IMPORTANCE D'UNE HISTOIRE PHILOSOPHIQUE DE LA MÉDECINE
L'histoire est la mémoire des sciences. Celles qui n'en ont pas encore ou qui n'en ont plus, sont à l'état d'enfance ou arrivées à cette période de décrépitude et de décadence qui sont l'indice d'une fin prochaine. C'est par l'histoire qu'on se souvient et qu'on retrace les exemples de ce qu'il est bon de reproduire et de ce qu'il faut éviter. Pour les uns, c'est une tradition; pour les autres une gloire; pour tous c'est Y expérience.
Par la tradition s'établit l'autorité des idées qui survivent à la destruction opérée parles découvertes et par les progrès de l'intelligence humaine.
L'histoire est une gloire pour ceux dont elle transmet les idées. Aussi est-ce avec juste raison que la Grèce moderne, quoique bien tombée, peut s'enorgueillir d'avoir été le berceau des connaissances humaines. De ce beau pays, en effet, nous viennent les germes de la poésie, de la philosophie et de la médecine.
Elle a vu naître Hippocrate, le plus grand des médecins; celui dont les ouvrages renferment un premier aperçu de toutes les grandes vérités qui font encore aujourd'hui l'honneur de la science.
C'est près d'elle que Galien a vu le jour, et c'est pour s'être nourri de ses idées qu'il s'est élevé au rang que lui a assigné la postérité.
L'ancienne Egypte est célèbre par son école d'Alexandrie, où ont paru Hérophile et Érasistrate , ces immortels fondateurs de l'anatomie.
L'Angleterre, en surnommant Sydenham l'Hippocrale anglais, montre toute la gloire qu'elle attache à cet homme illustre.
c2 HISTOIRE DE LA MÉDECINE
L'Allemagne s'enorgueillit d'avoir vu naître Paracelse, Van Ilelmont, Boerhaave, Stoll, etc.
La France est fière de citer, entre beaucoup d'autres, Fermel, Ambroise Paré, Boissier de Sauvages, Bordeu, Barthez, et surtout l'immortel Laennec, dont les ouvrages et la découverte de l'auscultation ont inauguré une ère nouvelle dans l'exploration des maladies de poitrine.
L'histoire enfin est pour tous Y expérience, car, lorsqu'un fait nouveau vient à se produire, on peut remonter à sa cause et apprécier ce qu'il a de vraiment original en fouillant les archives du passé.
Toute science a son histoire, ne fût-ce que celle de la veille, et c'est par elle que l'homme se dirige dans les voies de l'avenir. Tous, plus ou moins, nous interrogeons les souvenirs du passé et nous les cherchons même sans le vouloir.
La médecine n'échappe point à cette règle générale ; ce n'est ni une bâtarde ni une enfant trouvée ; elle a d'illustres parents, compte de glorieuses alliances, et il n'est pas une seule des parties dont elle se compose, telles que l'hygiène, l'anatomie, la chirurgie, la thérapeutique et la philosophie, qui n'ait une histoire déjà très-ancienne. Ces sciences rentrent par leur histoire dans celle des peuples où elles ont pris naissance, et ainsi constituées dans leur ensemble, tout médecin doit en étudier les développements s'il veut éviter les erreurs ou le plagiat du passé. Malheureusement d'importantes lacunes existent dans nos archives historiques. Les révolutions des empires et les différentes invasions barbares survenues à diverses époques ont détruit de précieux monuments qui nous auraient été, sans aucun doute, d'une grande utilité pour ce genre d'étude. Et sans les œuvres de Galien, échappées par miracle à la ruine de la bibliothèque d'Alexandrie , nous serions très-pauvres en documents historiques.
L'histoire de la médecine peut se faire de plusieurs manières et à différents points de vue qui ont tous leur importance. Elle peut être chronologique, philologique ou doctrinale.
Dans tous les cas elle doit être impartiale, non pas que l'histoire doive s'abstenir de tout système et renoncer à toute opinion, comme le veut l'éclectique Sprengel. Ce qu'on peut exiger d'elle, c'est l'impartialité de la vérité honnête, et un jugement motivé sur les opinions qu'elle a la mission de transmettre.
L'histoire chronologique a été faite par D. Leclerc, J. Freind, Sprengel, Tourtelle, Caste, Paul Renouard, et par M. Andral qui, dans son Cours de pathologie générale, a voulu inaugurer ce nouveau genre d'étude à la Faculté de médecine de Paris où il n'existait pas.