‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 17 sur 119 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Sommaire. — Circonstances qui ont précédé l'apparition du naturisme médical.

— Apparition du naturisme avec Ilippocrate. — Bases du naturisme sur la nature médicatrice. — Sur les crises. — Sur les sympathies et sur la révulsion.

— Transformation du naturisme par Athénée. — Paracelse, Van Helmont , Stahl, Grimaud, Bordeu, Barthez.

Le naturisme représente en médecine l'idée de l'action presciente de la nature dans les actes physiologiques et morbides de l'organisation. C'est l'opposé de la doctrine du supernaturalisme qui attribue tous ces actes à des influences occultes surnaturelles, divines ou démoniaques. La nature envisagée dans ce qu'elle a d'intelligent et d'harmonieux, comme l'ont fait Virgile, Leibnitz, Lecat, Bonnet, Buffon, Kant, etc., est ici la puissance régulatrice des fonctions, soit qu'elle les maintienne dans leur exercice régulier, soit qu'elle veuille les y ramener quand une force supérieure en a modifié le cours.

Voici comme en parlait Virgile :

Dans les veines du monde, une âme répandue, Partout de ce grand corps agitant l'étendue, Remplit les champs de l'air, et la terre, et les eaux; Alimente l'éclat des célestes flambeaux; De son feu créateur à la fois elle anime Les monstres bondissants sur les flots de l'abîme, Et les peuples ailés, et les troupeaux nombreux, Et l'homme, enfin, qui pense et qui règne sur eux.

(Virgile, Enéide, VI, p. 724, trad. Pontanes.)

Butïon n'est pas moins explicite ni moins grandiose dans l'expression poétique et philosophique de sa pensée :

« La nature est le système des lois établies par le Créateur pour l'existence des choses et pour la succession des êtres. La nature n'est point une chose, car cette chose serait tout ; la nature n'est point un être, car cet être serait Dieu, mais on peut la considérer comme une puissance vive, immense, qui embrasse tout, et qui,

subordonnée à celle du premier être, n'a commencé d'agir que par son ordre, et n'agit encore que par son concours ou son consentement. Cette puissance est de la puissance divine la partie qui se manifeste; c'est en même temps la cause et l'effet, le mode et la substance, le dessein et l'ouvrage ; bien différent de l'art humain, dont les productions ne sont que des ouvrages morts, la nature est elle-même un ouvrage perpétuellement vivant, un ouvrier sans cesse actif, qui sait tout employer, qui, travaillant d'après soi-même, toujours sur le même fond, bien loin de l'épuiser, le rend inépuisable; le temps, l'espace et la matière sont les moyens ; l'univers, son objet; le mouvement et la vie, son but. »

On voit ici que la nature n'est plus considérée comme une force occulte, ni comme une influence divine ou démoniaque. C'est tout simplement la puissance régulière des éléments donnant lieu à la série des phénomènes conçus par le divin Maître de l'univers.

Le naturisme ne s'est pas fait jour tout à coup, et il lui a fallu beaucoup de temps pour se reconnaître lui-même. Né de la philosophie spiritualiste des sages et des prêtres de l'Inde, de la Chaldée ou de la Grèce, il s'est révélé par ses actes avant d'êtreformulé dans le langage des médecins, et ce n'est que deux siècles plus tard, après la fondation de l'école d'Alexandrie, qu'on vit apparaître les sectes médicales ayant leurs principes et leurs règles aboutissant à un symbole déterminé.

Préparé en Grèce par la philosophie de Pylhagore, il faut, pour bien comprendre l'importance et la profondeur du naturisme, l'étudier : 1° dans les circonstances qui ont précédé son apparition ; 2° dans son premier développement, sous l'inspiration d'Hippocrate, et enfin 3° dans les transformations successives qu'il a subies jusqu'à notre époque, sous l'influence d'Athénée, de Galien, de Paracelse, de Van Helmont, de Stahl, de Grimaud, de Bordeu, de Barthez, et de tous ceux qui ont vu dans le vitalisme ïa base importante et la plus vraie des doctrines médicales.

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