LA MACHINE A DOUBLE CYLINDRE
première. En 1779, le D*" Falk avait proposé uue machine à double effet, dans laquelle il y avait deux cylindres à effet simple, agissant alternativement et en sens opposé, sur les deux côtés d'une roue, avec laquelle engrenait une crémaillère portée par la tige du piston.
Watt prétendit que Hornblower, concessionnaire du brevet pour la « machine compound », était un contrefacteur de ses propres brevets ; et comme il possédait seul celui du condenseur séparé, il put empêcher la machine de son concurrent de prendre une forme capable d'être introduite avec succès dans la pratique. La machine de Hornblower fut bientôt abandonnée.
Watt affirma que ce dispositif avait été inventé par lui dès 1767, et qu'il en avait expliqué les détails à Smeaton et à d'autres, plusieurs années avant que Hornblower essayât d'en faire usage. Il écrivait à Boulton : « C'est précisément notre machine à double cylindre, fonctionnant d'après notre principe de la détente. » Toutefois il n'appliqua jamais ce système ; et le but principal qu'il avait en vue en le faisant breveter, comme beaucoup d'autres, était probablement de se donner une garantie contre la concurrence.
La crémaillère et le secteur, brevetés à cette époque, furent bientôt remplacés par le parallélogramme articulé ; et le dernier objet garanti par le brevet, la « roue à vapeur », ou machine rotative, dont un spécimen de grandes dimensions fut pourtant construit, ne put passer dans la pratique.
Après avoir obtenu le brevet de 1782, Watt, lorsqu'il n'était pas trop dérangé par les affaires, s'occupa d'autres projets et essaya encore diverses modifications et applications de sa machine. Il avait, dès 1777, proposé de faire un marteau à vapeur pour la forge de Wilkinson ; mais son attention fut tellement absorbée par d'autres questions plus importantes, qu'il ne put se mettre sérieusement à cette étude avant la fin de 1782. Le 13 décembre de cette année, après quelques expériences préliminaires, il écrivait : « Nous avons essayé avec succès, à Soho, notre petit marteau de forge. Voici quelques détails sur l'appareil : le cylindre a 15 pouces de diamètre, le piston 4 pieds de course et il
lie LA MACHINE A VAPEUR MODERNE.
donne 20 coups à la minute. La tête du marteau pèse 120 livres, s'élève à 8 pouces et frappe 240 coups dans le même laps de temps. La machincmarche très régulièrement et peut être conduite aussi facilement qu'un moulin à eau. Elle ne consomme qu'une très petite quantité de vapeur, pas plus de la moitié du volume du cylindre, à chaque coup de piston. La force employée ne dépasse pas le quart de celle qu'il faudrait pour fournir la quantité d'eau nécessaire à une roue hydraulique, capable de faire agir le même marteau avec la même vitesse ».
Il se mit aussitôt à construire un marteau beaucoup plus puissant, et, le 26 avril 1783, il écrivait qu'il avait fait « une chose qu'on n'avait jamais faite auparavant », en obtenant de son marteau 300 coups par minute. Ce marteau pesait 7 quintaux et demi et avait une hauteur de chute de 2 pieds. Le cylindre à vapeur avait un diamètre de 42 pouces et 6 pieds de course de piston ; on calculait qu'il avait une force suffisante pour faire agir 4 marteaux de 7 quintaux chacun. La machine donnait 20 coups de piston par minute, et le marteau en frappait 90 dans le même temps.
Cette nouvelle application de la force motrice de la vapeur ayant réussi, Watt commença à combiner une série d'inventions secondaires, qui furent définitivement garanties par son brevet du 27 avril 1784, en même temps que le marteau de forge à vapeur et une voiture à vapeur ou « machine locomotive ».
Le dispositif d'abord employé pour guider la tête de la tige du piston — secteur et chaîne ou crémaillère — n'avait jamais donné de résultats satisfaisants. La grossièreté du système n'avait d'égale que l'incertitude de son fonctionnement. Watt imagina donc, pour arriver au même but, un grand nombre de méthodes, dont la plus belle et la plus connue est le « parallélogramme articulé »; néanmoins aujourd'hui on recourt plutôt à la traverse avec glissières, système mentionné au même brevet. A l'origine, la combinaison du parallélogramme consistait en une tige articulée, vers son milieu, au sommet de celle du piston, et qui se trouvait ver-