DE L'APPARITION DU NATURISME
Le naturisme est, comme je l'ai dit, une doctrine dans laquelle le médecin accorde à l'action de la nature la direction de tous les actes physiologiques et morbides de l'organisation; c'est, malgré les affirmations contraires de Daremberg, qui a parlé d'Hippocrate sans le comprendre, le fond de la philosophie médicale du père de la médecine. Il a été assez longtemps après lui appelé dogmatisme par les partisans de la secte empirique, pour indiquer que le raisonnement venait s'ajouter à l'observation.
Mais si le mot dogmatisme appliqué aux doctrines d'Hippocrate et de ses successeurs immédiats, ne signifie rien de plus que l'usage de la raison en médecine, il n'a aucune valeur : car toutes les doctrines prétendent raisonner et dogmatiser, même l'empirisme qui, honteux de son origine, ne veut plus qu'on s'en tienne, comme le faisaient Acron, Philinus de Cos et Sérapion, ses fondateurs, à l'observation pure et simple des faits et au témoignage des sens privés du secours de la raison. Le mot de naturisme, introduit beaucoup plus tard dans la science, et adopté par un grand nombre de médecins, me paraît préférable. Il a l'avantage d'exprimer sans nulle équivoque le principe de la doctrine hippocratique,et la netteté de sa signification me le fait choisir de préférence à tout autre.
Noïïerwv ouaiç ÎY]TY]p. « La nature suffit seule aux animaux pour toutes ces choses ; elle sait d'elle-même ce qui leur est nécessaire, sans avoir besoin qu'on le lui enseigne et sans l'avoir appris de personne Elle est le premier médecin des malades, et ce n'est qu'en
favorisant ses efforts, que l'on obtient quelques succès. » (Traité de l'aliment.) Tel est le principe de la médecine hippocratique et du dogme de la nature médicatrice, corroboré par une foule d'aphorismes ayant la même signification.
Ainsi, l'homme est un être doué de la propriété caractéristique d'être impressionné ou troublé en totalité dès qu'une partie se trouve atteinte, bien différent sous ce rapport du minéral altéré sur un point, et qui reste intact partout ailleurs.
« Le corps vivant est un cercle dont on ne peut trouver le commencement ni la fin. » (Hipp.)
« Tout est commencement et fin. » (Hipp.)
« Dans le corps vivant, tout concourt, tout conspire, pour le même but. » (Hipp.)
« Le corps vivant est un tout harmonique dont les parties se tiennent dans une dépendance mutuelle, et dont tous les actes sont solidaires les uns des autres. » (Hipp.)
« Les différentes parties du corps, quel que soit le siège primitif du mal, se le communiquent de l'une à l'autre ; le ventre à la tête, la tête au ventre, aux chairs, et ainsi du reste. »
Ces principes sont ceux de la doctrine des sympathies physiologiques et morbides, doctrine qui est, comme l'on voit, l'un des plus fermes appuis donnés au naturisme par l'observation et par l'expérience.
Ce n'est pas tout Si le corps vivant est un ensemble régi par une puissance qui préside à tout, qui sent tout et qui manifeste son action partout où il est besoin, quand la maladie est déclarée, la même puissance révèle son énergie en favorisant l'élaboration ou la coction du principe morbifique. Tantôt le phénomène a lieu sans effort, la maladie se termine naturellement par résolution Çkuaiç), tantôt le retour à l'état normal a lieu au moyen d'une manifestation particulière, la formation d'une humeur sécrétée par les voies naturelles ou déposée sur quelques parties du corps. C'est ce qu'il appelait les crises, dogme qui constate avec non moins de certitude que les précédents l'influence de la puissance régulatrice de l'organisation.
A ce dogme se rapporte l'idée des jours critiques ou décrétoires et celle des métastases, lorsque l'humeur fixée sur une partie malade se portait sur une autre partie, en débarrassant la première.
Enfin, en thérapeutique, la même idée fondamentale se montre. Cherchant les indications curatives, Hippocrate pose en principe que le médecin doit être « le ministre de la nature », que « là où tend la nature, il faut en aider le travail », et que, en vertu des sympathies qui unissent toutes les parties du corps vivant pour les rendre solidaires les unes des autres, on peut dans un but curatif provoquer sur un point un travail morbide qui en déplace un autre plus ancien et plus éloigné. Duobus laboribus non in eodem loco fortior obscurat alterum. C'est là le principe de la révulsion.
Ainsi, la nature médicatrice, les sympathies physiologiques et morbides, les crises et les métastases, la révulsion et la dériva-' tion, telles sont les bases du naturisme indiqué plutôt que formulé par Hippocrate, développé par ses fils, amplifié par Galien et ses
successeurs, modifié d'abord par Athénée, plus tard par Paracelse, par Van Helmont, par Stalil, par Bordeu, par Barthez et par un grand nombre de médecins dévoués à la défense du même principe. Malgré les changements et les additions qu'a pu subir la doctrine, malgré sa conversion en pneumatisme, en animisme et en vitalisme, malgré les archées de Van Helmont substituées à l'influence de la nature, le fond est resté, reste et restera le même comme une de ces variétés immuables que l'oubli ne peut jamais ensevelir.
Si nous voulons bien connaître le naturisme, et en approfondir les bases telles que l'observation les fournit, afin de savoir ce qu'il renferme de vérité ou d'erreur, il faut pénétrer plus avant dans l'analyse des faits que j'ai cités, et les justifier ou les combattre par les preuves que donne l'étude des malades. Je vais donc exposer les bases du naturisme, et cela terminé, je commencerai l'analyse des œuvres de tous les médecins illustres, tels qu'Hippocrate, Athénée, Galien, Oribase, Aétius, Alexandre Trallien, Paul d'Égine, Rhazès et les Arabes; Paracelse , Van Helmont, Stahl, Fernel, Grimaud, Bordeu, Barthez, etc., qui ont été les soutiens plus ou moins célèbres de cette remarquable doctrine.
§ Ier. — DE h\ NATURE MÉDIGATRIGE ENVISAGÉE COMME PREMIÈRE BASE
Quand on examine la succession des êtres dans les espèces hominale, végétale et animale, on voit que dans leur court passage sur le globe, chacun d'eux est soumis à l'action d'une double loi de destruction et de réparation.
L'homme n'échappe point à cette loi de l'espèce et des individus. Il vient combler les vides produits par la disparition des générations antérieures, en attendant qu'il disparaisse à son tour. Chez lui tout est sujet à un continuel mouvement d'apport et de départ, et la substance se renouvelle sans cesse. Ce n'est pas seulement un être corporel régi par les seules propriétés de la matière, sa triple nature le sépare des corps inanimés en le rapprochant du monde des esprits. Doué, en tant que vivant, d'une force spéciale pour tous les êtres organisés, il en a de particulières à son espèce pour lui donner la pensée, pour maintenir la forme extérieure de son corps et celle de ses organes; pour régler les métamorphoses de ses tissus, l'exercice et la durée de ses fonctions, etc. — Cette force qui le fait vivre de la vie ordinaire et naturelle, l'assiste dans la soutfrance, lorsque, troublé par une impression morbifique, il lui arrive d'être malade. Conservatrice de la forme et des fonctions normales, elle lutte pour rétablir la structure organique altérée par la maladie. ,Sa présence
se révèle à chaque instant par le travail dynamique et organique qu'elle réalise au sein de son être pour éliminer un poison, un venin ou un corps étranger, pour isoler ou séparer un produit morbide des parties saines qui l'entourent, pour réunir des os fracturés, pour oblitérer une artère largement ouverte, pour absorber les matériaux solides ou liquides d'une inflammation des parenchymes ou des séreuses, pour limiter, par la pétrification, l'accroissement de certains produits morbides, etc. — Il n'est pas de maladie organique dans laquelle on ne découvre la preuve de son existence, soit par des résultats curatifs complets, soit, au contraire, par une simple ébauche, si une influence intempestive est venue l'arrêter dans son œuvre de réparation. (E. Bouchut, Pathologie générale, p. 349.)
Cette puissance si active n'est autre que la nature, et dans l'état normal comme dans les troubles pathologiques, elle se révèle par les plus merveilleux résultats.
Dans les actions physiologiques si harmonieusement préméditées, le consensus et les sympathies ne sont pas autre chose qu'une manifestation impérieusement commandée par la puissance de conservation de l'être.
Les contractions du diaphragme et des muscles du ventre dans l'éternument produit par l'introduction d'un insecte dans les narines, sont bien l'effet d'une propriété des muscles, mais l'éternument ainsi provoqué est un acte réflexe conservateur de l'être, et nécessaire à l'expulsion d'un corps étranger.
L'aspect d'une table bien garnie de mets succulents inonde la bouche de salive. La vue de son enfant fait monter le lait dans le sein de la mère, et cela dans un but qu'il est à peine utile d'indiquer, et si cest une propriété des glandes salivaires ou mammaires de faire du lait ou de la salive, c'est l'effet de la puissance conservatrice des êtres qui fait venir ces liquides, juste à propos, à l'instant précis où ils sont nécessaires.
Un froid modéré engourdit les hibernants, sans menacer leur existence et détruit leur faculté de produire de la chaleur, mais un froid très-rigoureux les réveille, ranime leur calorification pour un moment et les fait périr s'il se prolonge.
Le consensus 'qui maintient la matière des êtres vivants dans des combinaisons différentes de celle d'un cadavre et qui dirige l'ensemble des opérations organiques par la subordination des parties n'est pas contestable.
La force qui préside à leur formation et à leur accroissement ne Test pas davantage.
Donc, il y a une puissance formatrice et conservatrice de l'être dans L'état de santé; mais si cette force révèle sa présence chez
l'homme sain, il est diflicile de croire qu'elle cesse d'agir dans l'état morbide. Comment nier son existence dans ce dernier état, lorsqu'on admet son influence dans le premier?
Les parties malades ne sont-elles pas vivantes comme les parties saines, et si elles sont vivantes, elles dépendent de l'ensemble : d'où la nécessité d'admettre que la force de conservation existe en elles comme dans toutes les autres parties du corps.
La plupart des maladies sont susceptibles de guérir sans traitement, et par la seule influence de la nature. Voilà ce que le médecin doit savoir dès le début de sa carrière, afin de ne pas se faire d'illusions sur la portée de son art, et s'il veut en apprécier exactement les limites. Il évitera de cette manière le double écueil de la crédulité et du scepticisme, si préjudiciable au perfectionnement de la science, si compromettant pour la dignité du médecin et si fâcheux pour la santé des malades.
Quand il devra intervenir, son action, motivée par des indications précises, n'en sera que plus sûre et d'une efficacité incontestable.
Ceux qui sont très-pressés d'agir disent, avec Asclépiade, que le dogme de la nature médicatrice n'est quhme méditation sur la mort.
Le mot est vif, mais ce n'est par bonheur qu'un mot créé par l'ignorance, et auquel l'observation et l'expérience donnent le plus éclatant démenti.
« Si le sage, dit Fr. Bérard (Doctrine médicale de Montpellier, p. 205), faisait comparaître toutes les sectes devant son tribunal et qu'il écoutât avec impartialité les raisons de chacune d'elles, et surtout leurs accusations réciproques, les médecins mystiques (croyant à la colère du ciel dans la production des maladies et les abandonnant aux forces de la nature) auraient peut-être à se reprocher le plus de sottises, mais le moins de crimes; et si les malades étaient appelés comme témoins, ils s'élèveraient moins contre eux que contre les autres. »
Comme l'a dit Bordeu, « la médecine a pour principe une vérité de fait, bien consolante pour les malades et qui est aussi fort utile aux médecins : c'est qu'il est incontestable que sur dix maladies, il y en a les deux tiers qui guérissent d'elles-mêmes, et rentrent, par leurs progrès naturels, dans la classe des simples incommodités qui s'usent et se dissipent par les mouvements de la vie. »
L'homœopathie n'a de succès, ainsi que je l'ai démontré dans
mon exposé des doctrines théurgiques (voyez plus haut, p. 30), que parce que la plupart des maladies aiguës guérissent par l'influence des seuls efforts de la nature : le malade, qui s'imagine prendre un remède lorsqu'il ne prend en réalité qu'une substance inerte décorée d'un nom pharmaceutique, attribue à ce remède illusoire et à la méthode une guérison dont l'honneur revient à la nature.
Il ne faut rien exagérer, ni croire que la nature médicalrice soit de force à contre-balancer l'effet des maladies. Non. Ce serait une erreur qui entraînerait le médecin à cette inaction systématique qu'Asclépiade a si durement qualifiée de méditation sur la mort, et ce n'est pas ainsi qu'il faut comprendre l'action de la force médicatrice. La conception de cette idée n'implique pas le moins du monde celle de la guérison spontanée de toutes les maladies sans l'intervention de l'art.
De ce que rien ne guérit sans l'influence bienfaisante de la nature, il ne s'ensuit pas qu'elle ait pour mission de rétablir toujours et partout l'ordre troublé par une maladie, ni qu'elle ait la force de se suffire à elle-même pour arriver à ce résultat.
Assez puissante dans un grand nombre de cas pour amener seule la transition de la maladie à la santé, la nature a souvent besoin d'aide et de direction dans ses efforts, et c'est à les découvrir que doit s'appliquer tout l'art du médecin.
Quo natura vergit, eo ducendum.
Ailleurs, son travail commencé, mais insuffisant, a été trop faible pour arrêter les progrès du mal et a été arrêté par la fin du malade. Jusque dans l'insuccès éclate sa puissance. La mort l'annonce aux vivants, et il est aussi impossible d'en méconnaître l'action que de nier la puissance qui modèle les contours de l'homme dans le sein maternel et les maintient dans son accroissement, malgré la rénovation de la substance.
Rien n'est, mieux établi que l'action providentielle ordinairement heureuse de la nature médicatrice, et ce que je viens de dire sur les insuccès ne détruit pas le fait principal.
Les parties divisées ou coupées se réunissent ou se reproduisent en formant des tissus normaux ou des organes complets.
L'homme peut reproduire le cristallin enlevé sans sa capsule (Textor, Leroy); tous les os longs enlevés sans leur périoste (Flourens, Blandin, Ollier, etc.).
Il refait la peau divisée, ainsi que les canaux excréteurs de Stenon et de Warthon; il répare ses cordons nerveux (Schwan, Vulpian). Mais c'est surtout chez les animaux inférieurs que l'on voit les plus
merveilleuses régénérations des tissus et des organes. Bonnet a montré que les nàides coupées en vingt ou vingt-six morceaux reproduisaient en quelques jours vingt ou vingt-six nouvelles naïdes, et qu'on pourrait voir douze fois leur tête se reformer après sa section.
La planaire, coupée en deux, forme bientôt deux planaires, sa partie supérieure se reforme, l'estomac et l'anus, tandis que la portion qui n'avait plus que l'estomac refait sa tête.
Les crustacés régénèrent plusieurs fois leurs pattes arrachées.
La salamandre dont on enlève l'œil et dont on coupe le bras, refait un œil et reproduit son bras, avec les muscles, les nerfs, les vaisseaux et les vingt os qui en constituent le squelette.
Le limaçon reproduit ses cornes et même sa tête, etc.
Ailleurs ce sont les forces générales de la vie qui luttent contre les causes de la mort. Ainsi s'expliquent le réveil des hibernants par un froid excessif (Williams Edwards, Des agents physiques sur la vie, p. 247), la résistance des poumons à l'absorption de l'oxygène au delà des proportions, la guérison des maladies héréditaires, c'est-à-dire de l'hérédité par Yinnéité (Prosper Lucas, De Vhérédité naturelle et morbide).
Dans les phlegmasies, à côté de l'obstruction des capillaires du tissu enflammé, il se forme dansl'exsudat fibrineux des vaisseaux de nouvelle formation qui aident à la résorption des produils inflammatoires ou au rétablissement de la circulation capillaire.
Quand un exsudât inflammatoire se change en pus, un travail nouveau le dirige à travers la profondeur des tissus pour l'évacuer au dehors, à travers la peau ou à la surface dune membrane muqueuse; tandis qu'ailleurs la partie liquide du pus se résorbe en laissant un noyau solide qui se réduit de plus en plus avant de disparaître (E. Bouchut, Mémoires de la Société debiologie, 1857).
Une maladie qui produit l'engorgement du système circulatoire général ou local, donne souvent heu à des hémorrhagies supplémentaires qui viennent rétablir l'équilibre.
Des obstacles formés à l'orifice des organes creux, comme l'estomac, le cœur, la vessie, etc., provoquent une hypertrophie compensatrice des parois de l'organe, dans le but de créer une force capable de lutter avantageusement contre le rétrécissement des ouvertures et de favoriser la sortie des liquides à mettre en mouvement.
Lorsque de gros vaisseaux s'oblitèrent et cessent d'être pénétrés par le sang, il s'organise dans le voisinage une circulation collatérale qui rétablit, avec le temps, les fonctions circulatoires dérangée de leur état normal.
Existe-il un corps étranger dans les tissus (balles, aiguilles, morceau de drap, etc.), de deux choses Tune : ou un travail naturel l'enveloppe de capillaires nouveaux qui s'oblitèrent plus tard, forment une membrane d'enveloppe ou un kyste destiné à l'isoler et à protéger les tissus contre lui jusque dans les parties les plus délicates, ou bien il provoque une phlegmasie qui le chasse au moyen de la suppuration.
Dans les maladies, l'œuvre de la réparation se voit partout, et si elle ne réussit pas toujours, quel qu'en soit le résultat, on trouve toujours la trace de son effort.
Dans les plaies que réunit d'une manière immédiate la lymphe plastique, et dans les réunions secondaires où le travail de cicatrisation, pour être moins rapide, n'en est pas moins curieux, quel est l'agent curatif, de la nature ou de l'emplâtre appliqué par le chirurgien ?
Une fracture vient d'avoir lieu, et voilà qu'un suc spécial, déposé entre les extrémités divisées de l'os, sert à leur consolidation avec ou sans le secours du chirurgien ; heureux si l'art intervient pour diriger le travail de la nature, mais la science ne saurait ici avoir d'autre prétention.
Dans tous les produits morbides, cancer, poches hydatiques, tubercules, etc., déposés au sein des tissus, malgré l'incurabilité de la diathèse qui engendre le mal, la nature entreprend encore autour de ces produits un travail de vascularisation destiné à leur enkystement et à leur pétrification. Cela s'observe dans les poumons remplis de tubercules (Natalis Guillot,I)es vaisseaux de nouvelle formation autour des tubercules). Je l'ai constaté autour de tumeurs hydatiques du foie, et chacun sait que les tumeurs fibreuses de l'utérus se remplissent souvent de concrétions calcaires, de façon à suspendre leur développement et à se guérir par pétrification.
Tous les phlegmons aigus de l'ovaire, des annexes de l'utérus et de la fosse iliaque, cheminent à l'extérieur vers la peau, quelquefois dans la vessie ou dans l'intestin, et c'est ainsi qu'ils guérissent sans l'intervention du chirurgien qui ne peut toujours y porter son instrument.
Tous les tissus divisés se rapprochent et se séparent par la reproduction de tissus semblables, et il n'est pas jusqu'aux cordons nerveux divisés qui ne se reproduisent, car, dans certains cas, la paralysie consécutive à une section de nerf se guérit, et dans la cicatrice se retrouvent des éléments nerveux de nouvelle formation.
Il serait trop long d'énumérer toutes les preuves de l'action curalive de la vie que révèle l'observation des malades. Ce que j'ai dit
doit suffire. J'ai montré par un grand nombre d'exemples la réalité d'action d'une force conservatrice de la structure des tissus, de la l'orme des organes, de la régularité iU^ fonctions, et cela par des actes naturels, ayant pour but de détruire, de chasser et d'isoler les produits matériels développés par la maladie. Tout dans ces actes représente la contre-partie des actes morbides; c'est une lutte de la conservation contre la destruction, et il est impossible de ne pas placer à côté de la nature créatrice de l'homme, la nature médicatrice qui le conserve, en remédiant aux maladies qui troublent et abrègent son existence. Cette action bienfaisante de la nature contre les effets de la maladie est aussi évidente que ces effets eux-mêmes, et c'est presque une ingratitude que de vouloir la contester. Il n'est personne qui n'ait des grâces à lui rendre, et à qui elle n'ait rendu quelque bon office.
Les empiriques et les sceptiques, ceux qui font de la vie une simple propriété de la matière, nient énergiquement l'influence providentielle de la nature sur la terminaison des maladies.
Ils disent : Mais tout ne guérit pas par la nature médicatrice. Intelligente comme on l'a supposée, elle ne devrait pas laisser mourir autant de malades, elle ne devrait pas consolider une fracture de travers, ni laisser un membre fracturé se raccourcir, elle ne devrait pas faire ouvrir dans le péritoine un abcès qui entraîne la mort, ni produire l'étranglement d'une hernie, etc.
D'abord, parmi les philosophes qui ont admis le dogme de la nature médicatrice, personne n'a jamais dit, ou seulement insinué que l'influence de la nature fût de force à empêcher de mourir. La destinée humaine est fixée d'avance, et les lois de conservation de l'espèce n'ont d'autre pouvoir que de la préserver ou de la conserver pendant un temps très-court, mais défini. Cette action n'a rien de particulier à l'individu; il ne faut pas se flatter à cet égard; elle n'est pas relative à la maladie en général, telle que nous la comprenons, comme une chose abstraite ; elle est spéciale à un désordre corporel contre lequel elle lutte, et, à ce titre, elle se révèle partout autour des lésions organiques.
Ainsi, un homme a un abcès de la fosse iliaque que la nature pousse à la fois vers l'extérieur et vers le péritoine ; il allait s'ouvrir au dehors, lorsqu'une secousse le fait crever dans le péritoine , en produisant une phlegmasie mortelle. Une femme est âtfectée d'anévrysme de l'aorte, avec une poche énorme qui use les côtes, s'ouvre à l'extérieur dans un effort et la fait périr en quelques secondes. Quelle a été dans ce cas la puissance de la nature médicatrice qui a laissé périr ces deux malades?
Je l'ai dit tout à l'heure, cette action de la nature n'est pas spéciale à l'individu, mais à la maladie et à la lésion. Non, sans doute, la nature médicatrice n'a pas préservé de la mort X... avec son abcès de la fosse iliaque, ni Z... avec son anévrysme, mais elle travaillait dans le but d'arrêter les progrès du mal. Qu'on ouvre le cadavre, et l'on verra si elle n'a pas fait preuve d'intelligence et de prévoyance.
Ici, elle avait établi des adhérences du foyer avec l'intestin pour faire cheminer sans danger le pus de la fosse iliaque dans le cœcum, et là elle avait fait une poche formée de couches sanguines concen triques, qui s'opposaient depuis plusieurs années à la rupture de l'anévrysme, en faisant tout ce qu'il fallait pour le guérir. De ce qu'elle n'a pas sauvé les malades, il ne s'ensuit pas qu'elle n'ait rien entrepris pour faciliter la terminaison favorable de leur mal ; au contraire, je viens d'établir les traces de son action bienfaisante.
Il en est ainsi partout , et, dès qu'on pénètre au fond des choses, on voit que les objections faites par l'empirisme à la réalité d'une nature médicatrice ne sont pas fondées.