait eu entre les Chactas et les Chickassas des combats partiels, dans lesquels les premiers avaient toujours eu l’avantage. Bienville écrivit à ce sujet, “qu'il voyait avec plaisir que les Chactas s’aguerrissaient, et qu’ils ne craignaient plus d’attaquer leurs an-

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. ciens ennemis. Il ajouta qu'il avait appris avec satisfaction que les Chickassas étaient tellement harcelés, qu’ils se disposaient à émigrer chez les Anglais de la Caroline.

Les établissements de la Balise ayant été presque détruits par les ouragans du 11 et du 18 septembre, il fallut songer à les refaire. L’ingénieur Devergès porta le devis estimatif à 454,974 livres, et encoretout n’y était-il pas compris. Bienville annonça au ministre qu’il avait donné, par adjudication, les ouvrages les plus pressés au sieur Dubreuil, le seul, dit-il, qui fut en état de suivre une pareille entreprise. Ces ouvrages, ainsi adjugés, devaient se monter à 297,382 livres, 10 sous.

Le 31 octobre, le conseil d'Etat eut la sagesse de proroger, pour dix années, l’exemption de tous droits d'entrée et de sortie, accordée par l’arrêt du 30 septembre 1732, sur les marchandises que l’on portait à la Louisiane et sur les denrées qui en venaient. (C'était là persévérer dans cette bonne voie, dans laquelle on n’était entré que trop tard.

Le budjet de la colonie se monta cette année. à 319,411 livres.

On ne lira peut-être pas sansintérêt le détail des salaires de quelques officiers publics, à cette époque reculée.

De Bienville, gouverneur . . . . . 12,000 liv.

Son secrétaire . . . . . 1,200 ‘ Salmon, nie donnatons . + 8,000 Son commis. . . . + . + 1,200 ‘ De Noyan, hentenant de: roi, + . . 2,400 ‘ D'Hauterive, major de la Noel

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