DES NATURISTES — DU PNEUMATISME — ATHÉNÉE
D'autres ont donné ce mot à un fluide subtil, à une sorte à' éther, un cinquième élément, s' ajoutant aux quatre autres dans le corps des animaux. Il serait disséminé dans l'espace, et au delà de l'air où il remplit les intervalles célestes. Ce fut la pensée de Thaïes, de Démocrite et des premiers philosophes grecs. Elle fut longtemps acceptée par les physiciens jusqu'à Newton, qui la rejeta, et qui n'en a parlé à la fin de son livre que comme d'une chose à démontrer. Cependant cette idée a été reprise, et la physique moderne, M. Pouillet, entre autres, admet l'existence de cet éther. Si quelque chose est aujourd'hui vulgaire, c'est la division des éléments du monde en agents pondérables (solides, liquides et gazeux), et en impondérables (éther), qui s'interpose aux molécules de la matière et remplit les espaces célestes.
Ailleurs, on a voulu approfondir la nature de cet élément, et aux premiers temps delà philosophie stoïcienne, le pneuma, synonyme d'éther, était quelque chose de plus subtile et de plus ténu que la matière. C'était quelque chose d'entièrement immatériel, pneuma, spiritus, souffle, comparable à ce que nous appelons une force. Ainsi entendu, le pneuma, pour les stoïciens, était une force émanée de Dieu, répandue dans l'univers et dans le corps des animaux, comme un moteur et un agent d'impulsion universel. Le même mot, pour les premiers Pères grecs de l'ère chrétienne, signifiait V Esprit saint (pneuma).
Il est très-difficile de dire au juste le sens donné au moipneuma par Athénée et ses disciples. Les ouvrages d'Athénée sont perdus. Arétée, son élève, ne l'a pas dit dans ce qui nous reste de lui, et c'est dans Galien qu'il faut rechercher les principes de la secte pneumatique.
« Il y a trois choses (Introduction, le médecin) dans le corps vivant : des solides, des liquides, et ce qui donne l'impulsion, to lvop(jLwv. Malheureusement les successeurs d'Hippocrate ont brisé cet édifice divin pour faire jouer un rôle exclusif aux solides et aux liquides. Athénée et Archigène sont les auteurs d'une secte qui revint aux saines idées, et qui établit que tous les désordres dont l'économie était le siège et toutes les maladies résultaient des altérations d'un principe de mouvement désigné sous le nom de ™£jy.a, d'où le nom de secte pneumatique. »
Pour Athénée, en outre des quatre éléments, il y en avait un cinquième, qui, dans le corps, dirigeait et dominait tout le reste, et dont les modifications devaient produire la maladie. Ce principe était le pneuma, tout à fait distinct de l'air, puisqu'il est déjà dans
les quatre éléments (la terre, l'air, le (eu et l'eau). C'était donc un principe spécial, et de plus une substance matérielle.
Dans la plupart des maladies, le pneuma était la première partie affectée. Par son influence naturelle et régulière, il animait la machine vivante qu'il avait charge de nourrir pour la conserver, car la mort subite était la conséquence de son repos. Au contraire, lorsque son influence s'exerçait d'une façon irrégulière, les maladies devaient se développer, et elles différaient entre elles selon les causes qui avaient troublé l'action du pneuma.
Si l'on prend la peine de lire Arétée , dont j'analyserai les œuvres un peu plus loin, on pourra se faire une idée, bien que trèsimparfaite, de la nature de ces diffférents désordres. Quant à la nature du pneuma lui-même, Arétée n'en parle guère, et ce qu'il en dit semble faire croire qu'il s'agit de l'air atmosphérique. Cet écrivain est très-réservé sur le fond de la doctrine ; mais comme il est avec Galien le seul qui nous en ait laissé d'importants passages, sur ce sujet, c'est à lui que nous devons nous adresser pour connaître le fond de la doctrine.
A l'article épilepsie, après une description fort remarquable de l'attaque convulsive, il ajoutera :
« C'est le pneuma renfermé et accumulé dans les organes qui ébranle toute la machine. Par la rétention et la fermentation dans la poitrine se produisent les râles de la respiration et l'écume qui s'échappe du nez et de la bouche. »
Dans Y iléus, c'est le pneuma entassé et accumulé dans l'intestin qui étouffe les malades.
L 'asthme est la conséquence du pneuma refroidi et altéré par l'humide, d'où sa fréquence plus grande chez la femme que chez l'homme, la première étant de nature humide et froide.
C'est le pneuma qui gonfle et endurcit la rate, de façon à en troubler les fonctions. Terne et sec, il produit l'apoplexie, tandis qu'en devenant humide , il engendre l'ascite. — Dans le vertige, c'est le pneuma qui tourne sur lui-même, et détermine la chute des malades.
Dans les cynanches, c'est-à-dire les angines, qu'il décrit à merveille dans leurs formes simple, ulcéreuse gangreneuse, couenneuse, et pour lesquelles il parle de la trachéotomie comme d'une chose employée de son temps, il dit que lorsqu'il n'y a rien à la gorge, c'est l'altération du pneuma qui exerce une mauvaise influence sur le gosier, en le resserrant et en empêchant le passage des liquides. Aujourd'hui, nous appellerions cela du spasme. Mais, pour mieux faire comprendre celte étiologie, Arétée l'explique par une
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sorte d'analogie, en disant que dans certaines grottes infernales (fosses charoniennes) on voit des individus périr par la seule aspiration du souffle ou de l'esprit qui s'en échappe, et cela sans que le corps soit affecté dans la matière qui le constitue. De même aussi, sans morsure et par la simple aspiration de l'air d'un chien enragé, l'homme peut prendre la rage. Ici le souffle est matérialisé; mais cela ne fait rien à l'erreur de la comparaison, puisque tout le monde sait aujourd'hui que, dans ces cas, il s'agit d'un empoisonnement par l'acide carbonique, et que, dans l'autre, il est impossible que le contact, sans écorchure préalable et sans inoculation virulente, puisse engendrer la rage.
Il en est de même dans toutes les maladies intérieures que l'on voit se produire sous l'influence des troubles spontanés du pneuma, sans que les parties solides ou liquides du corps soient altérées
Une semblable manière de voir sur le mécanisme de la production des maladies telle qu'elle ressort du livre d'Arétée, devait avoir des conséquences Ihérapeutiques importantes. En effet, les pneumatistes devaient chercher à agir sur le pneuma pour le modifier et produire la guérison des maladies. C'est, en effet, ce qu'ils avaient la prétention de réaliser. Ils devaient chercher à exciter le pneuma pour le faire sortir de sa torpeur, pour le calmer, pour rendre sa distribution plus régulière et pour empêcher son accumulation sur les différentes parties du corps.
Ici, le pneuma n'est plus un souffle, un esprit, une chose immatérielle; cette manière de voir, bonne comme principe de la doctrine, s'évanouit au contact de la pratique, et, dès qu'il s'agit du traitement des maladies produites par les désordres primitifs du pneuma, il faut agir par cet élément qui se matérialise à l'instant. C'est, du reste, ce que nous retrouverons dans les doctrines de Van Helmonl et de Barthez, où Yarchée et le principe vital, d'abord conçus comme des forces, des abstractions, deviennent, pour les disciples, de véritables substances matérielles dont on ignore la nature.
Si l'on en croit Galien, la secte pneumatique avait, comme toutes les sectes nouvelles, la prétention de mieux raisonner que les autres. Elle se fit l'héritière des travaux d'Érasistrate, auquel elle emprunta son principe, le pneuma, et dont elle vulgarisa les connaissances sur le pouls. Malheureusement, ce principe, mal défini, entièrement hypothétique, n'a pu être compris de personne, et une doctrine n'ayant pas d'autre base devait, nécessairement périr. C'est peut-être un malheur, car l'air atmosphérique vicié, introduit dans le corps par la respiralion et par les aliments, renferme, comme on
le sait, les germes matériels de la plupart des maladies (Linné, Eiseld, Pasteur) .
Au reste, Athénée paraît avoir été le seul pneumatiste pur de la secte, ce qui est tout naturel de la part d'un fondateur et d'un réformateur. — Ses élèves se sont montrés beaucoup moins exclusifs que lui, et Sprengel les appelle même des éclectiques. Nous croyons, avec M. Andral, qu'il est plus vrai de les envisager encore comme des pneumatistes.
Parmi ces élèves, il faut citer Agathinus de Sparte, Hérodote, Magnas, Théodore, Aristippe, Archigène, Léonidès, et enfin Arétée, qui est l'écrivain de la secte pneumatique.
Si nous faisions de la chronologie médicale, notre devoir serait de parler de tous ces écrivains, pour la plupart ignorés aujourd'hui; mais dans cette histoire doctrinale de la médecine, où les noms propres ne sont que bien peu de chose en face des idées qu'ils représentent, nous ne parlerons que des plus considérables entre les hommes que nous venons de citer.
1° Agathinus de Sparte est un pneumatiste incomplet qui vécut à la fin du Ier siècle, 81 ans après J. C, et dont Galien, Cœlius Aurélianas et Aétias font mention. Il n'adopta qu'en partie les doctrines du maître, et eut, pour son compte, l'ambition de devenir chef de secte. Il emprunta quelques-uns de ses principes aux méthodistes et aux empiriques. Sa doctrine est connue sous le nom (Yépisynthétique.
On cite de lui un bon travail sur le pouls, combattu par Galien. C'était un praticien faisant un grand usage des lavages à l'eau froide chez les gens bien portants.
2° Hérodote, qui vécut à Rome à la fin du Ier siècle, est cité par Galien comme un des plus zélés pneumatistes. — Sa réputation fut très-grande.
Il a publié un article sur la ligature des membres pour prévenir un accès de fièvre intermittente ; un ouvrage sur les bains d'huiles, sur les bains de mer, sur les bains de sable chaud dans l'hydFOpisie; sur les ventouses, sur les sudorifiques ; sur le temps où il est convenable d'alimenter dans les maladies, sur l'indication d'ouvrir les veines et de faire la saignée ; sur l'utilité des bains prolongés de douze à quinze heures dans la fièvre intermittente, pour troubler l'accès et le détruire ; sur Yusage du vin dans les différents âges et chez les insensés; sur Y indication des boissons froides et des réfrigérants de la peau dans les maladies fébriles ; sur les avantages de la natation, sur les vers intestinaux et leurs signes, etc.
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3° Magnus, disciple et" sectateur d'Athénée, vécut à Rome dans le Ier siècle de l'ère chrétienne ; n'est connu que par un ouvrage perdu ayant pour titre : « Des choses trouvées depuis Thémison », et par un autre également perdu, relatif aux dogmes d'Athénée. — Il est souvent cité par Galien.
4° Archigène fut un des plus célèbres sectateurs d'Athénée. — Élève d'Agathinus de Sparte, il vécut à Rome sous Domitien, sous Trajan, et il mourut, en 117, à l'âge de soixante-trois ans. Vanté par Juvénal dans ses Satires, cité avec honneur par Galien, par Aétius, qui a publié des fragments de ses œuvres, surnommé par Alexandre de Tralles ô ôsiotoctoç etusp àXkoç, il est évident que ce fut un personnage considérable.
Quoiqu'il fût le disciple d'Athénée, Archigène s'écartait assez souvent des principes de la doctrine pneumatique pour suivre le courant de ses propres idées; ce qui fait qu'on le regarde souvent comme le chef des éclectiques (Eloy, Die. histor. de la méd.). Ainsi, sa thérapeutique était entièrement inspirée de l'empirisme, qu'il proclamait supérieur en cas aux données du dogmatisme, et il croyait même à l'influence des amulettes, ce qui lui est fortement reproché par Galien.
En vertu de ses croyances empiriques, Archigène employait des médicaments très-composés, et son hiera, formule très-complexe, ayant pour but d'évacuer les humeurs, était très-recommandé contre les hydropisies. Pour lui, les purgatifs doux valaient infiniment mieux que les drastiques.
Comme pour tous les disciples de cette école, le pouls fut l'objet de ses recherches, et il a écrit sur ce sujet un ouvrage commenté pas Galien, dans lequel il établit huit choses à rechercher dans la pulsation radiale : 1° la grandeur, 2° la force, 3° la vélocité, 4° la fréquence, 5° la plénitude, 6° la régularité, 7° l'égalité, 8° le rhythme.
Dans chacune de ces formes de pulsation, Archigène admettait des variétés infinies conduisant à des dictinctions plus subtiles que réelles, et à l'emploi d'un nouveau langage vivement blâmé par Galien, qui trouvait préférable d'employer le temps à l'étude des choses qu'à rechercher des changements et des modifications au langage reçu.
« Quels que soient les mots, convenons bien de leur signification, et, sans s'embarrasser, observons les choses. Les anciens acceptaient les mots établis et en précisaient le sens; ceux qui leur ont succédé embarrassent et tuent la science par des mots nouveaux. Les mots n'importent pas à la connaissance des choses, il
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suffit de s'entendre sur leur signification, et les [)lus insignifiants sont les meilleurs. On devrait faire les mots presque au hasard, avec les lettres de l'alphabet tirées au sort, pour appliquer ces mots aux choses observées.
« Pourquoi discuter sur ce que vous appelez le pouls fort ? Appelezle (teTov, STov, etc., et toute discussion cessera. La science n'a pas
pour but de continuer des mots, mais des choses N'employons
des mots nouveaux que pour exprimer des choses nouvelles. »
Archigène a fait une étude approfondie de la douleur, dont il a distingué de nombreuses espèces en leur imposant des noms particuliers. Il soutenait que chaque partie ou chaque organe malade produisait une douleur spéciale facile à reconnaître. Les sympathies, qu'il appelait Yombre de la maladie, ont été, de sa part, l'objet d une étude intelligente et approfondie, ainsi que celle des phénomènes idiopathiques, ce dont Galien le félicite beaucoup.
Archigène a fait différents traités, pour la plupart perdus : l'un sur les maladies d'après leur siège (De locis affectifs), titre repris par Galien; l'autre sur les fièvres pernicieuses, soporeuse, cataleptique, dysentérique, diabétique, forme qui n'a pas été reproduite ultérieurement; un autre sur les angines, dont le point de départ était l'embarras gastrique et pour lesquelles il donnait des vomitifs; un autre sur la dysenterie, sur les abcès du foie, assez fréquents alors sous le ciel de Rome; un autre sur les hémorrhagies utérines; sur la lèpre! sur les eaux miné* aies, qu'il divisait en quatre classes, à l'exemple d'Aétius : les eaux minérales nitreuses, alumineuses, salines et sulfureuses.
Sa thérapeutique était souvent bizarre comme celle de son temps; mais il est resté quelque chose de lui, c'est la pratique des lotions tièdes ou chaudes sur le corps dans les maladies aiguës.
Il y a encore quelques pneumatistes célèbres dont le nom est arrivé jusqu'à nous : ce sont, Léonidès, Philippe de Césarée, dont parle Galien ; mais leurs ouvrages sont moins nombreux et moins connus que ceux d' Archigène, et cela nous conduit à l'illustre Arétée.
Arétée est l'écrivain de la secte pneumatique. Il a vécu à la fin du icr siècle. Son nom, aujourd'hui très-populaire, était peu répandu chez les anciens. On ne le~ trouve pas 'dans Galien. Il n'est mentionné que par Dioscoride, Paul (d'Égine) et Aétius, et il ne doit son éclat qu'aux érudits, qui l'ont tiré de la poussière des bibliothèques au xvie siècle. Alors un médecin de Padoue, Julius Grassus, découvrit dans une bibliothèque un manuscrit grec dont il devina l'importance, et il le traduisit en latin en 1552. C'était Fou-