‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 81 sur 119 · LIEUTAUD · texte numérisé non relu

LIEUTAUD

Lieutaud, né en 1703, mort en 1780, docteur de la faculté d'Aix où il pratiqua longtemps, fut appelé au poste de l'infirmerie royale de Versailles et devint premier médecin du roi. — Ce fut un homme distingué, auquel on doit des essais anatomiques très-estimés et un précis de médecine qui fut un des meilleurs livres du xvme siècle. Dans cet ouvrage élémentaire l'auteur semble avoir soin d'écarter toutes les hypothèses et toutes les interprétations subtiles et arbitraires. Aussi en a-t-on fait un Empirique. Il est évident qu'il n'avait d'autre pensée que l'observation des malades, l'étude des lésions cadavériques, sans se préoccuper de l'opinion des autres, ne voulant suivre que les voies de l'expérience personnelle dans l'étude des maladies. Ce laconisme nuit évidemment à l'ouvrage et laisse comprendre le jugement sévère qu'en a porté Cullen : « C'est un recueil de faits rassemblés sans se permettre aucun raisonnement sur les causes. Confusion, indécision, voilà les résultats de son arrangement. Cet ouvrage, d'ailleurs, n'est pas exempt des raisonnements que l'auteur prétend éviter » (1).

Le précis de médecine est en deux volumes : l'un comprenant les maladies internes et l'autre relatif aux maladies externes et aux maladies des femmes et des enfants.

Dans le livre des maladies internes, se trouvent les fièvres, les maladies internes de la tête, de la poitrine et du bas-ventre. C'est à propos des fièvres qu'il dit : « Ceux qui ont lu et réfléchi savent sans doute qu'on ne trouve dans les auteurs que des doutes ou des hypothèses sur la nature, les causes et même le siège de la fièvre. Nous pourrions encore nous consoler de ces incertitudes, si nous avions une connaissance plus exacte de son caractère et de ses différences; mais rien n'est plus problématique que ce qu'on a avancé sur ce sujet. Quoique cette recherche ne fût point au-dessus de la portée de l'esprit humain et qu'elle ne demandât que l'observation, mais une observation laborieuse, constante et éclairée, qui pourrait servir de fondement à l'histoire exacte des effets sensibles que produit la cause impénétrable des fièvres, il a paru plus aisé aux écrivains de tirer de leur imagination et de leurs idées les règles que

(1) Cullen. Éléments de médecine pratique. Traduction de Bosquillon, préface, p. 59.

la nature doit suivre, abandonnant avec assez d'indifférence celles auxquelles elle est en effet soumise; sans parler de ceux qui semblent n'avoir choisi ce sujet que pour étaler une vaine érudition donl les praticiens ont peu à faire. Je ne suis pas même éloigné de penser avec plusieurs savants médecins, qu'on parviendra difficilement à débrouiller ce chaos, si l'on n'abandonne presque tout ce qui a été dit jusqu'à présent, pour travailler d'après l'observation à nouveaux frais. En attendant qu'on veuille embrasser ce grand objet, j'exposerai en peu de mots le plan que je me suis formé dans la pratique, ou le résultat de tout ce que j'ai pu observer, pendant environ trente ans, sur cette matière. »

« Je n'ai connu, auprès des malades, que quatre sortes de fièvre essentielle continue, savoir : 1° la continue simple, parce qu'on la suppose sans exacerbation, ce qui n'est exactement pas vrai -, sa durée est incertaine ; cependant elle ne va pas au-delà de quatorze jours, si elle ne dégénère par un mauvais traitement; 2° la continue putride, accompagnée d'exacerbations et de symptômes plus graves; elle paraît dépendre dune sorte d'altération ou de putridité du sang et des humeurs et tendre à une dépuration plus ou moins manifeste qui en fait le principal caractère; 3° V ardente, que la chaleur brûlante intérieure et la sécheresse de la bouche distinguent assez des autres; 4° la maligne, dont les symptômes sont beaucoup plus graves, dépendent de l'affection des nerfs et du cerveau ; en quoi consiste son caractère essentiel, si évident qu'on est surpris qu'il ait échappé au célèbre Huxharn qui ne voyait pas de différence entre la fièvre putride et la fièvre maligne. Celte dernière est enfin communément plus longue que les autres, souvent épidémique et contagieuse, et quelquefois pestilentielle. »

« Ces quatre sortes de fièvres qui ont, comme on le pense bien, différents degrés, se rapprochent quelquefois pour des nuances si imperceptibles qu'il est bien difficile de les distinguer... etc. » Dans tout ce chapitre des fièvres, il n'y a rien sur les causes ou sur la nature de ces maladies et tout y est relatif aux symptômes et au traitement comme on l'entendait à cette époque, lorsqu'on n'était pas fixé sur l'altération produite dans le corps par ces différents états morbides.

Le second volume comprend les maladies externes de la tête, du tronc et des extrémités, et enfin les maladies des femmes et des enfants. Les descriptions sont peut-être un peu courtes, mais elles ne renferment que les choses essentielles et elles ont dû être utiles à un grand nombre de médecins en raison des indications thérapeutiques qui les suivent.

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