APPLICATIONS DE LA MACHINE DE SAVERY
nombre de mines, et aussi pour fournir de Teau à dififérentes villes. Quelques grandes propriétés, maisons de campagne et autres établissements privés, en firent également usage dans le même but. Elles ne devinrent pas toutefois d'un emploi général dans les mines, parce que, suivant Desaguliers, on craignait le danger de l'explosion des chaudières ou des récipients. Comme ce savant récrivait plus tard : <{ Savery a fait beaucoup d'expériences pour porter cette machine à la perfection, et il en a construit plusieurs qui élevaient fort bien Peau dans des résidences seigneuriales ; mais il ne put réussir pour les mines ou pour Tapprovisionnement des grandes villes, lorsqu'il fallait élever l'eau à une grande hauteur et en forte quantité ; car, dans ce cas, la vapeur devait être chauffée jusqu'à acquérir une puissance telle qu'elle était prête à faire voler en éclats tous les récipients. » Et ailleurs : « J'ai vti le capitaine Savery faire de la vapeur huit ou dix fois plus puissante que l'air ordinaire ; et alors la température était assez élevée pour fondre la soudure tendre ordinaire, et sa force assez grande pour ouvrir plusieurs des joints de la machine ; si bien qu'il dut se résigner à faire souder tous les joints au zinc ou à la soudure forte. »
Quoiqu'il se présentât d'autres difficultés dans l'application de la machine de Savery à toute sorte de travaux, celle-ci était la plus sérieuse et il se produisit des explosions dont les conséquences furent très graves. L'écrivain cité plus haut rapporte, dans sa Physique expérimentale, qu'un homme ne connaissant pas ces machines entreprit d'en faire fonctionner une que lui, Desaguliers, pour éviter ce danger même, avait munie d'une soupape de sûreté ; « et ayant placé le poids tout au bout du bras de levier pour avoir plus de vapeur afin de faire avancer son ouvrage plus vite, il attacha encore un très lourd fer de plombier à l'extrémité de ce même levier : la conséquence fut terrible ; car après quelque temps la vapeur, ne pouvant plus soulever la soupape de sûreté chargée de ce poids extraordinaire, fit éclater la chaudière avec une grande explosion et tua le pauvre homme. » C'est là probablement le
plus ancien récit d'une explosion de chaudière à Tapeur que nous possédions.
Saveiy proposa d'employer sa machine à faire tourner les moulins ; mais il n'est pas prouvé qu'il ait effectivement réalisé cette application, quoique d'autres y soient arrivés plus tard. Cette machine ne se prétait pas bien non plus à l'assèchement des champs, parce que l'élévation d'une grande quantité d'eau, même à une faible hauteur, exigeait une capacité considérable des récipients, ou obligeait de recourir à l'emploi simultané de plusieurs machines. De plus, comme l'eau venait remplir les récipients à chaque opération, il en résultait la perte d'une grande quantité de vapeur, pour réchauffer ces larges surfaces métalliques froides et humides; d'où une consommation relativement énorme de combustible. Enfin, quand on employait ces machines dans les mines, comme il fallait les placer à moins de 30 pieds au-dessus du niveau de l'eau, elles étaient exposées au danger d'être submergées, au cas où, par une cause quelconque, le niveau se serait élevé jusqu'à leur hauteur. Cet accident eût eu le plus souvent pour conséquence la perte de la machine, et la mine serait restée « noyée », à moins de rétablir un autre appareil d'épuisement.
Quand la mine était très profonde, il fallait que la vapeur fît monter l'eau par sa* pression, depuis l'endroit où se trouvait la machine jusqu'à la hauteur où elle devait se déverser. D'où la nécessité d'obtenir des pressions de plusieurs atmosphères; et, à cette époque, une pression de 3 atmosphères, ou d'environ 45 livres par pouce carré, était considérée comme le maximum admissible. On obviait à cette difficulté en étageant plusieurs machines à 60 ou 80 pieds d'intervalle, et pompant de Tune à l'autre. Si alors l'une quelconque d'entre elles venait à se détraquer, le travail d'épuisement se trouvait interrompu jusqu'à ce qu'elle fût réparée. La dimension des plus grandes chaudières de Savery n'était pas non plus très considérable, leur diamètre maximum n'excédant pas 2 pieds et demi. Il en résultait qu'il fallait d'ordinaire, pour un