‹ Histoire de la machine à vapeur (volume 2)Chapitre 5 sur 141 · M. Meliton Martin · texte numérisé non relu

M. Meliton Martin

INTRODUCTION. ix

« Chaque perfectionnement nouveau estPémancipation de quelques centaines ou de quelques milliers d'hommes du rude labeur de la bête ; c'est leur transformation en citoyens pensants et sentants. Voilà ce que fait l'ingénieur dans l'ordre politique et social. »

Et voici ce que répondait un des hommes les plus vénérables dont l'Angleterre s'honore ^ :

t On nous a dit dans notre jeunesse que le travail fut le châtiment de la faute de notre premier père. Si cela est vrai, les ingénieurs sont les grands prêtres qui ont construit les machines pour effacer la flétrissure de la malédiction divine. »

Ce sont là de belles et nobles pensées, qui méritent d'être méditées. On voit que les machines ne sont pas considérées dans tous les pays avec autant d'insouciance que dans le nôtre. Les bibliothèques anglaises, notamment, abondent en documents précieux sur l'histoire de la machine à vapeur et chaque année elles accumulent de nouveaux matériaux sur cet inépuisable sujet.

En France, nous en sommes encore à peu près réduits à la Notice historique sur les machines à vapeur de François Arago. Elle fut publiée pour la première fois dans V Annuaire du Bureau des longitudes de 1829, et rééditée à plusieurs reprises avec des additions nombreuses. L'ouvrage de l'illustre astronome est resté un modèle de clarté, de bon sens, de critique sûre et irréfutable, de solide et saine discussion; la haute autorité et la logique limpide et inattaquable du grand écrivain ont réduit au silence bien des amours-propres, qui trouvaient leur pâture dans l'obscurité et les équivoques de l'histoire.

Mais la Notice historique date de près d'un demi-siècle ; à l'époque où elle parut, la machine à vapeur était restée pour ainsi dire incrustée dans la forme que Watt lui avait donnée; son emploi était encore restreint et réservé aux grandes industries ; la navigation transocéanique existait à peine ; la locomotive venait de naître; les membres de l'Institut révoquaient en doute la possibilité pratique des chemins de fer, et prédisaient hautement, à la tribune de la Chambre des députés, que le voyageur allant en chemin de fer de Paris à Versailles contracterait infailliblement des maladies mortelles au passage du souterrain de Saint-Cloud I

Que de progrès depuis lors I quelles transformations profondes! Arago a pressenti l'avenir immense réservé au puissant engin

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