CHAPITRE I
PÉRIODE SPÉCULATIVE DEPUIS HÉRON JUSQU*A WORCESTER. (dE L'AN 200 AVANT J.-C
A l'année 1650 DE l'Ère chrétienne.)
Un des plus grands philosophes des temps modernes, Tauteur de ce système de philosophie scientifique qui consiste à suivre la marche de révolution, tant dans Tordre physique que dans Tordre intellectuel, Herbert Spencer a consacré un chapitre de ses Premiers Piincipes à Tétude des effets multiples des diverses forces, sociales et autres, qui vont modifiant sans cesse cet admirable et mystérieux univers dont nous faisons partie. Ingénieur lui-même, Spencer examine Taction exercée par les inventions nouvelles, par les nouvelles formes des mécanismes et par le progrès de Torganisation industrielle ; cette action profonde, incessante, il nous la montre dans un langage admirable de clarté et de précision. A Tappui de sa thèse, il expose les conséquences immenses amenées par Tintroduction de la machine à vapeur et de sa dernière incarnation, la locomotive ; c^est là un des passages les plus saisissants de son ouvrage. La puissance de la vapeur et son importance
infinie comme agent civilisateur ont toujours été un des thèmes favoris des philosophes et des historiens, non moins que des poètes. De même que la religion fut à toute époque et reste encore le grand agent moral de la civilisation, que la science en est Pagent intellectuel, de même la machine à vapeur est devenue, de nos jours, l'agent physique le plus actif dans l'accomplissement de cette grande œuvre.
On tenterait vainement d'énumérer les avantages dont la race humaine lui est redevable : ce serait vouloir énumérer, pour ainsi dire, tout ce qui constitue le bienêtre et le luxe dont nous jouissons aujourd'hui. Les progrès étonnants réalisés dans le siècle actuel sont dus, pour une très grande part', à l'invention et au perfectionnement de cette machine, aux applications ingénieuses qu'on a faites de sa puissance pour exécuter une foule d'ouvrages qui jadis mettaient à contribution les forces de l'homme. Il est impossible d'examiner les méthodes et les procédés d'une branche quelconque de l'industrie, sans découvrir quelque part l'assistance que lui prête ce merveilleux instrument. Débarrassant l'humanité du travail manuel, il permet à l'esprit de mieux utiliser la puissance qu'absorbaient auparavant les efforts physiques. L'intelligence, devenue ainsi maîtresse des forces naturelles, peut travailler maintenant en toute liberté. L'énergie, qui se perdait à porter de l'eau ou à fendre du bois, se dépense aujourd'hui pour accomplir une opération d'essence divine, la Pensée. Quoi donc de plus intéressant que d'écrire l'histoire du développement de cette machine prodigieuse, — la plus grande parmi tant de grandes créations de la faculté inventive, elle-même l'un des dons les plus précieux que l'homme tienne de Dieu?
En rappelant les souvenirs et les traditions qui se rapportent à la machine à vapeur, j'appelle l'attention sur cette vérité importante, dont l'histoire que je vais écrire est la démonstration : Les grandes inventions ne sont jamais, et les grandes découvertes ne sont que bien rarement, Vœuvre d'un seul. Toute grande invention est, en réalité, soit une combinaison de plusieurs autres secondaires, soit le der-