‹ Histoire de la machine à vapeur (volume 2)Chapitre 27 sur 141 · DENIS PAPIN · texte numérisé non relu

DENIS PAPIN

température d'ébulli lion. Le docteur Hooke avait trouvé qu'à la pression atmosphérique ordinaire cette température était invariable; et Papin avait fait voir par le moyen de son « digesteur » qu'elle s'accroissait avec la pression de la vapeur, quand celle-ci était renfermée en vases clos.

Denis Papin était d'une famille qui s'était ralliée à l'Église protestante ; mais il avait fait son éducation dans l'école des jésuites de Blois, et c'est là qu'il apprit les mathématiques. Il étudia la médecine à Paris, quoiqu'il ait probablement pris ses grades à Orléans. Il s'établit dans la capitale en 1672, dans l'intention d'y exercer sa profession, et paraît avoir consacré tous ses loisirs à l'étude de la physique.

Dans l'intervalle, le célèbre physicien Huyghens, l'inventeur de l'horloge et de la machine à poudre à canon, cédant aux invitations de l'apprenli drapier Golbert, devenu le conseiller le plus intime du roi, était venu résider à Paris, et avait été nommé, l'un des premiers, membre de l'Académie des sciences, qui fut fondée vers cette époque. Papin fut présenté à Huyghens par M™* Golbert, comme lui native de Blois ; il devint l'aide de Fillustre savant et prit part à ses expériences de mécanique. Il* imagina alors plusieurs modifications aux instruments d'Otto de Guéricke, et en fit imprimer une description ^ Ge petit livre fut présenté à l'Académie, et très favorablement reçu. Le nom de Papin commença dès lors à être connu dans le monde savant à Paris, et il eut partout bon accueil. Bientôt après, en 1675, ainsi que le rapporte le Journal des Savants, il quitta Paris et alla demeurer en Angleterre, où il ne tarda pas à entrer en relations avec Robert Boyle, fondateur de la Société royale, et avec les sociétaires. Boyle parle de Papin comme étant allé en Angleterre dans l'espoir d'y trouver une situation où il lui fût aisé de poursuivre ses études favorites.

Boyle s'était lui-même longtemps occupé de l'étude de la pneumatique, et s'était surtout intéressé aux recherches

1. Nouvelles Expériences du vuide, avec la description des machines qui servent à le faire. Paris, 1674.

THOBSTON. I. — 4

inaugurées par Olto de Guérïcke. Il admit. le jeune Papin dans soD laboratoire, el les deux physiciens étudièrent ensemble ces attrayantes questions. C'est pendant qu'il travaillait avec Boyie que Papin imagina la double pompe pneumatique et le fusil à vent.

Papin et ses travaux avaient acquis alors une telle notoriété, il s'était fait une si haute position dans la science.

P'g. 19. — Digestauc ic Papin, 16W.

qu'il fut proposé aux suffrages de l'Académie des sciences et en fut élu membre le 16 décembre 1680. Il se vît immédiatement rangé parmi les plus savants et les plus distingués des grands hommes de son temps.

C'est probablement pendant son séjour en Angleterre qu'il inventa son « digesteum, et cet appareil fut décrit dans une brochure écrite eo anglais, sous le titre te iVouveau Digesteur. Elle fut plus tard publiée à Paris*. Ce dîgesteur était un vase B (ûg. 19) fermé hermétiquement au

I. La Manièi'e d'amollir hi 01 et de faire cuire toutes sortes de viai*det,otç.

DIGESTEUR DE PAPIN. 51

moyen d'une vis D et d'un couvercle G, placé sur un fourneau et contenant de Peau ; on y cuisait les aliments à la température élevée correspondant à la pression de la vapeur, et cette pression était déterminée et limitée par un poids W, agissant sur le levier G de la soupape de sûreté. Il est probable que cet accessoire essentiel de la chaudière à vapeur avait été précédemment employé pour d'autres usages ; mais Papin a eu l'honneur d'être le premier à s'en servir pour régler la pression de la vapeur.

D'Angleterre, Papin se rendit en Italie où il accepta le titre de membre à l'Académie italienne des sciences, et où il prit une haute situation. Il resta deux ans à Venise et revint alors en Angleterre. G'est là qu'en 1687 il fit connaître une de ses inventions, qui est devenue de nos jours d'une grande importance dans les arts mécaniques. Il proposait de transmettre le travail à de grandes distances par la méthode aujourd'hui bien connue sous le nom de méthode « pneumatique ». A l'endroit où une force était disponible, il faisait, au moyen d'une machine pneumatique, le vide dans une vaste chambre, d'où un tube conduisait au point où la force devait être utilisée. Au moyen de ce tube, on pouvait alors retirer l'air de derrière un piston ; et la pression atmosphérique, s'exerçant sur l'autre face de ce dernier, le faisait reculer dans le cylindre où il était adapté, en soulevant un poids proportionné au diamètre du piston et au degré de vide obtenu. Papin ne réussit pas à son gré dans ses expériences ; mais il avait créé le germe du système moderne de transmission pneumatique de la force. Toutefois le mauvais résultat des efforts qu'il fit pour utiliser son système le découragea complètement et il fut pris encore une fois du besoin de changer de position.

En 1687, la chaire de mathématiques de Marburg lui fut offerte par Gharles, landgrave de la Haute-Hesse ; iî accepta cette situation et se rendit en Allemagne. Il resta plusieurs années dans ce pays, où il continua ses recherchesi avec une activité toute nouvelle. Ses mémoires furent publiés dans les Acta eruditorum à Leipzig, et dans les Transactions philosophiques à Londres. C'est pendant qu'il

était à iMarburg qu'on imprima la brochure où il décrit sa méthode de transmission pneumatique de la force*.

Dans les Acta eruditorum de 1688, il exposa un projet pratiquement réalisable, consistant à faire mouvoir une série de pompes au moyen du vide produit par une machine pneumatique placée à distance et actionnée par une force motrice qui, au cas actuel, était une roue hydraulique.

Après son arrivée à l'université de Marburg, Papin montra à ses collègues de la faculté une modification de la machine à poudre à canon de Huyghens, où il s'était efforcé d'obtenir un vide plus parfait que celui réalisé par ce savant dans les premières machines de cette espèce. N'ayant pas réussi dans ces recherches, il finit par recourir à l'emploi de la vapeur pour chasser l'air, et produire ensuite par la condensation le vide parfait qu'il désirait. C'est ainsi qu'il produisit la première machine à vapeur munie tVun piston, et la première machine à vapeur à piston dans laquelle la condensation fût employée pour produire un vide. Cette machine fut décrite dans les ilc^a de Leipzig *, en juin 1690, sous le titre de : Nova Methodus ad vires motrices validissimas levi pretio comparandas (Nouvelle Méthode d'obtenir à bon marché des forces motrices très puissantes). Il décrit d'abord la machine à poudre à canon, et continue en disant que jusqu'à présent toutes les tentatives ont échoué, et qu'après la combustion de la poudre qu'on fait détoner, « nonobstant toutes les précautions qu'on y a observées, il est toujours demeuré dans le tuyau environ la cinquième partie de l'air qu'il contient d'ordinaire, ce qui cause deux différents inconvénients : l'un est que l'on perd environ la moitié de la force qu'on devrait avoir ; l'autre inconvénient est qu'à mesure que le piston descend, la force qui le pousse en bas diminue de plus en plus ». Il ajoute qu'il s'est efforcé d'arriver au môme but par une autre route ; et « comme l'eau a la propriété, étant par le

1. Becueil de diverses pièces touchant quelques nouvelles machines et autres sujets philosophiques, par M. D. Papin. Cassel, 1695.

Page 1