‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 95 sur 95 · PRE · texte numérisé non relu

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Quoique gouvernant le pays par intérim, et attendant son successeur, Bienville ne s’occupait pas moins, avec activité, de tout ce qui pouvait contribuer à la prospérité de la colonie. Ainsi, le 15 juin, il mandait au gouvernement français, conjointement avec Salmon : “Il y a long-temps que les habitants de la Louisiane font des représentations sur la nécessité d’y établir un collége pour l’éducation de leurs enfants. Touchés, de leur côté, des avantages d’un pareil établissement, ils ont proposé aux jésuites d'y pourvoir, mais ces religieux s’en sont défendus faute de logement et de sujets. Ilserait cependant essentiel qu’il put y en avoir un pour les humanités seulement, la géométrie, la géographie, le pilotage, etc. Les enfants apprendraient d’ailleurs leur religion, qui est la base des mœurs. Les parents ne voient que trop combien les jeunes gens, élevés dans la mollesse et l’oisiveté, se trouvent dans la suite peu utiles, et combien ceux des habitants, qui sont en état d'envoyer leurs enfants en France pour leur procurer de l'éducation, consomment de bien à cette occasion. Il est même à craindre qu’il n’arrive de là que la plupart de ces sortes de jeunes gens, dégoûtés du pays, n’y reviennent que pour recueillir les biens que leurs parents leur auront laissés.

“Plusieurs personnes de la Vera-Cruz voudraient qu'il y eut un collége ici pour y envoyer leurs enfants.”

Cette demande de Bienville et Salmon, au sujet de l'établissement d’un collége, fut écartée, sous le prétexte que la colonie était encore trop peu importante.

Sur ces entrefaites, quelques Anglais avaient été trouvés dans les limites de la Louisiane et faits prisonniers par le sieur Populus de St. Protais, officier dans les troupes de la colonie, qui se rendait aux Illinois. On en avait référé au conseil, qui les condamna à trois et cinq ans de prison, suivant la plus ou moins grande culpabilité que l’on attribua aux desseins de chacun

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Cinq autres Anglais furent trouvés dans de petis canots d’écorce, à trente lieues des Natchez. : Il paraît qu'ils avaient été envoyés de la Virginie, en découverte. Bienville écrit sur leur compte, en date du 30 juillet, “ls seront jugés, et je tâcherai qu’ils aillent aux mines du Nouveau Mexique.”

Les Français étaient alors dans un état d’intelligence parfaite avec les Espagnols. Car, en date du 17 juin, Bienville avait écrit au rainistre, que l’audiencia real du Mexique, qui gouvernait ce pays par intérim, sachant que les Anglais, sous les ordres de lamiral Vernon, projetaient une attaque contre Vera-Cruz, lui avait envoyé demander six canons du calibre de dixhuit, et qu’il avait accordé ce secours, de concert avec le commissaire-ordonnateur, Salmon.

Le budget de la colonie fut cette année de 322,629 livres.

Le marquis de Vaudreuil, fils d’un ancien gouverneur du Canada, fut nommé à la place de Bienville. En attendant son successeur, Bienville, voyant qu'il avait toujours mal réussi lorsqu'il avait mis les forces de la colonie en mouvement contre les Chickassas, se borna à faire harceler cette nation et à la faire massacrer en détail par les Chactas.

“Au mois de septembre dernier, écrivait-il, les Chactas

ont fait une course sur les Chickassas, dans laquelle ’

course ils ont ravagé plus d’une lieue de campagne de blé, tué six hommes et fait treize prisonniers.

“Un autre parti, composé de cinq hommes seulement, a enlevé, à la porte des villages des Chickassas, cinq esclaves qu’ils ont emmenés en vie,

“Un troisième parti, composé de soixante hommes,

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1742, après avoir visité inutilement tous les cantons de chasse des Chickassas, a trouvé une route nouvellement frayée du côté de la Caroline. L’ayant suivie, il est arrivé à un campement de Chickassas, qu’il n’a pu enlever, mais auquel il a tué beaucoup de monde et fait vingt prisonniers. De ceux-ci, ils ont appris que ce parti se composait de quarante familles se rendant à la Caroline, pour s'éloigner le plus possible des Français ; que beaucoup d’autres familles les avaient précédées, et que le restant de la nation ne tarderait pas à les suivre.

“Ainsi, j'aurai la satisfaction de remettre à M. de Vaudreuil la colonie dans un état parfait de tranquillité. La seule querelle qui soit à craindre, est celle des Chactas et des Abékas, qui était terminée, lorsque de jeunes guerriers abékas, ayant rencontré deux Chactas à la chasse, les ont attirés dans leur camp, sous prétexte de les y faire reposer, et les ont assassinés. J’espère cependant arrêter les suites de cette trahison, en gagnant du temps et en faisant entendre aux Chactas que le plus pressé est d’en finir avec les Chickassas.”

Le nouveau gouverneur, le marquis de Vaudreuil, ar- ‘riva à la Louisiane, le 10 mai 1743, et Bienville partit pour rentrer en France. Il ne devait plus revenir dans la colonie, dont il était l’un des fondateurs, et dans laquelle il avait passé quarante-quatre ans, toujours en remplissant différentes fonctions publiques, sauf les intervalles des courts voyages qu’il avait faits en France. Il était venu à la Louisiane à l’âge de dix-huit ans, et il partit à l’âge de soixante-deux ans, en emportant les regrets, l’estime et l'affection de tous les colons, qui l’appelaient le Bye de la colonie. A cette époque, le commerce de la ouisiane, dégagé des entraves du monopole, commençait à prospérer, et était alimenté par des récoltes abondantes de riz, de tabac et d’indigo. De tous les gouverneurs de la Louisiane, Bienville en avait certainement été le plus habile, et était l’homme qui lui

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avait rendu le plus de services. La colonie était en quelque sorte sa création, et il est naturel de supposer

* qu’il éprouvait pour elle un attachement paternel. Mais

peut-être ce sentiment lui fit-il voir d’un œil jaloux toute administration qui n’était pas la sienne, et chercha-t-il à l’entraver, si ce n’est par des actes patents, du moins par un refus de coopération, ou par un mauvais vouloir qui ne manqua pas d'exercer une grande influence sur ses nombreux partisans, et de les porter à organiser un

.système d'opposition, fatal aux intérêts du pays. Toutes

les apparences, tout un concours de circonstances malheureuses pour la mémoire de Bienville, donnent à penser que ce fut par sa faute, que ne réussit point la dernière expédition contre les Chickassas, sous le commandement de M. de Noailles, qui avait été envoyé exprès de France pour la diriger. M. de Bienville, ne sachant comment se présenter sous un jour favorable et comment lutter contre les préventions qui militaient de toutes parts contre lui, était obligé, comme on le voit, par sa dépêche du 26 mars, d’avoir recours à la futalité et de s’en prendre à elle, en lui attribuant ses malheurs. Quoiqu'il en soit, Bienville n’en est pas moins un des caractères les plus saillants et les plus honorables des premiers temps historiques de la Louisiane.

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