CHAPITRE III
DU MYSTICISME ET DE LA THÉURGIE DANS LEURS RAPPORTS AVEC L'ÉTIOLOGIE ET LA THÉRAPEUTIQUE
Si, par l'apparition d'une maladie interne ou à l'occasion d'une épidémie, chacun, lorsque régnait le mysticisme médical, se croyait puni par les divinités outragées, ou sous le coup d'une attaque des génies du mal, démons ou esprits infernaux, on essayait de recouvrer la santé en se rendant les dieux favorables par des prières, des offrandes, des sacrifices, etc Mais il arriva que ces prières ne furent pas entendues* des dieux, ce qui donna l'idée de les faire implorer par les hommes renommés par leur sagesse et leurs vertus. Ceux-ci formèrent des adeptes, et devinrent ainsi les intermédiaires entre la Divinité et les hommes; ils s'attribuèrent, en outre, la mission d'expliquer les songes.
Malade, victime de la colère des dieux ou des esprits infernaux, l'homme croyait que le rêve cachait un avertissement ou une menace pour l'avenir, et, soit qu'il ait eu naturellement son rêve ou que les prêtres l'eussent provoqué par des narcotiques, il attendait des ministres des dieux l'oracle qui devait le guérir ou le condamner à d'éternelles souffrances.
Chez tous les peuples primitifs, les songes ont élé considérés comme des symptômes, et c'est de la théurgie ancienne que l'idée a passé en médecine, sans y rester, car la science moderne n'ajoute plus qu'une très-médiocre importance à ce phénomène.
§ Ier. — DES SONGES.
Toute l'antiquité, dit M. Renouard {Histoire de la médecine, 1. 1, p. 90), a eu foi dans les songes, et chacun pensait que la Divinité usait de ce moyen pour se mettre en rapport avec les mortels. Les prêtres y croyaient comme les philosophes ou comme les esprits les plus vulgaires, et ils voyaient là, outre la manifestation des volontés du ciel, des indications qu'ils ont exagérées, mais qui ont une certaine importance.
Le livre des songes qui se trouve dans la collection hippocratique, sans être d'Hippocrate, en est la preuve.
On pensait alors que, pendant le sommeil, l'âme, n'étant point
k\ HISTOIRE DE LA MÉDECINE
distraite parles besoins du corps, qui partage son activité, pouvait avoir une pénétration plus grande, qu'elle voyait les choses de l'état physiologique et pathologique, qu'elle entendait celles qui sont du ressort de l'ouïe, qu'elle touchait, marchait, s'affligeait et s'irritait . De là l'idée d'ajouter foi aux songes, le soin de les expliquer, pour reconnaître ceux que les dieux envoient pour annoncer d'avance les biens et les maux dont sont menacés les villes et les particuliers; de là, enfin, la nécessité de recourir à la prière, aux sacrifices ou au régime, pour se défendre et échapper au danger en implorant la clémence du ciel.
C'est ainsi qu'on étudiait les rêves naturels; ou bien on les faisait naître par des impressions provoquées dans la veille, par les lieux, les sensations, les vapeurs, substances et pommades narcotiques.
C'était souvent dans des grottes ténébreuses, des antres profonds remplis de vapeurs d'acide carbonique, d'hydrogène sulfuré, que l'on allait consulter les oracles. On y ajoutait l'influence d'un jeûne prolongé. Tout cela constituait ce qu'on appelait Y incubation.
Les malades avaient des visions représentant les divinités médicales, preuve évidente de la divinité des oracles, corroborée par les guérisons miraculeuses qu'on y voyait se réaliser. De là les pèlerinages aux temples d'Esculape, d'Isis, de Sérapis, qui se montraient quelquefois en songe à leurs adorateurs. On venait dormir dans le temple pour voir en songe le dieu qui devait vous guérir. « Ceux qui vont consulter en songe la déesse Isis, dit Diodore de Sicile (I, 25), recouvrent la santé contre toute attente. »
Plusieurs, dont la guérison était regardée par les médecins comme désespérée, à cause de la difficulté du traitement de la maladie, ont été sauvés de la sorte; et d'autres qui étaient privés tout à fait de l'usage de la vue ou de quelque autre partie du corps, en se réfugiant, pour ainsi dire, dans les bras de la déesse, furent rendus à la jouissance de leurs facultés (A. Mauiy, p. 237). Des inscriptions font foi de ces guérisons, et l'on en retrouve de pareilles en l'honneur d'Esculape et de Sérapis.
En Egypte, en Grèce, partout se faisait l'incubation, et l'on allait à d'immenses distances implorer les faveurs des dieux, soit de ceux que je viens de citer, soit des dieux Sotères, soit de la déesse Ino à Thalames, ou Demithée dans la Chersonèse.
Eu arrivant au temps d'Hippocrate, on peut voir, par le passage suivant, extrait de la collection hippocratique, toute l'importance qu'on ajoutait aux songes à cette époque :
« Voir les morts purs et vêtus de blanc est favorable, ainsi que recevoir d'eux quelque chose de pur; car cela dénote la santé du
corps et la salubrité de ce qui y est introduit. En effet, c'est des morts que viennent les nourritures, les croissances et les semences; or, que cela entre pur dans le corps, c'est une idée de santé.
» Voir le contraire, c'est-à-dire les morts nus ou vêtus de noir, ou non purs, ou recevant quelque chose, ou emportant quelque chose de la maison, est défavorable ; car c'est annonce de maladie : ce qui entre impur dans le corps est nuisible. Il faut déterger par les courses au cerceau et les promenades, par le vomissement, et, à la suite, par une nourriture molle et légère qu'on accroîtra graduellement.
» Voir dans le sommeil des corps de forme étrange et être saisi de frayeur, indique une plénitude d'aliments inaccoutumés, une sécrétion, un flux bilieux et une maladie dangereuse. Dans ce cas on vomira, après quoi on suivra une progression graduelle pendant cinq jours par des aliments aussi légers que possible, qui ne seront ni abondants, ni acres, ni desséchants, ni échauffants; quant aux exercices, on usera surtout des exercices naturels, si ce n'est des promenades après le dîner. On prendra des bains chauds; on se reposera; on se gardera du soleil et du froid. Si pendant le sommeil on croit prendre la nourriture ou la boisson habituelle, cela dénote le besoin d'aliments et l'appétit de l'âme : des viandes dont on rêve les plus fortes indiquent l'excès de besoin; des viandes plus faibles, indiquent un besoin moindre. Manger en rêve est bon comme manger en réalité. Il ne convient donc pas de diminuer les aliments ; car ce signe témoigne qu'il y a grand besoin de nourriture. La signification est la même quand on s'imagine, en dormant, manger des pains où entrent du fromage et du miel. Boire de l'eau limpide est bon signe; tout le reste est nuisible. Tous les objets habituels que l'on croit voir indiquent le désir de l'âme. Tout ce que l'on fait effrayé indique l'arrêt du sang par la sécheresse; il convient alors de refroidir et d'humecter le corps.
» Toutes les fois que l'on se bat, que l'on est piqué ou enchaîné par un autre, cela indique qu'il s'est fait dans le corps une sécrétion contrariant le mouvement circulatoire; il convient de vomir, d'atténuer et de se promener, d'user d'aliments légers, de vomir, et après le vomissement de se nourrir par progression, pendant cinq jours. S'égarer ou monter péniblement a la même signification. Passages de rivières, hoplites, ennemis, monstres à forme étrange, tout cela indique maladie ou délire. Il convient d'user d'aliments légers, mous, en petite quantité, de vomir, et après d'accroître doucement la nourriture pendant cinq jours. Exercices naturels et beaucoup, si ce n'est après le dîner; bains chauds; repas; se gar-
der du froid, du soleil. En suivant les indications que j'ai tracées, on demeurera en sanlé pendant sa vie. Et par moi a été découvert le régime autant qu'un homme peut découvrir avec l'aide des dieux. » (Hippocrate, Du régime, livre IV, ou Des songes, traduction de Littré, t. VI, p. 661.)
Tout ce livre des songes repose sur l'idée que le rêve est l'indice de la bienveillance ou de la menace des dieux, qui donnent la santé ou la maladie, et si ce n'est plus la pensée des médecins, c'est encore, à peu de chose près, celle d'un grand nombre de personnes de notre temps. Dans l'envoi des rêves, Dieu est remplacé par la providence, le destin ou le hasard. Mais c'est toujours un phénomène réputé surnaturel dans lequel on cherche à trouver une signification.
Quand on avait, par l'incubation dans un temple (ce qui est de nos jours remplacé par des pèlerinages ou par les neuvaines) et par la prière accompagnée d'offrandes, interrogé les dieux par l'intermédiaire des prêtres et cherché à se les rendre favorables, il n'y avait plus qu'à attendre la voix de l'oracle.
Des pénitences, des sacrifices et des offrandes, accompagnés de prescriptions hygiéniques et médicamenteuses, étaient ordonnés aux malades, et quelques-uns se trouvaient guéris. Plus tard, la sorcellerie, la superstition et le charlatanisme aidant, vinrent les philtres, les charmes, les amulettes, les talismans, les arcanes, les eaux minérales, la musique, les attouchements, les corrections corporelles, etc. Alors, ce furent des grimoires, des paroles magiques, des exorcismes, la torture et le bûcher.
Quand, ainsi que cela s'observe souvent, l'épilepsie ou la folie venait à se transmettre par imitation, par une sorte de contagion morale, on supposait que le démon passait du corps des possédés dans celui des nouveaux malades. C'est de la sorte qu'on tenta de guérir le malheureux roi Charles VI, tenu pour possédé.
Juvénal des Ursins nous apprend qu'un prêtre, nommé Yves Gilemme, et trois autres personnes, accomplirent de vains efforts pour faire passer le démon dont était tourmenté le monarque dans le corps de douze hommes qu'on avait cru devoir enchaîner, par mesure de précaution. N'ayant pu y réussir, les exorcistes alléguèrent pour excuse que ces hommes s'étaient couverts du signe de la croix. D'autres moyens n'eurent pas plus d'effet, et chacun sait qu'on en fut réduit à user pour Charles VI d'un remède moins chrétien, celui d'Odette de Champdivers (A. Maury).
Il y eut aussi des saints qui avaient la vertu de guérir la possession. On institua des pèlerinages en leur honneur, et là l'acte de
foi était associé à des pratiques médicales, telles que le jeûne et les purgations. On y entendait de la musique d'église. Ce moyen était ce qu'on recherchait au pèlerinage de saint Guy pour obtenir la guérison de la chorée.
La rage était guérie par l'attouchement de l'étole de saint Hubert, aidée d'une forte cautérisation.
Des immersions froides étaient ordonnées aux pèlerins atteints d'aliénation mentale et de folie.
Enfin, de nos jours, dans l'homœopathie, ce sont des vertus miraculeuses de la matière, et son énergie en raison inverse de sa quantité, c'est-à-dire de véritables propriétés occultes, qui sont considérées par quelques mystiques comme devant guérir toutes les maladies.
Ce n'est pas assez d'avoir fait connaître toutes les pratiques de la théurgie, de la démonomanie et du mysticisme médical, depuis les temps les plus reculés de l'histoire jusqu'au temps où nous vivons.
Leur persistance est un fait qui ne saurait exister sans cause, et dès qu'on y réfléchit, on voit qu'il y a ici un élément moral à découvrir, dont l'existence explique pourquoi les doctrines théurgiques et les causes occultes ont pris une si profonde racine dans la pensée de l'homme, pourquoi elles trouvent et trouveront toujours de nombreux disciples.
Dans cet assemblage de choses sacrées et profanes, respectables ou ridicules, innocentes ou cruelles, honorables ou deshonnêtes, dont le tab'eau constitue en quelque sorte l'histoire du merveilleux et du surnaturel en médecine, l'esprit humain trouve une leçon dont il doit savoir tirer parti.
Pour mon compte, je me reprocherais de passer sous silence cet enseignement de l'histoire, et je veux m'en servir pour démontrer les rapports de ce mysticisme avec la civilisation, avec la politique, avec les croyances religieuses, et plus encore, avec ces facultés personnelles de l'homme qu'on appelle la religiosité et l'imagination.
Je l'ai déjà dit, la magie des Chaldéens et des Égyptiens, la théurgie de la Grèce et de Rome, la théurgie chrétienne, la démonomanie et la sorcellerie du moyen âge, les puissances occultes du magnétisme, le somnambulisme médical, l'homœopathie, le spiritisme moderne, etc., représentent, avec le polythéisme antique, le christianisme devenu superstitieux, et la physique moderne, l'influence multiple de la théocratie, de la superstition païenne, du mysticisme scientifique, de l'ignorance populaire et de la science.
Mais la théocratie n'est possible, et le mysticisme religieux ou profane ne peuvent exister que par suite de cette disposition innée
qu'on appelle Y imagination, et qui, en tons lieux, chez tous les peuples, est partout la source des créations poétiques. La forme et l'objet du merveilleux varient, mais non le merveilleux ; et, en médecine, si la théocratie favorise le développement de la théurgie et de la démonomanie, le merveilleux se retrouve sous forme de sorcellerie, de magie ou de magnétisme, dans les gouvernements libres de quelques républiques. 11 existe même chez ceux qui, en dehors des influences religieuses ou sceptiques, n'en croient pas moins aux esprits et aux propriétés occultes de la matière, ainsi qu'à leur influence sur la santé.
A côté des premiers mages et des prêtres médecins, il y a le magicien, l'oracle, le sorcier, le devin, le somnambule, le magnétiseur, avec cette différence que la foi pure et désintéressée des premiers disparaît chez les autres, et est remplacée par le plus avide et le plus effronté charlatanisme. Partout c'est l'imagination etl'amour du merveilleux qui font les frais du culte et qui servent de base à la doctrine : sans elle, point de prosélytisme, point d'adeptes et point de succès ; par elle, au contraire, des fervents sectaires et des miracles pour entraîner la conviction des incrédules.
Qu'est-ce donc que l'imagination? Quels sont ses rapports avec la religiosité innée de l'homme? Comment peut-elle servir de base à certaines pratiques médicales ? Quelle est donc son influence sur la santé et la guérison des maladies? Je vais le dire, et c'est là renseignement que fournit au médecin l'histoire de la théurgie et du mysticisme médical.
§ IL — de l'imagination.
L'imagination (de imago, image) est cette admirable faculté de l'esprit humain en vertu de laquelle l'homme découvre dans sa pensée des images 'particulières étrangères aux sensations présentes.
L'animal raisonne, l'homme seul peut imaginer. Ce sont, chez les uns, des images coordonnées, réelles, comme elles le sont dans la nature; chez les autres, des images abstraites; ailleurs, enfin, des images bizarres et sans ordre, comme dans le délire et dans les songes. Mais partout c'est une réminiscence ou une création de l'esprit. Chose singulière, c'est par cette faculté que se révèlent à la fois le génie et la folie. Par elle, se soutient l'espérance, cette grande consolation des malheureux; et sans elle, on peut dire sans rien exagérer, la vie n'est que la plus amère des déceptions. C'est elle qui dirige les premières pensées de l'enfant dans ses jeux, qui
crée les plus nobles passions de l'homme, et qui, en même temps qu'elle lui ouvre la porte des maladies, lui fournit aussi le plus surprenant des moyens de guérison.
L'imagination, qui varie avec l'âge, est très-vive dans l'enfance. C'est à ce point que les anciens Grecs supposaient que les regards d'une personne étrangère avaient le funeste pouvoir de faire maigrir et dépérir les enfants à la mamelle, et qu'ils soustrayaient ceux-ci à Y œil de V envie et à l'haleine des personnes qu'ils supposaient capables de les infecter. Ils essayaient même de prévenir ces dangers en mettant au cou des enfants une balle d'or ou d'argent pourattirer les regards et les détourner de la figure. (Virez, Imagination, p. 24. Dictionnaire des sciences médicales.)
Sa vivacité est différente selon le sexe, selon le climat et selon le régime. Tout le monde sait que dans les pays de l'Orient, où règne une température élevée, où la nourriture est peu abondante et où le jeûne est facile, l'imagination s'exalte au plus haut degré, favorise les extases poétiques et engendre ces illusions sensoriales dont l'histoire nous conserve le souvenir.
L'imagination a un pouvoir immense, non-seulement sur la conservation de la santé, mais encore sur l'apparition des maladies et sur leur guérison. Charron l'a dit (De la sagesse, XVIII) : « L'imagination est une puissante chose... Ses effets sont merveilleux et étranges.-.; elle fait perdre le sens, la cognoissance, le jugement, fait devenir fol et insensé..., fait deviner les choses secrètes et à venir, et cause les enthousiasmes, les prédictions et merveilleuses intentions, et ravit en extase, réellement tue et fait mourir. Bref, c'est d'elle que viennent la plupart des choses que le vulgaire appelle miracles, visions, enchantements. Ce n'est pas le diable, ni l'esprit, comme il le pense, mais c'est l'effet de l'imagination, ou de celle de l'agent qui fait de telles choses, ou du patient et spectateur qui peut voir ce qu'il ne voit pas. »
On sait, en effet, que la frayeur des épidémies dispose tout particulièrement à l'apparition du mal ceux qui en redoutent vivement les atteintes, et que les médecins ne traversent si impunément les contagions que parce qu'ils n'en ont pas peur. L'appréhension d'une maladie la fait quelquefois apparaître par suite des effets de la concentration de la pensée sur l'organe qu'on suppose malade et qui ne l'est pas encore.
De cette disposition d'esprit résulte, dans cet organe, un afflux de sang suivi de la maladie analogue ou semblable à celle qu'on redoutait. C'est ainsi que les étudiants en médecine, qui craignent une maladie de cœur ou une carie vertébrale, ont des palpitations
fort incommodes ou un notable affaiblissement des membres inférieurs, avec des fourmillements paraplégiques.
On cite le fait d'un Esquimau qui, ayant perdu sa femme, éprouva un si ferme désir d'allaiter son enfant, que du lait se forma dans ses mamelles et qu'il essaya de nourrir au sein (Revue Britannique, ¥ série, t. XVI, p. f>w2). Ce fait, qu'il ne faut accepter qu'avec réserve, a été réellement observé cbez la femme encore vierge. Il a été plusieurs fois constaté chez les jeunes filles qui ont essayé de se substituer à une mère qui venait de mourir. En donnant leur sein vide, la succion de l'enfant y faisait venir du lait.
Le mysticisme religieux produit des phénomènes analogues, sinon semblables, et parmi eux, les plus étranges sont ceux qui sont connus sous le nom de stigmatisations.
L'exemple le plus frappant est celui de saint François d'Assise. « Ce religieux était arrivé à la fin de sa carrière, après avoir vu réussir tous ses projets. Il avait obtenu du pape HonoriusIII la confirmation de l'ordre fondé par lui, pour les deux sexes; il avait inauguré une règle nouvelle, qui était regardée comme la conception la plus parfaite qu'on eût jamais eue de la vie monastique. Satisfait d'une tâche si glorieuse, il s'était démis du généralat entre les mains de Pierre de Catane, pour ne plus songer qu'à son salut . Il se retira, en conséquence, dans une solitude de l'Apennin, entre l'Arno et le Tibre, non loin de Camaldoli et de Yallombrosa, et fixa sa retraite sur une montagne appelée l'Alverne, que lui avait abandonnée le propriétaire, un seigneur du pays, nommé OrlandoCataneo : là, dégagé de tous les devoirs et de toutes les préoccupations de la vie pratique, il se livrait sans mesure aux rigueurs de l'ascétisme le plus sévère et méditait incessamment en Dieu.
Des extases s'emparaient de temps à autre de son esprit, et le rendaient de plus en plus indifférents aux objets de la terre. Les macérations, les abstinences se succédaient chez lui sans relâche. Parmi les carêmes surérogatoires qu'il s'était imposés, se trouvaient les quarante jours qui séparent la fête de l'Assomption de celle de saint Michel. Exténué par le jeûne et s'abîmant une fois dans les élans de la prière la plus ardente, il crut entendre Dieu qui lui ordonnait d'ouvrir l'Évangile, afin que ses yeux pussent y lire ce qui serait le plus agréable à son créateur. Frappé de cet avertissement divin, saint François remercia Dieu dans une nouvelle prière qui dépassait encore en ferveur celles auxquelles il se livrai! depuis le commencement de ce carême. « Ouvre moi le livre sacré », dit-il au frère Léon, qui l'avait suivi dans sa retraite. Trois fois cette épreuve fut faite, et trois fois le volume s'ouvrit à la passion
de Jésus- Christ. Le saint crut reconnaître là un ordre de pousseï son imitation de la vie du Sauveur plus loin qu'il ne l'avait encore fait. Sans doute, il avait imposé silence à la chair, par la mortification, et crucifié son esprit et ses désirs, mais il n'avait point encore soumis son corps au supplice de la passion, et c'était le supplice que Dieu lui prescrivait en lui montrant du doigt le récit de l'Évangile.
Après cette épreuve, le solitaire n'eut plus qu'une pensée - le crucifiement de son divin Maître. Il en passa et repassa en esprit les douloureuses phases, exaltant davantage son imagination à chaque raison. En même temps qu'il exténuait son corps par un jeûne prolongé, il travailla à évoquer en lui le tableau émouvant du Sauveur sur la croix.
, Dans ses visions, il était tellement absorbé par la contemplation du Dieu souffrant, qu'il perdait conscience de lui-même, et se trouvait transporté dans un monde surhumain. Le jour de l'Exaltation de la croix, se livrant plus encore que de coutume, en raison de la solennité, à une de ces contemplations extatiques, il crut voir un séraphin ayant six ailes ardentes et lumineuses descendre rapidement de la voûte des cieux et s'approcher de lui. L'esprit évangélique soutenait entre ses ailes la figure d'un homme, les pieds et les mains attachés à une croix. Lorsque le saint assistait à ce spectacle miraculeux avec une onction et un étonnement profonds, la vision s'évanouissait tout à coup. Mais le pieux anachorète en avait ressenti un contre-coup étrange, et toute son économie était demeurée profondément troublée. Il éprouva surtout aux pieds et aux mains des sensations douloureuses qui firent bientôt place à des ulcérations, à des espèces de plaies qu'il considéra comme les stigmates de la passion du Christ.
Ce miracle eut un immense retentissement. Rien n'était plus fait pour frapper des imaginations avides du merveilleux, et fortifier la vénération profonde que ce saint personnage excitait par ses travaux et ses vertus. Le pape proclama les stigmates de saint François un don miraculeux de la grâce, et les chrétiens tinrent le prodige pour une démonstration péremptoire du mystère de la Rédemption, à raison surtout de cette circonstance que les stigmates avaient été imprimés au saint jour de l'Exaltation de la croix.
L'allégresse que causa le miracle fut surtout grande chez les franciscains. C'était le triomphe de leur ordre; ce prodige donnait une preuve éclatante de l'amour infini de Jésus-Christ pour leur fondateur, puisqu'il l'avait choisi pour offrir sur la terre une image visible de sa divinité. Il y eut donc désormais pour les religieux mendiants deux passions, celle de Jésus-Christ et celle demain
François. Ou vit un gardien des cordeliers de Reims, le père Lanfranc, faire inscrire au fronton de son couvent : Deo homini et beato Francisco, utrique crucijixo : « A l'IIomme-Dieu et à saint François, tous deux crucifiés. » (Maury, Magie, p. 349.)
D'autres moines, Philippe d'Acqueria, Benoît de Reggio, Charles de Saeta; Dodo, de l'ordre des Prémontrés; Angèle del Paz, de Perpignan; Nicolas de Ravenne, sainte Catherine de Sienne, etc., eurent le même avantage, et rêvant sans cesse aux souffrances de la passion, en virent les stigmates se montrer sur leurs corps. Une fois répandue, la nouvelle de ces stigmatisations en fit paraître d'autres dans les cloîtres du xve siècle. Mais des variations se produisirent. Sainte Catherine de Raconisio et quelques autres eurent sur le front ]es stigmates de la couronne d'épines. D'autres éprouvèrent les douleurs de la flagellation et en conservèrent les marques, complétant ainsi dans leurs extases toutes les douloureuses circonstances de la passion. Ce fut une véritable épidémie, et pendant près d'un siècle on ne parlait que de semblables miracles. Ils se reproduisirent jusqu'au siècle dernier.
Des phénomènes semblables à ceux de la stigmatisation ont été obtenus en d'autres circonstances. Ainsi on a vu desindividus s'imaginer en rêves recevoir des blessures, des coups, être frappés de maladies, et avoir au réveil, ou quelques jours après, les stigmates de ces contusions sur les parties qu'ils supposaient atteintes, ou les symptômes de la maladie rêvée. L'histoire nous apprend que les solitaires de la Thébaïde et quelques visionnaires faisaient voir sur leur peau les marques rougeâtres laissées par le fouet du démon ou de l'ange qui les avait châtiés. On sait aussi que les malades lutines dans le sommeil par le succube montrent sur le corps des taches violacées que les auteurs de démonologie ont appelées sugillationes, stigmates qui, dans les procès de sorcellerie, servaient à établir le fait de la pression démoniaque.
Burdach dit qu'on a vu une tache bleue sur le corps d'un homme qui venait de rêver avoir reçu une contusion.
Le docteur Marmisse, de Bordeaux, rapportait, dans Y Union médicale de 1862, le fait curieux que voici : Une dame, souffrante déjà depuis quelque temps, eut besoin d'être saignée. Sa femme de chambre, qui lui était très-attachée et qui la soignait très-assidûment, assista à cette petite opération; elle en ressentit une émotion si profonde, qu'au moment où le praticien enfonçait sa lancette dans le bras de la malade, la servante éprouva au pli du coude le sentiment d'une piqûre, et vit, peu de temps après, apparaître une petite plaie dans cet endroit.
Le docteur Elliotson a recueilli un assez grand nombre de faits, dans lesquels l'attention concentrée sur une partie du corps y a fait naître de la douleur. Ainsi, les hystériques, dont les fonctions périodiques sont supprimées, ont souvent des hémorrhagies par les divers organes sur lesquels elles portent leur attention.
Un travail matériel dans l'économie peut donc s'opérer sous l'influence des préoccupations de l'âme, et, selon, le degré de cette influence, la chair en garde les traces apparentes. Ces faits sont de la plus haute importance, et ils justifient parfaitement la croyance populaire sur le rapport des préoccupations de la femme enceinte et des taches qui se produisent quelquefois sur le corps de l'enfant.
Si la pensée agit sur la matière, elle agit encore plus sur la sensation; delà les hallucinations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat des extatiques dans leurs rapports avec Dieu, les sensations du toucher qui leur fait croire qu'elles sont enlevées de terre, et les ravissements qu'elles éprouvent de leur commerce avec Jésus-Christ. Cette influence de l'imagination sur la vitalité des organes, sur leurs fonctions et sur les sensations, est telle, qu'on a vu le trouble de cette faculté être suivi d'une mort immédiate. En voici un exemple. En 4784, dans un rapport de Bailly sur le magnétisme, ce philosophe attribue les crises nerveuses magnétiques à l'imagination. A ce sujet, il rapporte l'anedocte suivante. En 4750, à Copenhague, voulant éprouver les effets de l'imagination sur le corps, quelques médecins obtinrent qu'un criminel, condamné au supplice de la roue, périrait par un moyen plus doux, tel que l'hémorrhagie. Après l'avoir conduit, les yeux bandés, dans la pièce où il devait mourir, on piqua le patient aux bras et aux jambes et l'on simula un bruit d'écoulement de liquide. Bientôt le condamné fut pris de syncopes, de sueurs froides, de convulsions, et il mourut au bout de deux heures et demie... Or, il n'y avait pas eu de saignée; de simples piqûres, sans hémorrhagie, avaient été faites aux bras et aux jambes, et l'eau s'écoulant de quatre robinets ouverts simulait le bruit du sang tombant dans un vase. La mort de ce malheureux fut donc l'effet des troubles de son imagination. (L. Figuier, Histoire du merveilleux, t. III, p. 844.)
Les maux enfantés par les troubles de l'imagination ne sont rien en comparaison des bienfaits qu'elle procure ; ses guérisons sont innombrables, et là où elle ne peut guérir, elle apporte du moins le bonheur, la joie et la douce espérance d'une amélioration prochaine.
Contentement passe richesse, dit avec raison le proverbe, et cela est bien vrai, car il suffit souvent d'avoir confiance en celui qui
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peut guérir, pour cire soulagé ou guéri. En médecine, comme ailleurs, la toi est une force dont la puissance est sans limites et fait des miracles. Les incubations dans les temples, les paroles magiques, les charmes, les grimoires, les philtres, les arcanes, les talismans, les nombres, les amulettes, les terreurs morales, les attouchements royaux, ceux d'un prêtre, d'un oracle ou d'un médecin en sont la preuve; et les malades qui croient fermement à ces influences sont, dans beaucoup de cas, bien près d'être guéris.
Profanes ou sacrés, tous les pèlerinages et toutes les pratiques du mysticisme médical produisirent des merveilles.
C'est ainsi que le simple toucher du roi guérissait les scrofuleux; que les exorcismes faisaient disparaître les attaques convulsives chez les malheureux qui en étaient atteints.
C'est pour la même raison que la main d'un mort appliquée sur des écrouelles les a fait guérir (Van Helmont et Bayle) ; que Pyrrhus, roi des Epirotes, avec son pied, obtenait des guérisons miraculeuses (Tacite).
Hertwig (Obs. médic.) rapporte qu'un médecin ayant donné à un paysan une ordonnance écrite pour avoir une purgation, lui dit : Vous prendrez cela. Notre homme, rentré chez lui, se met au lit, avale le papier, qui le purge fortement, et peu après il revient dire au médecin que sa purgation i'a guéri.
Des guérisons ont même été obtenues par le simulacre des exorcismes.
Une prétendue possédée faisait beaucoup de dupes au temps d'Henri III. Amenée devant lévêque d'Amiens, celui-ci ordonna à un laïque de se vêtir d'habits sacerdotaux, et de feindre de l'exorciser sur les Évangiles; mais on lut en place les épîtres de Cicéron. Ce diable, qui ne se doutait pas de la ruse et ne connaissait pas le latin, s'agita avec violence, comme s'il eût déjà ressenti les tourments de l'enfer. Le voilà donc conjuré par l'incrédule Cicéron, comme par les plus saints apôtres.
Les pèlerinages produisirent aussi des merveilles, et cela dans toutes les religions. Ainsi, à Cachemire, on conserve précieusement trois poils de la barbe de Mahomet qui accomplissent des cures miraculeuses chez les nombreux pèlerins qui viennent chaque année implorer la relique du grand prophète.
Moi-même, qui n'ai guère de prétention à passer pour sorcier, ni pour un envoyé céleste ou pour un prophète, j'ai fait des miracles, et il m'est arrivé de guérir des malades qui ont eu l'immense avantage d'avoir en moi une confiance illimitée. En 1849, lorsque j'étais chef de clinique à l'Hôtel-Dieu, on m'ap-
porta une petite fille de onze ans, nommée Louise Parquin, qu'une frayeur excessive, causée par une tentative de viol, avait rendue muette et paralytique des quatre membres. Cette enfant venait de la province. Pendant deux mois, tout avait été mis en œuvre par les médecins de la localité et des environs, mais tout était resté infructueux. Désespéré, le père voulut amener son enfant à Paris. Celle-ci, qui n'entendait, parler de la grande ville, de ses grands médecins et de l'Hôtel -Dieu que d'une façon pompeuse, pour elle plus saisissante en raison de son âge, arriva pleine de foi à l'Hôtel-Dieu pour y chercher la guérison. Le soir, je la vis muette et paralytique, et fâché de trouver une infirme dans un hôpital, je ne fis aucune prescription. Elle était encore dans le même état le lendemain matin. J'ajournai tout traitement. Dans la journée, elle commença à parler ; le jour d'après, elle commençait à remuer les jambes ; et le troisième jour, elle marchait dans les salles, complètement guérie : sa foi l'avait sauvée. Une impression morale vive, de nature différente, lui avait, à quelques mois de distance, enlevé et rendu l'usage de la langue et des membres.
J'ai vu une fille hystérique et frappée depuis quelques mois d'une paralysie des membres inférieurs qui avait résisté à tout traitement, On lui annonça qu'on allait la guérir par la cautérisation du dos avec le fer rouge. Au jour fixé, assise nue devant le brasier où chauffaient les fers, on prit un cautère froid dont on se servit pour toucher la colonne vertébrale. Aussitôt la jeune fille, qui n'avait rien vu, pousse des cris de douleur comme si on l'avait brûlée, et, faisant des efforts pour échapper à cette cautérisation imaginaire, se lève, se sauve comme si elle avait du feu dans les reins.
A ces récits je veux enjoindre un autre, non moins curieux, et dans lequel un simple effort d'imagination, l'espérance de guérir, a fait le miracle de la disparition subite d'une paralysie.
On le trouve dans la Revue britannique et dans le charmant livre du baron Feuchtersleben {Hygiène de Vâme, 1854, p. 33).
Un médecin anglais, le docteur Beddoës, croyait que l'oxyde nitreux était un spécifique certain contre la paralysie. Davy, Coleridge et lui se déterminèrent à tenter une expérience sur un paralytique de bonne maison, abandonné par les médecins. Le patient ne fut point averti du traitement auquel on allait le soumettre. Davy commença par placer sous la langue de ce malade un petit thermomètre de poche, dont il se servait dans ces occasions pour connaître le degré de chaleur du sang, degré que l'oxyde nitreux devait augmenter. A peine le paralytique eut-il senti le thermomètre entre ses dents, qu'il fut persuadé que la cure s'opérait et que l'instru-
ment merveilleux qui devait le guérir n'était autre que le thermomètre : « Ah! s'écria-t-il, je me sens mieux. » Davy adressa un regard expressif à Beddocs et à Coleridge. Au lieu du spécifique, on se contenta du thermomètre, qui, pendant quinze jours consécutifs, fut placé avec toute la solennité convenable sous la langue de ce pauvre homme, dont les membres se délièrent, et dont la santé renaquit, dont la cure fut complète, et auquel on ne fit subir aucun autre traitement. Si Davy n'eût pas entouré d'un certain mystère son expérience, s'il avait négligé la partie dramatique de son art, s'il avait dit au patient : Voici un thermomètre qui doit servira tel usage, le malade serait resté paralytique, et le traitement par l'oxyde nitreux aurait peut-être entraîné la mort.
§ III. — DE L'IMITATION DANS SES RAPPORTS AVEC LA PRODUCTION ET LA GUÉRISON DES MALADIES.
A l'influence de l'imagination qui crée les maladies et qui les fait disparaître, il faut, pour bien comprendre tout ce qui est relatif à l'histoire de la théurgie et du mysticisme médical, et des qualités thérapeutiques occultes accordées à la matière, tenir compte d'une autre disposition de l'esprit, qui exerce une action tout aussi réelle tant sur la production des maladies que sur leur propagation et sur leur guérison : je veux parler de l'imitation. On ne tient pas, en toute chose, à faire comme son voisin, mais un sentiment irrésistible y pousse l'individu, et, en bien comme en mal, chacun, plus ou moins, fait instinctivement ce qu'il voit faire. L'imagination n'y est pour rien, et la pensée subjugée impose aux organes la reproduction involontaire des actes accomplis par un autre. Comme l'imagination, l'imitation est la source d'un grand nombre de maladies, surtout des névroses convulsives et mentales, mais il faut dire aussi qu'elle peut être l'instrument de leur guérison.
« La vue des angoisses d'aultrui m'angoisse matériellement, et a mon sentiment souvent usurpé le sentiment d'un tiers ; un tousseur continuel irrite mon poulmon et mon gosier. » (Montaigne.)
C'est dans l'humanité l'histoire de Panurge et de ses moutons : « Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les autres moutons, criant et bellant en pareille intonation, commencèrent soy jecter et sauller en mer après à la fde. La foule estoyt à qui premier y saulteroyt après leur compaignon. Possible n'estoyt de les en guarder. Comme vous scavez estre du mouton le naturel toujours suivre le premier quelque part qu'il aille. » (F. Rabelais, Pantagruel, liv. IV, chap. vin.)
L'imitation produit toutes les névroses, et à ce titre il n'est pas surprenant qu'elle ait produit les épidémies de folie suicide, de convulsions, de démonomanie, de lycanthropie, etc., dont l'histoire a gardé le souvenir.
Ce n'est pas seulement de nos jours qu'on a constate 1 influence de l'imitation sur la production et la guérison des maladies.
En effet, deux cents ans avant la guerre de Troie, on vit les filles de Prcetus en proie à des attaques d'hystérie, qui erraient à travers les campagnes, se croyant changées en génisses ; bientôt, la maladie se propageant, ce fut une véritable épidémie de lycanthropie parmi les femmes d'Argos. Le berger Mélampe parvint à guérir les filles du roi. Ayant remarqué que ses chèvres se purgeaient en mangeant de l'ellébore, il eut l'idée d'en faire prendre à ses malades.
Ensuite, pensant qu'une grande fatigue musculaire ne ferait que compléter la cure, il les fit poursuivre à outrance par de jeunes garçons.
Il obtint ainsi une guérison complète, et bientôt l'épidémie cessa d'elle-même. Prœtus, en récompense d'un si grand service, voulut lui donner une de ses filles en mariage, mais Mélampe n'accepta qu'à la condition que son frère aurait la même faveur et qu'il épouserait une des Prœtides. #
Nous trouvons dans Plutarque le récit d'une épidémie de suicide qui régnait chez les filles de Milet.
Elles avaient adopté un lieu spécial où chaque jour un grand nombre d'entre elles venaient se pendre. Pour arrêter cette triste monomanie, il ne fallut rien moins qu'un édit de la république qui ordonnait d'exposer à nu, en public et la corde au cou, le corps des filles qui se seraient pendues. Les magistrats, en frappant l'imagination populaire de terreur par l'idée d'une profanation, réussirent ainsi à arrêter les suicides qui dépeuplaient leur ville.
A une époque beaucoup plus rapprochée de la nôtre, on a vu un fait du même genre se produire à Lyon ; de nombreuses jeunes filles se précipitèrent dans le Rhône, choisissant toujours le même lieu pour leur suicide.
Un autre fait analogue a existé en Artois. Une jeune fille s' étant noyée dans une mare, celle-ci devint bientôt un lieu de prédilection que choisirent plusieurs jeunes filles qui recherchaient la mort avec une sorte d'avidité.
Dernièrement, il y eut, à la maison de détention de la Roquette, une épidémie de suicide parmi les jeunes détenus. Un enfant, désespéré par la dureté de la discipline, eut l'idée de mettre fin à ses jours ; il parvint à s'échapper de son cachot et se précipita du haut
d'un pont qui conduit à la chapelle, l'eu de jours après, 00 constata un nouveau suicide dans le même endroit, puis un autre, jusqu'à ce qu'enfin on ait conlruit une clôture capable de mettre fin àcette sorte de monornanie.
Tout le monde connaît l'histoire de cette fameuse guérite qu'on l'ut obligé de brûler; car depuis qu'un soldat s'y était brûlé la cervelle, plusieurs de ceux qui y montèrent la garde suivirent ce funeste exemple.
Il en est de même de cette porte des Invalides, où un irrand nombre de vétérans mirent fin à leurs jours depuis que l'un d'entre eux s'y était pendu. On ne put arrêter cette folie suicide qu'en détruisant la porte.
De tous ces faits où l'imitation joue un si grand rôle, on peut rapprocher ceux qui se passaient au moyen âge. L'histoire du vampirisme et de la lycanthropie en offre des exemples curieux.
On voyait des hommes errer dans les forêts, se prétendant changés en loup, ou s'accuser de sucer le sang des enfants et de manger de la chair humaine.
Tous les faits que je viens d'indiquer se sont souvent reproduits, mais il en est de moins connus et qui n'en sont pas moins intéressants.
L'un d'eux, observé après la bataillede Lutzen, aété l'objet d'un curieux contïitentre l'autorité deLarrey et l'omnipotence de Napoléon Ier.
Le lendemain de la victoire, dans le compte rendu du chirurgien en chef Larrey, l'empereur s'aperçut que beaucoup de jeunes soldats, parmi les nouvelles recrues, avaient à la main des blessures qui n'étaient pas ordinaires et qu'il crut n'être pas le résultat du combat. Suspectant là des mutilations volontaires, épidémiques et contagieuses, accomplies dans le but d échapper au service militaire ; encouragé d'ailleurs dans cette funeste pensée, par quelques-uns de ses généraux, il entre en colère, et, pour arrêter le mal à ses débuts par une vigoureuse intimidation, il ordonne de décimer les blessés en fusillant ceux que désignerait le sort. Aussi humain que courageux dans la circonstance, Larrey veut persuader à l'empereur qu'il se trompe, et il insiste avec une telle vigueur, que l'empereur le congédie presque en disgrâce en lui demandant un rapport pour le lendemain.
Larrey se retire et fait le rapport exigé. Il revient alors, sûr de lui-même, certain de faire cesser le mal que veut atteindre l'empereur, sans recourir à aucune violente extrémité. Il attribue à la maladresse et à l'inexpérience des armes ce que l'empereur croyait
être un lâche effet de la préméditation, et il réussit à sauver la vie de ces malheureux soldats.
Le même phénomène de mutilation volontaire s'est reproduit de nos jours en Afrique. Un soldat s'étant fait sauter l'index, il est bientôt imité par un grand nombre de ses camarades. On fut obligé de disperser le régiment. Mais le bruit de ces mutilations s'étant répandu, on les vit, pendant quelque temps, se reproduire dans divers endroits. (Gaz. méd., 1838.)
C'est à l'imitation qu'on doit rapporter aussi tous les phénomènes des convulsions qu'on a observés à Saint-Guy, dans les Gévennes, sur le tombeau du diacre Paris, etc., de même que ceux qui se passaient autour du baquet de Mesmer.
J'ai également publié plusieurs faits très-intéressants de convulsions, dont la cause doit certainement être attribuée à l'imitation. En voici, du reste, quelques-uns que je reproduis ici :
Au mois de juin 1848, à l'époque de nos discordes civiles, lorsque tant d'ouvriers sans ouvrage étaient dans le besoin, le gouvernement provisoire eut l'idée de créer des ateliers nationaux de femmes, où l'on pourrait faire fabriquer les chemises de la troupe moyennant un modique salaire quotidien. Plusieurs ateliers furent ouverts : l'un d'eux fut installé au bout de la rue de Grenelle, dans le vaste manège de M. Hope.
Quatre cents femmes furent installées dans ce manège, dont la quantité d'air fut mesurée et fixée à 5000 mètres cubes, ce qui donnait environ 12 mètres cubes par ouvrière. De vastes fenêtres pratiquées dans la partie supérieure, près du toit, répandaient à profusion l'air et la lumière dans cette vaste enceinte.
La durée du travail était de dix heures, avec un repos de deux heures dans la matinée et un repos semblable après midi. Ce n'était pas là une règle bien pénible, et l'occupation n'était guère fatigante, ni exercée dans de mauvaises conditions de salubrité.
Malgré cela, au bout de quinze jours, on vint annoncer à la mairie que des accidents sérieux, alarmants pour la population, se manifestaient sur le personnel de l'atelier national du manège Hope.
Une des ouvrières perdit tout à coup connaissance, elle pâlit et eut des convulsions toniques et cloniques dans les membres, avec serrement des mâchoires. A l'autre bout du manège, une seconde ouvrière, qui n'avait pas vu la première, éprouva des accidents à peu près semblables; puis ce fut une troisième, successivement d'autres encore, prises çà et là dans cette immense assemblée; si bien qu'en deux heures il y eut trente de ces femmes, jeunes ou âgées, qu'on fut obligé d'emporter loin du manège. On allait les étendre en plein
air, sur L'esplanade des Invalides, alors couverte de gazon ; et malgré l'anleur du soleil et une atmosphère étouffante, sous l'influence
d'un peu d'eau fraîche, tous ces accidents nerveux cessèrent en vingt ou trente minutes, d'après ce qui me fut raconté.
Le lendemain, les malades de la veille revinrent à l'atelier pour reprendre leur travail.; Au bout de quelques heures, l'une d'elles fut de nouveau surprise par une perte de connaissance avec convulsions générales. Il y en eut une seconde, puis une troisième, et les mêmes phénomènes nerveux, à quelques nuances près, se montrèrent sur quarante-cinq personnes, qui furent portées à l'air et couchées surlegazon de l'esplanade. De cenombre, il y r-neut beaucoup qui avaient été malades le jour précédent, mais l'affection nerveuse avait évidemment fait de nouvelles victimes.
Le troisième jour, mêmes accidents sur quarante ouvrières, et la population de ces quartiers ne put assister sans murmure à ce spectacle quotidien d'ouvrières accumulées dans ce vaste atelier de travail, et qui présentaient ainsi des accidents de syncope convulsive, pouvant, par la crainte de la mort, effrayer ceux qui ne sont pas familiarisés avec les malades. Ignorance ou malveillance, ou entendit accuser le gouvernement provisoire de vouloir se débarrasser de ceux qu'il ne voulait pas avoir à nourrir; des menaces de vengeance se firent entendre et arrivèrent jusqu'à la mairie. Elle était "alors dirigée par deux confrères, MM. Dujardin Beaumelz et Des Étangs, qui me donnèrent mission d'étudier ces accidents, pour en faire connaître les causes dans un rapport à M. le préfet de police. C'est ce que je fis auspitôt ; mais je revins pour observer la suite des événements et prendre des notes pécises sur les faits que j'avais signalés.
Je ne vis les malades qu'au troisième jour, lorsque cent quinze d'entre elles avaient déjà été affectées. Plusieurs avaient eu peu de chose. Au moment de ma visite, quelques-unes avaient repris l'usage des sens et ne ressentaient plus rien de leur attaque. Quinze étaient encore à peu près sans connaissance, étendues sur le gazon, au milieu d'une foule immense que ce spectacle avait profondément émue etpassionnée. Toutes avaient le visage naturel ; quelques-unes étaient roides, immobiles, les yeux fermés, avec rigidité des membres, insensibles au bruit, aux odeurs, à la piqûre d'une épingle et le pouls très-ralenti. D'autres avaient des soubresauts du tronc, des secousses musculaires dans les membres, le même ralentissement du pouls et la même insensibilité des organes des sens. Je n'en ai pas vu qui eussent de vraies convulsions, ni les spasmes cyniques de certains cas d'hystérie; aucune n'eut de pleurs ni de suffocation vé-
ritable. Et quand, après avoir repris leurs sens, elles purent me raconter leurs sensations, elles me dirent qu'elles avaient été prises d'étouflement avec fourmillements des membres, de vertiges avec besoin d'air, crainte d'une mort prochaine, et alors qu'elles étaient tombées sans connaissance dans l'état convulsif que je viens de décrire.
Quelques-unes de ces femmes étaient antérieurement sujettes à des pertes de connaissance ou à des attaques d'hystérie, mais il y en eut un grand nombre, et j'ai le regret de n'avoir pu les compter, qui furent prises pour la première fois de ces accidents nerveux.
Ne trouvant rien dans le manège qui pût expliquer ces accidents; aucune mauvaise odeur, pas de chaleur excessive, le sol étant fréquemment arrosé, pas d'insuffisance d'air, puisqu'il y avait 12 mètres d'air par personne en plein jour ; pas d'accumulation d'acide carbonique, puisqu'une allumette brûlait à peu de distance de la terre, je pensai :
1° Que les accidents nerveux observés sur les ouvrières du manège Hope étaient des syncopes convulsives probablement de nature hystérique;
t° Qu'ils étaient le résultat d'une contagion nerveuse;
3° Qu'il fallait renvoyer les ouvrières malades pour empêcher la propagation du mal à d'autres personnes ;
4° Qu'il fallait faire ventiler le manège au moyen d'ouvertures pratiquées dans le bas de la muraille.
Ces conclusions furent adoptées, et la peur du renvoi de l'atelier, l'absence de tout principe contagieux hystérique, ou la ventilation plus complète, firent immédiatement cesser la manifestion des syncopes convulsives.
Des faits du même genre se sont produits en 1861, à l'église de Montmartre, le jour de la première communion, et les syncopes convulsives contractées ainsi sous l'influence d'une émotion morale ont été, pour une enfant, le point de*départ d'une épilepsie fort grave. Ce récit a son importance, comme on va en juger.
Le 9 juin 1861, les enfants de la paroisse de Montmartre étaient rassemblés pour la retraite de la première communion, qui devait avoir lieu le jeudi suivant, 13 du même mois. Il y avait dans l'église cent cinquante garçons et à peu près cent cinquante filles, ce qui pouvait faire cinq cents personnes avec les assistants.
Dès le premier jour, le sanctuaire n'étant pas encombré et nul exercice de piété n'ayant encore surexcité l'imagination des enfants, trois filles furent prises de perte de connaissance et de mouvements convulsifs généraux qui durèrent quelques instants. C'était une syn-
62 HISTOrRE DE LA. MÉDECINE
cope convulsivc. Il en fut de même Mil offices du lendemain, 10, le matin et le soir. Le jour d'âpres, 11, les mômes accidents se reproduisirent sur trois ou quatre autres jeunes filles ; le mercredi 12, les convulsions apparurent encore sur quelques jeunes filles. Les ecclésiastiques, craignant alors de trop exalter l'imagination de ces enfants, prièrent le prédicateur, jusque-là toujours réservé, de ne pas se laisser aller à aucun entraînement de paroles capables d'exciter la terreur ; il n'y eut là, par conséquent, aucune de ces intimidations morales auxquelles on a l'habitude de se livrer pour inspirer 1 horreur du vice en montrant les vengeances du ciel prêtes à punir le pécheur. Malgré ces précautions, le 13, jour de la première communion, au milieu d'une assistance nombreuse, évaluée à trois mille personnes, par une chaleur excessive, bien que toutes les fenêtres fussent ouvertes, douze ou treize jeunes filles furent prises de convulsions avec perte de connaissance; on fut obligé de les emporter hors de l'église. Prises çà et là dans l'assemblée sans se voir les unes les autres, elles poussaient un cri, tombaient en syncope, et se tordaient sur le sol. Chez quelques enfants, l'attaque dura peu ; mais il en est d'autres chez lesquelles la perte de connaissance dura une heure et demie, avec les apparences les plus graves.
Aux offices du soir, une vingtaine d'enfants furent prises comme le matin, avec les mêmes symptômes, durant de quelques minutes à une heure. On remarqua aussi que plusieurs de ces enfants étaient prises pour la deuxième ou troisième fois.
On amena à l'hôpital Sainte-Eugénie une de ces enfants, et dans mes salles j'ai pu l'observer avec soin.
Elle était prise trois ou quatre fois par jour, de céphalalgie, de vertige, de strabisme, suivis de syncope convulsive. Elle tombait n'importe où elle se trouvait, en se frappant avec violence sur le sol et en se faisant de très-fortes contusions. Le visage était rouge, la bouche tordue, écumeuse; il y avait du strabisme, et quelquefois l'enfant se mordait profondément la langue. Elle se débattait avec violence et se roulait comme une possédée sans connaissance, insensible au bruit et à la douleur; ses membres roidis se dressaient et s'abaissaient avec violence, puis au bout de dix minutes les accidents se calmaient pour reparaître avec la même force ou cesser définitivement. Alors l'enfant revenait un peu à elle, restait abasourdie , étonnée, et comme endormie pendant une heure. Les yeux troublés ne voyaient que du feu, et, à la fin de chaque attaque elle disait voir quelque temps devant elle un grand crucifix rouge. Il ne lui restait qu'un peu d'insensibilité aux avant-bras et aux mains.
MYSTICISME MÉDICAL ET TflÉURGIE 63
A l'exception de ces accidents, elle mangeait bien et paraissait en très-bonne santé.
Ces attaques convulsives épileptiformes ont duré près de deux mois et ont été guéries par des lavements de chloroforme administrés trois fois par jour.
Je pourrais multiplier indéfiniment les exemples de névroses dues à l'imitation. Cela est inutile; mais disons, pour compléter le sujet, qu'il est aussi un grand nombre de phénomènes organiques qui sont sous l'influence de l'imagination.
Beaucoup de gens ne peuvent voir vomir devant eux sans avoir des nausées ou sans vomir; c'est ce qui arrive fréquemment à l'occasion du mal de mer dans les traversées pénibles. La toux de coqueluche est, comme sa cause, contagieuse au même degré, et j'ai vu plusieurs fois, dans mes salles de l'hôpital, des enfants malades, des enfants atteints de coqueluche tousser en même temps, dès que l'un d'eux avait donné le signal. Ce n'est cependant pas là une imitation vaniteuse, semblable à celle qui engendre un certain nombre de névroses mentales.
On ne peut voir bâiller quelqu'un sans bâiller soi-même. Le rire amène le rire .
On a vu le hoquet se reproduire par contagion, et, en 1698, à la Nouvelle-France, dans l'hôpital de Villamané, une fille entrée avec le hoquet et les convulsions transmit son mal, au bout de trois jours, à quatre autres filles affectées de maladies différentes. . Des cris, des miaulements se transmettent enfin de la même manière. On en verra la preuve dans le récit suivant.
« M. Nicolle a connu une maison religieuse où se sont produits des faits remarquables.
« C'était une communauté très-nombreuse de filles, lesquelles se trouvaient saisies tous les jours, à la même heure, d'un accès de vapeurs, le plus singulier et pour sa nature et pour son universalité, car tout le couvent y tombait à la fois ; on y entendait un miaulement général par toute la maison, qui durait pendant plusieurs heures, au grand scandale de la religion et du voisinage, qui entendait miauler toutes ces filles. On ne trouva pas de meilleur moyen, plus prompt ni plus efficace, pour arrêter ces imaginations blessées, qu'en les frappant d'une impression qui les retînt toutes et toutes à la fois. Ce fut de leur faire signifier, par ordre des magistrats, qu'il y aurait à la porte du couvent une compagnie de soldats qui, au premier miaulement, entrerait dans le couvent, et que sur-le-champ ces soldats fouetteraient chaque fille qui aurait miaulé.
« Il n'en fallut pas davantage pour faire cesser cette ridicule
scène, car l'imagination de ces religieuses, frappée par la honte qu'elles auraient d'être fouettées par des soldats, les réduisit au parfait silence. » (Naturalisme des convulsions. Soleure, 47:!:>, t. II, p. 30. Extrait de Tissot, t. III, p. -288.)
Des faits d'imitation donnant lieu à de véritables névroses s'observent même chez les animaux. Ainsi, tous les vétérinaires connaissent les faits relatifs à la contagion du tic chez le cheval , et de Yavortement chez les vaches.
Qu'un cheval prenne l'habitude de serrer convulsivement sa mangeoire et d'avoir des éructations, et les autres bêtes du voisinage prendront le même tic.
Il en est de même du tic de l'ours, car un cheval, habitué à remuer sa tête commel'ours blanc, transmet sa mauvaise habitude à ses camarades d'écurie. — On sait, enfin, que dans une étable où plusieurs vaches sont pleines, celle qui avorte provoque quelquefois î'avortement sur toutes les autres places dans le voisinage.
Au reste, si l'imitation est quelquefois l'origine de certaines maladies et l'un des moyens de leur propagation, comme on le voit dans les épidémies de névroses convulsives et mentales, elle peut aussi être l'instrument de leur guérison.
C'est par l'imitation qu'on se guérit dans certains pèlerinages ; et sans contester la réalité des cures de l'épilepsie obtenues à Tain, dans la Drôme, au moyen du galium-album cueilli la nuit de la pleine lune de mai, il y a des cas où la guérison est le fait de l'imagination frappée par le récit de guérisons miraculeuses, et de l'imir tation qui dispose à la répétition du même phénomène. Ces mots, @ù guérit-on ? accueillis avec enthousiasme par les malades, sont souvent pour eux un instrument de salut, et dans les névroses que propage l'imitation, c'est aussi l'imitation de la guérison qui peut faire cesser.