POMPES A INCENDIE
Une des conditions les plus importantes à réaliser au préalable, pour arriver au succès définitif dans la substitution de la vapeur aux chevaux sur les grandes routes, c'est de construire celles-ci d'une façon convenable. De même que Ton ne recule devant aucune étude, devant aucunes dépenses, si considérables qu'elles soient, pour obtenir des rampes douces et des courbes allongées sur nos chemins de fer, on est fondé à croire que Ton comprendra l'utilité d'adopter des mesures analogues pour permettre aux locomotives routières de faire le service sur les routes ordinaires. Les obstacles naturels qui paraissent s'opposer à la solution de ce problème semblent en somme plus apparents que réels aux ingénieurs d'aujourd'hui. Le principal inconvénient à prévoir viendrait probablement de l'insouciance et de l'avarice des propriétaires de machines, qui pourraient, par économie, confier à des mécaniciens ignorants et incapables la direction de ces redoutables instruments, qui sont d'excellents serviteurs, mais parfois aussi de terribles maîtres. Néanmoins, de même que l'on a constaté, dans le transport des voyageurs par les chemins de fer, moins de morts et d'accidents de personnes qu'il n'y en avait avec les diligences, on verrait bientôt que la traction à vapeur sur les routes ordinaires entraînerait, pour les personnes ou les objets transportés, moins de risques qu'on n'en court aujourd'hui avec les chevaux.
La pompe à incendie à vapeur est encore une autre sorte de locomobile. C'est l'une des plus récentes applications de la vapeur, et on peut dire que c'est une création essentiellement américaine. Malgré des tentatives antérieures, le succès définitif de ces engins date seulement des quinze dernières années.
Dès 1830, Braithwaitc et Ericsson de Londres construisirent une machine munie d'un cylindre à vapeur actionnant une pompe. Les diamètres étaient de 7 pouces pour le cylindre à vapeur et de 6 1/2 pouces pour la pompe, avec 16 pouces de course commune de piston. Cette machine pesait 2 1/2 tonnes et on assure qu'elle lançait 150 gallons
140 MACHINKS ACTUELLES.
d'eau par minute à une hauteur comprise entre 80 et 100 pieds. Elle était prête à fonctionner vingt minutes après l'allumage des feux. Plus tard, en 1832, Braithwaite fournit au roi de Prusse une machine encore plus puissante.
La première pompe à incendie à vapeur qui ait été construite aux États-Unis fut probablement celle de Hodge, qui en fit une à New-York en 1841. C'était une machine solide et très puissante; mais elle était beaucoup trop lourde pour se prêter à des déplacements rapides. J.-K.Fisher, qui pendant toute sa vie défendit avec persistance la cause des voitures à vapeur et des locomotives routières et en construisit plusieurs, avait aussi fait le plan d'une pompe à incendie à vapeur. Deux de ces pompes furent construites sur ses dessins, vers 1860, par l'usine Novclty de New- York , pour MM. Lee et Larned. Ces machines se déplaçaient par l'action de la vapeur, et l'une d'elles, destinée à la ville de Philadelphie, s'y rendit par la grande route sans l'aide d'aucun remorqueur. L'autre, construite et employée pour le service des incendies de New-York, y fit un bon service pendant plusieurs années. Ces machines étaient lourdes, mais très puissantes ; à la vapeur, elles se mouvaient avec une vitesse convenable et manœuvraient aisément.
Bientôt après, MM. Latta, de Cincinnati, réussirent i construire des machines à la fois légères et très puissantes; et le corps des pompiers de cette ville fut le premier à adopter définitivement les pompes à vapeur comme moyen d'action principal. On ne tarda pas à les imiter presque partout.
Aujourd'hui la pompe à vapeur a remplacé entièrement les anciennes pompes à main dans toutes les grandes villes. Elle travaille à moindres frais. Elle peut refouler l'eau à une hauteur de 225 pieds et la lancer à plus de 300 pieds horizontalement; tandis que la pompe à bras peut rarement atteindre au tiers de ces distances. Enfin la pompe à vapeur peut soutenir un travail de plusieurs heures si c'est nécessaire, tandis que les hommes qui manœuvrent la