MACHINES DE NAVIGATION
une idée nette de la puissance prodigieuse concentrée dans l'espace, relativement si faible, qu'occupe la machine d'un bâtiment. La « force d'un cheval », prise pour unité dans les machines, est celle déterminée par Watt comme représentant le travail maximum que pouvaient exercer, pendant huit heures par jour, les plus robustes chevaux de trait de Londres. C'est au moins moitié plus que ne pourrait faire en moyenne un cheval de trait de force ordinaire, pendant les huit heures d'une journée de travail. D'un autre côté, la journée de travail d'une machine dure vingt-quatre heures.
Il faudrait donc au moins 15,000 chevaux pour produire l'effort dont sont capables les machines de 10,000 chevaux du Great-Eastern; mais pour soutenir ce travail dans les mêmes conditions, sans interruption, jour et nuit, pendant des semaines entières, comme le fait la vapeur, il faudrait au moins trois équipes de chevaux se relayant successivement, soit 45,000 bêtes. Un tel haras pèserait 20,000 tonnes; et attelé en file, sa longueur dépasserait 30 milles. C'est par des comparaisons de ce genre que l'esprit peut arriver à comprendre l'impossibilité complète d'exécuter avec des animaux le travail qu'accomplit la vapeur en ce monde. Cette force considérable coûte environ dix fois moins que celle des chevaux, et grâce à elle on peut exécuter facilement un travail qu'il serait absolument impossible de demander à des moteurs animés.
La puissance totale des machines à vapeur existant à la surface du globe est évaluée à 15,000,000 de chevaux environ; et on estime que, pour exécuter le travail que ces machines* sont capables de faire en travaillant constamment, il faudrait plus de 60,000,000 d'animaux.
Ainsi, des essais modestes du comte d'Auxiron et du marquis de Jouffroy en France, de Symmington en Angleterre, de Henry, Rumsey, Fitch, Fui ton et Stevens aux États-Unis, est sorti un auxiliaire puissant de l'humanité, un bienfait d'un prix inestimable pour la société.
Aujourd'hui nous parcourons les mers avec moins de dangers, nous transportons au loin nos personnes et nos
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biens en moins de temps et avec moins de dépenses qu'il n'en fallait à nos pères, au commencement du siècle, pour des traversées dix fois plus courtes.
C'est, pour une large part, à cette ingénieuse application d'une puissance qui rappelle celle des génies fabuleux des contes deTOrient, queTouvrier et Partisan modernes doivent ce bien-être et ce luxe, qui étaient inconnus aux puissants et même aux rois du siècle dernier.
La grandeur des steamers de nos jours faitTétonnement et Tadmiration de nos contemporains eux-mêmes; et l'art ne saurait à coup sûr imaginer de spectacle plus grandiose que celui d'un transatlantique de 150 yards de long, pesant avec son chargement 5 ou 6,000 tonnes, lorsqu'il prend le large, poussé par des machines dont la puissance équivaut aux forces réunies de plusieurs milliers de chevaux. Rien n'est plus capable de faire naître un sentiment de crainte respectueuse qu'un colosse immense comme les grands cuirassés d'aujourd'hui pesant de 8,000 à 10,000 tonnes, mus par des machines à vapeur de la force d'autant de chevaux, portant des canons dont le projectile traverse des masses de fer de 20 pouces d'épaisseur, et possédant, quand ils marchent à vitesse moyenne, une puissance de choc suffisante pour élever 35,000 tonnes à un pied de haut.
Bien plus énorme encore que le Monarch est ce monstre construit trop tôt, ce Great-Eastern (pi. XVI), long d'un huitième de mille, et dont les machines à vapeur font le travail d'un haras de 45,000 chevaux.
Ainsi nous voyons se réaliser littéralement les prédictions d'Olivier Evans et de John Stevens; à bientôt peutêtre l'accomplissement de cette poétique prophétie, que chantait, il y a plus d'un siècle, le poète Darwin, alors que les inventions de Watt étaient à peine connues :
Bientôt nous te verrons, ô vapeur indomptée, Pous&er le lourd navire et le chariot poudreux, Et, prenant vers le ciel ton vol audacieux, Porter Thomme, ton maître, au soin de Pempyrée,