LES PNEUMATIQUES DE HÉRON
On ne sait si Héron avait inventé lui-même quelquesuns des appareils décrits dans son ouvrage. Il est très probable que la plupart étaient connus depuis longtemps, ou furent proposés par Ctésibius, inventeur célèbre par le grand nombre et le caractère ingénieux des machines hydrauliques et pneumatiques qu'il a imaginées. Dans l'introduction de son livre, Héron dit avoir l'intention de décrire les machines existantes et les anciennes inventions, en y ajoutant les siennes propres. Mais rien, dans le texte, n'indique à qui les différents appareils doivent être attribués 1.
La première partie de l'ouvrage de Héron est consacrée à des applications du siphon. La onzième proposition est la première où il soit question d'employer la chaleur à mettre des fluides en mouvement.
Un autel est creux et hermétiquement clos ainsi que son soubassement. On verse dans celui-ci un liquide où plonge l'extrémité inférieure d'un tube qui traverse une statuette debout devant l'autel et va se terminer dans un vase qu'elle tient renversé au-dessus. Lorsqu'on allume du feu sur cet autel, la chaleur fait dilater l'air qu'il contient; et le liquide, forcé de remonter dans le tube, sort du vase tenu par la statuette, qui semble ainsi offrir une libation. On trouve dans cet appareil de physique amusante le principe essentiel de toutes les machines thermiques modernes : la transformation de l'énergie *, qui,
qu'on ait ouvert, dans le fond, un orifice par lequel Tair puisse s'échapper; mais cette expérience n'offre qu'un rapport bien éloigné avec l'idée de la pression de l'air. (Note du traducteur.)
Î.LeBritish Muséum contient quatre éditions manuscrites des Pneumcttiques de Héron, du xv' et du xvi*' siècle. Ces manuscrits ont été étudiés avec grand soin. Il en a été fait, par le professeur J.-G. Greenwood, une traduction publiée sur la demande de M. Bennett Woodcroft, auteur d'un petit traité fort estimable sur la Navigation à vapeur. C'est là, autant que l'auteur puisse le savoir, la seule traduction anglaise existante d'une partie des œuvres de Héron.
2. Energy, ce qu'on appelle habituellement en français la force vive. Nous demandons la permission d'employer l'expression anglaise, qui semble plus heureuse que la nôtre à laquelle on a souvent reproché, non sans raison, d'être impropre et mal choisie. (N- du trad,)
de l'état d'énergie calorifique ou chaleur, passe à celui d'énergie mécanique ou travail. 11 D'est nullement improbable que ce prototype de dos merveilleuses macliines modernes ait été connu bien des siècles avant Héron,
Dans ce même ouvrage sont encore décrites plusieurs machines hydrauliques, parmi lesquelles on retrouve la pompe à incendie, manœuvrée à bras, que nous connaissons tous et qui n'a pas cessé d'être en usage dans une foule de nos petites villes. La plupart de ces appareils
doivent sans dou te être attribués à Ctésibius, et nous n'avons pas à les décrire ici.
Toutefois une machine à air chaud, qui fait le sujet de la trente-septième proposition, présente un réel intérêt.
Héron expose une méthode pour faire ouvrir les portes d'un temple en allumant simplement un feu sur l'autel. Le moyen qu'il ludique est ingénieux, et son appareil contient tous les éléments de la machine du marquis de Worcester, que l'ou considère généralement comme la première machine à vapeur véritable, avec ce seul et capital défaut, qu'on employait ici, comme fluide expansif, de l'air au lieu de vapeur.