DES NATURISTES — /EGIDE ET L'ÉCOLE DE SALERNE
du boire (aphor. xxi).
Bois souvent en dînant, jamais hors des repas ; Toujours à petits coups, pour narguer le trépas.
(Aphor. xxn.)
L'estomac refroidi devient méchante meule,
Si l'on s'obstine à boire aux repas de l'eau seule.
du pain (aphor. xxiv).
Que ton pain soit nouveau, mais qu'il ne soit plus chaud ;
N'en mange point de frit, ni de fait au réchaud ;
Que la pâte venant de farine choisie,
Ait levé comme il faut ; que les yeux de la mie
Satisfassent les tiens, et qu'un goût savoureux )
Fasse dire à chacun : ce pain est amoureux.
En un mot, qu'il soit pur, c'est le seul pain utile ;
Ne mange point de croûte, elle enflamme la bile.
Viennent ensuite d'autres préceptes sur l'usage des viandes, de la friture, des volailles, des poissons, des légumes, des racines, du dessert, des fruits, des vins, etc. ; sur les assaisonnements, les épices, sur le sommeil, sur certains remèdes, sur la saignée , les bains , le jeûne, etc. Malheusement beaucoup de ces aphorismes sont d'une naïveté banale, et traduits en français ils perdent encore beaucoup du charme qu'ils offrent quand on les lit en latin.
du sommeil (aphor. lxxx).
Six heures de sommeil suffisent à chaque homme, Le paresseux de sept pourra faire sa nuit, Mais que nul ne prétende à l'obtenir de huit.
CONTRE LA PETITE VÉROLE (aphor. GXX).
Crains-tu pour tes enfants la petite vérole ? Fais-les inoculer. Moyen, dis-tu, frivole ? Fais-leur donc éviter et les varioleux, Et de toucher à rien qui puisse venir d'eux.
DE LA SAIGNÉE (aphor. GXXXl).
Ne saignez point avant la dix-septième année, Trop de force et d'esprit s'en vont par la saignée ; Et pour les réparer, le meilleur aliment, Le vin et le bouillon agissent lentement.
(Aphor. cxxxvin.)
Dans les maux trop aigus, examinez à peine,
Et dès le premier jour, ouvrez, rouvrez la veine.
N'épargnez point le sang d'un sujet vigoureux;
Mais ménagez l'enfant, ménagez le vieux.
Le printemps, pour cela, vous permet davantage;
Dans les autres saisons il faut être plus sage.
Je bornerai là ces extraits, qui sont des meilleurs parmi lesaphorismes que l'école de Salerne nous a laissés. Ils n'ont pas une trèsgrande importance, mais ce sont des curiosités utiles à connaître.
Dans le même siècle où parurent ces aphorismes se distinguèrent deux autres médecins qui continuèrent les traditions galéniques, ce furent rigide et Romuald.
Romuald était évêque de Salerne et membre du collège de médecine de cette ville. Il fut consulté par le roi Guillaume IPr, par son fils Guillaume II, malades des suites d'un empoisonnement, et il devint le médecin du pape.
/Egide, natif de Corbeil, près Paris, fit ses études à Salerne et revint en France, où il devint médecin de Philippe-Auguste. On a de lui un livre sur le pouls, un autre sur Y urine et un commentaire versifié sur l'antidolaire de Nicolas.
L'école de Salerne était fortement organisée. Les ordonnances de Roger de Naples sur l'autorisation à donner aux médecins qui voulaient exercer, et celles de son petit-fils Frédéric firent beaucoup pour mettre un terme aux exploits du charlatanisme et pour donner un rôle important à cette école. D'après ces ordonnances, tout médecin qui voulait exercer dans le royaume de JXaples devait être examiné par le collège médical de Salerne. Il devait être marié, âgé de vingt et un ans, faire preuve de sept ans d'études, avoir expliqué publiquement YArticella de Galien, le premier livre d'Avicenne ou un passage des aphorismes d'Hippocrate. S'il répondait convenablement, on lui donnait le titre de magister. Les droguistes devaient aussi se pourvoir d'un certificat de capacité attestant des connaissances, et ils ne le recevaient qu'après serment de ne rien préparer que d'après l'antidotaire de l'école approuvée par l'Etat. La pratique de la chirurgie était aussi réglée par ordonnance, car ceux qui voulaient pratiquer cette branche de la médecine devaient prouver qu'ils avaient assisté aux leçons, qu'ils s'étaient surtout adonnés à lanatomie, saris la connaissance de laquelle on ne peut pratiquer une opération chirurgicale ni traiter une plaie ou un ulcère. Au reste, on peut consulter sur ce sujet Sprengel, qui est entré à cet égard dans les plus grands détails.
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