‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 72 sur 119 · DE L'EMPIRISME ET DES ANCIENS EMPIRIQUES · texte numérisé non relu

DE L'EMPIRISME ET DES ANCIENS EMPIRIQUES

Parmi le nombre des disciples de la seconde École Empirique que j'ai déjà cités, il en est peu qui se soient fait une renommée digne de l'histoire On cite cependant, après Sérapion, les nommés Apol-

certaine veine de la jambe et, après en avoir laissé couler une quantité suffisante de sang-, bouche la plaie avec de la boue ; ce que les hommes n'ont pas manqué d'imiter. (Lib. 8, cap. 26.)

Découverte de Viridectomie. — Galien rapporte qne les hommes ont appris à guérir la maladie appelée Hypochyma après avoir remarqué que les chèvres qui avaient cette maladie avaient recouvré la vue pour s'être percé les yeux avec un jonc, ou avec une épine en paissant dans le bois. (Daniel Leclerc, p. 57.)

Découverte de la thoracentèse. — Elle se trouve dans un ouvrage de Cicéron (de Natura Deorum, livre III, chapitre 28 \ lorsqu'il est question d'un tyran de Thessalie, Jason de Phères, auquel on donna un coup d'épée dans la poitrine, ce qui ouvrit par hasard une collection purulente que les médecins n'avaienl pu guérir.

Non prodesse Pherœo Jasoni (voluit) is qui gladio vomicam ejus aperuit, quam sanare medici non polerant. (De Natura Deorum, III, 28, Off. I, 30.)

Découvertes de l'Hydrothérapie dans les fièvres. Thucydide dans sa description de la peste d'Athènes raconte que plusieurs malades, dans le délire de la fièvre, se précipitèrent dans les eaux de la rivière et que, chose singulière, la plupart d'entre eux guérirent. De ce hasard serait né l'emploi de l'eau froide dans les fièvres.

2000 ans après, Desgenette vit un fait analogue dans la peste d'Egypte.

a Un soldat présentant les charbons et les bubons caractéristiques, fut pris de délire et se jeta dans le Nil. On le repêcha au bout d'une heure et il guérit.

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lonius dont parlent Celse et Galien, et qui a écrit un livre sur ies onguents et sur la préparation des médicaments extemporanés ; Glaucias, qui a écrit un commentaire sur le sixième livre des Epidémies d'Hippocrate (Galien), sur les bandages à employer contre les plaies de tète, sur les fractures de l'humérus et de la clavicule (Galien) ; sur les propriétés des médicaments (Pline); Heraclite de Tarente, dont je parlerai plus loin; Dionysius; Criton; Ménodote ; Théodas; Hérodote; Sextus ; Satuminus ; Diodore ; Lycus; JSschrion ; Marcellus ; Apulenius Celsus, qui vivait sous Auguste ; Ménécrate. connu sous Tibère ; Damocrate, qui a écrit en vers iambiques sur un grand nombre de médicaments composés; Scribonius Largus, extrêmement crédule, promoteur des bains ferrugineux, qui vivait sous Claude ; Andromaque de Crète, sous Néron , inventeur de la thériaque, ce qui veut dire spécial aux bêtes venimeuses ; Xénocrate, connu par son talent à préparer des philtres pour provoquer l'amour, empêcher de concevoir ou faire avorter; Dioscoride, connu par son traité de botanique, etc., dont l'histoire nous a transmis les noms, sans nous faire connaître avec détails leurs titres à la considération de la postérité. Quelques uns de ces auteurs cependant sont assez connus et par ce qu'en a dit Galien et par celles de leurs œuvres qui ont échappé à la destruction.

1° HERACLITE DE TARENTE

Une véritable place d'honneur a été réservée à Heraclite par Daniel LeclercetSprengel, dans les recherches qu'ils nous ont laissées sur l'Ecole Empirique, et, s'il faut en croire Celse et Galien, ce médecin fut un des coryphées de l'Empirisme, Disciple de Mantias Hérophiléen, cet Heraclite, qui vivait à la fin du xxxvnr siècle, a écrit sur les médicaments, sur l'agriculture et sur la diététique des ouvrages qui n'existent plus. Il avait aussi laissé un commentaire d'Hippocrate.

Heraclite était extrêmement sévère dans le régime qu'il imposait aux malades et dans l'abstinence prolongée qu'il leur faisait subir pendant la première période des maladies. Il est un des premiers qui aient fait usage de Y opium, et, selon la remarque de Daniel Leclerc, c'est à ce médicament introduit en médecine par les Empiriques, que cette secte doit une partie de sa popularité. En effet, pouvoir soulager ceux qu'on ne peut guérir, et cela sans raisonner l'action du remède, ce que permet de faire l'opium, est un argument qui plaide heureusement en faveur de l'Empirisme. Il employait aussi un médicament de sa composition formé selon Galien de qua-

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tre drachmes de suc de ciguë et de jusquiame et de un drachme de castoréum, de poivre blanc, de costus, de myrrhe et d'optwm, le tout délayé dans du vin cuit évaporé au soleil pour faire des pilules calmantes, données comme antidote dans des blessures d'animaux venimeux et dans la suffocation utérine. On lui doit une préparation de jusquiame, d'anis et d'opium contre le choléra, et il saignait et faisait vomir dans l'esquinancie (1) ; c'est à lui qu'on doit une foule de préparations pour faire disparaître les taches de la peau, les exanthèmes cutanés et pour remédier à la chute des poils.

Dans hphrénésie il plaçait les malades dans un lieu obscur, leur prescrivait un lavement et une saignée puis redonnait des lavements tous les jours. Ensuite il faisait raser la tête pour y appliquer une fomentation avec la décoction de feuilles de laurier, une onction d'huile rosat et des cataplasmes avec de la farine, de Yhydromel, de la poudre d'iris, de Yhuile de lentisque et du calamus aromaticus. Un peu plus tard, il soignait la tête et les narines avec une composition de pencedanum, d'opium, de castoréum, d'huile d'amandes arriéres, de vinaigre, et d'huile diris.

Quand la maladie venait de crudité, il commençait par un lavement et se passait de saignée qu'il remplaçait par une purgation de scammonée. Si elle s'était produite chez une personne de sang pauvre, il ouvrait la veine du front sans faire d'autre saignée. Enfin, si on pouvait l'attribuer à la corruption des humeurs, après avoir fait prendre un lavement, il ordonnait des boissons aqueuses abondantes, puis du vin miellé et enfin du vin pur.

Cœlius Aurelianus qui rapporte ces formules thérapeutiques et avec lui Daniel Leclercfont remarquer avec infiniment de raison que ce n'est pas là l'application sévère de la méthode empirique, et que la considération des causes cachées de la phfénésie, ainsi que l'association de remèdes bizarres qu'on y remarque, ne relèvent pas uniquement de l'expérience et sont des infractions aux principes delà secte dans laquelle l'histoire place Heraclite.

Quoi qu'il en soit, l'histoire a fait de ce médecin un Empirique. Galien a consacré l'assertion en disant : il ne parlait jamais contre la vérité pour défendre les intérêts de sa secte..., il était de bonne foi et ne rapportait que ce qu'il avait expérimenté luimême, et cette qualification aura bien de la peine à disparaître. Il est cependant bien réel que le médecin qui employait contre la phrénésie, le traitement que je viens de faire connaître, et que je ne blâme pas, ne saurait être classé parmi les vrais Empiriques.

(1) Nom donné aux angines graves.

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2" SCRinUNIls LARGOS

L'école empirique avait inspiré les recherches de matière médicale au point de multiplier outre mesure les productions de ce genre; car tout, dans cette doctrine, se rapportait à la thérapeutique. Parmi les hommes qui se sont le plus distingués dans cette direction on cite Scrihonius Largus, qui a écrit sur la composition des médicaments un livre dédié à Julius Callistius, affranchi de l'empereur Claude.

Ce Scribonius Largus était un médecin militaire qui, dans ses nombreux voyages à la suite des légions romaines, avait recueilli les nombreux matériaux de ses ouvrages. D'après Eloy. il vivait à Rome, dans le premier siècle de notre ère, sous l'empire de Claude, et il gagna beaucoup d'argent par les remèdes qu'il inventa ou qu'il recueillit de quelques autres personnes. Son livre souvent cité par Galien renferme un grand nombre de formules plus ou moins compliquées, ridicules et superstitieuses, qui eurent un grand succès et dont plusieurs sont indiquées comme étant à l'usage de Messaline et de Claude. Au reste, Scribonius Largus qui annonçait le succès de ses remèdes le faisait en termes d'une honnêteté qui lui acquirent toutes les sympathies : « C'est moins l'appât du gain ou l'amour de la gloire qui l'ont engagé à donner ses remèdes au public que la satisfaction d'être versé dans la médecine. Il ajoute même qu'il ne connaît rien déplus grand, et qui rapproche l'homme de la divinité, que de conserver la vie à quelqu'un, que d'entretenir sa santé en vigueur et que de rétablir celle qui est altérée. »

Son livre sur la composition des médicaments écrit en latin : Scripta mea latina medicinalia, a été imprimé à plusieurs reprises et il y en a même une édition de 1655. Comme on le voit, c'est un véritable succès.

Par ses recherches sur la composition des médicaments dédiées à un affranchi de l'empereur Claude, Scribonius Largus, médecin militaire, célèbre par ses inventions de matière médicale, grand partisan, dit-on, de la doctrine méthodique d'Asclépiade, mérile d'être classé parmi les empiriques. — Il écrivait vers l'an -40 après Jésus-Christ. Son recueil est souvent cité par Galien. Il renferme un très - grand nombre de formules étranges formées de substances extraordinaires plus ou moins repoussantes, mais dont l'efficacité était attestée par de nombreuses expériences. On y trouve le dentifrice composé par lui pour Messaline : Messalina dei nostri Cœsaris hoc utitur. — Ses recettes sont relatives à des médicaments externes chirurgicaux, ce qui a fait penser qu'il était surtout chirur-

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