JEAN LE MILANAIS, P.OMUALD, /EGIDE ET L'ÉCOLE DE SALERNE
Pendant le règne des Arabes dans le littoral de la Méditerranée, plusieurs savants qui avaient fui l'Egypte après la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, vinrent en Sicile jeter les fondements de cette école de Salerne, d'abord inconnue, et qui devait, du xe au xme siècle, acquérir une si grande réputation. Placée dans un climat exceptionnellement doux, sur le passage des croisés qui se rendaient en Asie et qui en revenaient accablés des maux les plus
divers, cette école, où se cultivaient les principes d'IIippocrate et de Galien, eut un succès mérité par les services que ses professeurs rendirent à la science et à la profession.
Il en est sorti, en 1100, un livre qui est arrivé jusqu'à nous, dont le titre est : Préceptes diététiques de V école de Saler ne, et qui a pour auteur Jean le Milanais. Composé pour Robert, duc de Normandie, fils de Guillaume le Conquérant, qui s'était arrêté au retour d'une croisade dans l'intention de se faire soigner d'une blessure au bras, cet ouvrage a un véritable intérêt rétrospectif. Il donne assez bien l'idée de la médecine à cette époque, et il très-utile à consulter. Sa forme, d'ailleurs, est très-agréable et il est écrit en vers léonins, ou en aphorismes qui ont joui d'une assez grande réputation. En voici la dédicace et les principaux dogmes. (École de Sa~ lerne, traduction de Levacher delà Feutrie.)
SUR LA CONSERVATION DE LA SANTÉ (aphor. i).
!ri tu veux de tes ans prolonger la durée ,
Soupe peu ; du vin pur ménage la versée ;
Marche après ton repas, ne dors point dans le jour ;
De l'urine et des vents crains en toi le séjour ;
Chasse loin les soucis; évite la colère :
C'est ce qu'écrit Salerne au bon roi d'Angleterre.
MOYEN DE SE PASSER DE MÉDECIN (aphor. II).
Es-tu sans médecin ? Je vais t'en donner trois : Gaieté, diète, repos ; obéis à leurs lois.
de l'air (aphor. x).
Si je peux me choisir une libre atmosphère, L'air pur, clair et serein, est l'air que je préfère. Des marais, des égouts, l'horrible puanteur Offense l'odorat et soulève le cœur.
du manger (aphor. xv).
Que l'estomac soit libre, avant que de manger, Qu'il soit net; autrement c'est pour le ménager. Au cri de l'appétit ne ferme point l'oreille, De manger à propos il fait signe à merveille.
(Aphor. xvi.)
Ne bois jamais sans soif, ne mange point sans faim; Et la faim et la soif sont un bon médecin Mais qu'ici comme ailleurs la raison te modère, L'une ou l'autre en excès le mettrait dans la bière.
(Aphor. xvn.)
Veux-tu vivre longtemps ? Borne ton appétit : Le sobre ne meurt point ; le médecin l'a dit.