DES ANCIENS EMPIRIQUES — DIOSCORIDE
> Annotations.
La rue tant domestique que sauvage (qui n'est pourtant la rue, dont parle Dioscoride au chapitre suivant) sont assez choisissables, étant selon Galien, la rue sauvage entre les choses qui échauffent au quatrième degré, et la domestique, au tiers, aiguës, et amères au goût, digestives, incisives, et composées de parties subtiles.
Du Cinabre, que les Grecs et les Latins appellent Cinnabaris ; les Italiens, Cinabro.
« Tous ceux qui croient, que le Cinabre et le Minion, sont une même chose, s'abusent grandement. Pour autant que le Minion se fait en (Hespaigne) Espagne d'une certaine pierre même avec un sablon Argentin, autrement l'on ne le connaît pas. L'on en fait de couleur très-florissante, et très -ardente dans les fournaises : mais dans les minières il était une vapeur véritablement étouffante, et par cela ceux qui le manient, se couvrent la face avec une soie, afin qu'ils le puissent voir qu'au respirer ils n'attirent à soi de cette maligne vapeur qui est en lui. »
« Les peintres en usent pour les très siomptueuses décorations des parures des murailles. Mais le cinabre s'apporte d'Afrique, et est en si haut prix, et en apporte si peu, qu'à peine les peintres en peuvent avoir à suffisance pour ombrager leurs peintures avec diverses lignes. Il est chargé de couleur profonde : et par cela aucuns ont estimé que ce fut le même sang de Dragon. Le cinabre a la même vertu de la pierre nommée Hématite, et est convenable en médecine des yeux, et toutefois c'est en plus d'efficace, pour autant qu'il est plus astrictif. Incospore avec Ceroesme, il guérit les brûlures du feu, et les pustulles. (Dioscoride, liv. V, cap. lix.)
Annotations.
A la vérité il y a une forte grande différence entre le cinabre écrit par Dioscoride, et celui qui pour le présent est en usage ou boutiques des apotiquaires, et aux peintres. Car le cinabre de Dioscoride n'est (quoi qu'ainsi l'ayant écris gens de fort grand érudition Pline, et Solin) le sang du dragon occis par la grande pesanteur de l'éléphant, qui lui tombe dessus, en se mettant ensemble le sang de l'un et de l'autre animant, est une gomme d'un arbre d'Afrique, de couleur naturalissime de vrai sang, transparent, et aisé à rompre, nommé aujourd'hui vulgairement sang de dragon en larmes, à la différence de celui sophistiqué, et de nulle valeur, qui s'apporte en
pains. Et à bon droit le peut on nommer en larmes pour autant que ceci est une larme gommeuse, et liquide (selon que le rente Aluigi Cadamosto au quatrième chapitre de sa navigation en Afrique) d'un arbre d'Afrique, lequel pour en avoir plus grande abondance, les habitants aggraifent avec certains ferrements en l'écorce, et en ayant par après recueilli la liqueur la cuisent dans des chaudières au feu, et le nomment sang de dragon. Ce qui est fait raisonnablement conjecturer, due cette gomme en le cinabre de Dioscoride, pour autant en premier lieu que telle liqueur nous est apportée d'Afrique en peu de quantité, elle est en usage aux peintres pour ombrager, et pour tracer de rouge clair, elle se vend cher pour sa rareté et ou ses vertus est semblable à la pierre Hématite, ainsi que l'expérience le démontre, et comme pareillement l'affirme Discoride cette liqueur est assez plus astrictive, et par cela les modernes médecins en usent pour les flux des femmes, et disentériques, et pareillement pour les crachements, et flus de sang, avec trop plus grand événement. Celui qui s'apportait en pain, se contrefaisait adis avec le sang de bonc, pilé lentement de certain artifice, et cormes sèches : puis manquant celui on la contrefait avec Garance. Boliarmeni, Résine, colle de dragon, et autres mestinges. Le cinabre de notre temps est minéral, et artificiel. Le minerai selon que le récit avait vu le seigneur André Matthioli, se tire de terre dans les causes d'argent vif, en un lieu, qui se nomme Midria, en certaines montaignes loingtaines une journée de gorice, en allant vers la Carniole. Ce cinabre est une pierre rouge non trop dure mais fort pesante, et quelquefois pleine d'argent vif, que par lui-même sans autre aide, il en dégoûte dehors, comme par après il sen tire tout avec l'artifice du feu. L'artifice se fait d'argent vif, et de soufre par voie de sublimation au feu. Ce que opère par elle-même nature en celui, qui se tire de la minière. Nul donc que de ces deux cinabres, pour être véritablement venin mortifère s'use pour le donner par la bouche : ainsi seulement se met dans les médicaments extérieurs, comme les parfums qui se font pour le mal de Naples, et en aucuns onguents. Il faut noter ici, que suivant ce que décrit Dioscoride le Minion être d'aucuns appelé cinabre que celui Minion est le cinabre minérale dont ci-dessus nous avons parlé (même qu'au chapitre en suivant il dit l'argent vif est fait du Minion). Et parce que Pline écrit du Minion, l'on peut aisément voir qu'anciennement le Minion se trouvait minéral, et artificiel : quoi qu'en notre temps il s'en trouve fort peu du vrai minéral, pour autant que celui qui est en commun usage, pour la plus grande partie se fait de plomb, et de cerusfe brûlée. Ce qui est la sourdire décrite par Galien, par Dios-