‹ Histoire de la machine à vapeur (volume 2)Chapitre 10 sur 141 · PÉRIODE SPÉCULATIVE · texte numérisé non relu

PÉRIODE SPÉCULATIVE

nier terme d'un progrès longtemps continué. Elle n'apparaît pas comme une création subite ; elle croît peu à peu comme les arbres de la forêt. De là vient que, très souvent, la même invention se présente à la fois dans différents pays, faite simultanément par plusieurs personnes. Fréquemment aussi, une invention importante fait son entrée dans le monde avant que celui-ci ne soit prêt à la recevoir; et le malheureux inventeur apprend, par son insuccès, qu'il n'est pas moins fâcheux d'être en avance que d'être en retard sur son siècle. Pour qu'une inventioa réussisse, il faut non seulement qu'elle réponde à un besoin, mais que l'humanité soit intellectuellement assez avancée pour l'apprécier, pour la réclamer et en faire immédiatement usage.

Il y a plus d'un demi-siècle, un écrivain de talent de la Nouvelle-Angleterre, dans un article adressé à une revue spéciale anglaise, décrivait la nouvelle machine construite à Newport (Rhode-Island) par John Babcock et Robert L. Thurston, pour un des premiers bateaux à vapeur qui firent le service entre cette ville et New-York. En tête de sa description, il avait mis cette remarque, déjà faite bien des fois, que la machine à vapeur était sortie, parfaite dès l'origine, du cerveau de James Watt, absolument comme Minerve, adulte et tout armée, de la tête de Jupiter. Nous verrons, au contraire, en racontant l'histoire de la machine à vapeur, que si James Watt fut un de ses inventeurs, et probablement le plus grand de tous, il n'a été pourtant qu'un des nombreux chercheurs qui contribuèrent à la perfectionner, un de ces hommes qui nous ont rendu si familière sa formidable puissance et si faciles ses applications, que nous avons presque cessé de l'admirer, ou de nous étonner des œuvres de l'intelligence, plus admirable encore, qui l'a portée à un tel degré de perfection.

Il y a vingt et un siècles, la Grèce disparaissait comme pouvoir politique, bien que la civilisation grecque fût à son apogée. Rome, plus grossière que ses voisins policés, devenait chaque jour plus forte et s'agrandissait rapidement par l'annexion des États moins puissants qu'elle.

L'Egypte, dont la civilisation avait précédé celles de la Grèce et de Rome, ne tomba que deux siècles après sous les coups de sc;p jeunes rivales et devint une province romaine. Sa ville principale était alors Alexandrie, cité fondée par le grand capitaine dont elle porte le nom et qui, dans ce temps-là, était grande et prospère. Elle était devenue le centre du commerce de l'univers, Tasile des savants et de la jeunesse studieuse ; sa population était la plus riche et la plus civilisée du monde alors connu.

C'est parmi les restes de cette antique civilisation égyptienne que nous trouvons les premiers souvenirs relatifs aux origines de la machine à vapeur. Dans Alexandrie, résidence d'Euclide, le grand géomètre, un savant écrivain nommé Héron, contemporain peut-être de l'habile ingénieur et mathématicien Archimède, rédigea un manuscrit auquel il donna le titre de « Spiritualia seu Pneumatica^)).

1. Les anciens philosophes grecs possédaient quelques notions sur l'air et la vapeur. Aristote parle nettement, dans sa Météorologie, de . la vaporisation de l'eau sous l'action du feu, de la vaste distillation qui se produit à la surface des mers par l'effet des rayons solaires ; il attribue les nuages et les pluies à la condensation de ces vapeurs par le froid des régions supérieures ; il indique clairement que la vaporisation sépare l'eau pure du sel en dissolution :

(Liv. II, chap. ii, § 5.) « Lo soleil faisant sa révolution,... il arrive que la partie la plus légère et la moins dense (de l'eau de mer) est enlevée chaque jour et est portée, divisée et vaporisée dans la région supérieure; et là, se condensant par le poids, elle est ramenée de nouveau sur la terre.»

{Ibid., % ii') « La partie salée y demeure (dans la mer) à cause d% son poids, tandis que la partie douco et potable s'élève à cause de sa légèreté. » ,

(Liv. II, chap. m, §31.) En se vaporisant, l'eau de mer devient potable, et la partie vaporisée ne se résout point en eau de mer lorsqu'elle se condense de nouveau. »

Ailleurs il est fait distinction entre l'air et la vapeur qu'il peut contenir.

De certains passages du même ouvrage, relatifs aux tremblements de terre, on a voulu inférer qu'Aristote connaissait les effets que peut produire la pression de la vapeur; il ne parait point qu'une telle conclusion soit légitime. La notion de la pression d'un fluide élastique semble avoir échappé aux contemporains d' Aristote; il est question dans Anaxagore de l'expérience qui consiste à renvei*ser un vase l'ouverture en bas et à l'enfoncer dans l'eau; le liquide ne remonte point dans le vase jusqu'à ce

Page 1