partie de la thérapeutique active ou expectante
C'est par l'empirisme, c'est-à-dire par une observation exacte, attentive, scrupuleuse mille (ois répétée des symptômes fournis par les malades, que s'est formé, sans secours de la raison et de l'induclion, ce groupement naturel des mêmes symptômes caractérisant le type morbide auquel on donne le nom de maladie. Les premiers empiriques appelaient cela le concours des symptômes. — Un concours particulier de symptômes formait une maladie, nous avons changé le mot, soit, mais nous avons gardé la chose, et cette chose, c'est la nosographie.
Sans avoir besoin de raisonner, quand une mère voit l'aîné d'une nombreuse famille d'enfants, avoir la fièvre, éternuer, larmoyer ou tousser, et qu'il vient ensuite une éruption de taches rouges sur la peau qui s'éteignent en trois jours en formant une desquamation épidermique furfuracée et que le médecin lui a dit : Rougeole ! si le second, le troisième et les autres de ses enfants tombent malades avec les mêmes symptômes, elle dit aussi : Tiens, c'est la rougeole. Voilà un commencement d'empirisme que ne feront que fortifier d'autres faits semblables. J'ajouterai même que de celte observation reproduite dans quatre ou cinq familles sortira une autre idée, celle delà contagion de la rougeole, puis celle d'un poison inconnu qui vole dans l'air et se transmet d'un enfant à un autre. — Il n'est pas besoin d'être savant ni raisonneur pour reconnaître la contagion d'une peste quelconque, il y a là un fait empirique d'observation qui frappe, et l'ignorant en sait bien vite à cet égard autant que le médecin.
Qu'était la description de la pneumonie au temps d'Hippocrate et que doit -elle être au nôtre? Une simple observation empirique des symptômes. Rien de plus. Quand un homme est subitement pris de fièvre avec frisson et de point de côté, avec de la toux et des crachats visqueux, collants, couleur dérouille, il a une pneumonie. Depuis deux mille ans c'est comme cela.
Le raisonnement et l'induction n'ont rien à faire dans la constatation des troubles fonctionnels éprouvés par le malade. Ils ne peuvent servir que dans l'explication des phénomènes et% non dans leur constatation. — L'habileté du narrateur rendra la description d'un médecin plus claire que celle d'un autre, mais le fond du récit est essentiellement empirique, c'est-à-dire d observation. — La difficulté de reconnaître les symptômes chez un sujet qui ne se plaint pas. ou qui ne souffre que d'une manière générale, n'est point une objection. Cela prouve qu'il faut mettre du soin dans l'observation, chercher partout dans l'organisation troublée, et que fout le monde n'est
pas également attentif dans l'exploration des malades. — Mais, en réalité, pour qu'on admette une pneumonie, il faut que tous les observateurs aient été empiriquement d'accord sur le concours des symptômes que présente cet état morbide. — Est ce que la rage, la variole, la rougeole ont jamais changé de forme depuis le jour où l'observation a permis à un homme attentif d'en indiquer les symptômes? assurément non.
Il en est ainsi de toutes les maladies connues.
La nosographie est donc fille de l'Empirisme et, à ce titre, la méthode n'a pas à rougir des fautes que l'ignorance a commises en son nom.
Le pronostic est encore bien plus un résultat de l'Empirisme que la nosographie, car s'il suffit d'avoir observé quelquefois seulement un certain concours de symptômes pour reconnaître une maladie, il n'en est plus de même lorsqu'il faut prononcer sur son issue favorable ou funeste. — C'est ici que les observations multipliées, et surtout que les bonnes observations de l'homme toujours attentif à ce qu'il voit, sont nécessaires (vita brevis, ars longa). On peut vite acquérir le talent du diagnostic mais, quant au pronostic, la vie du médecin nest pas assez longue pour y suffire. — Celui qui observe beaucoup, bien et longtemps, l'emportera toujours sur les autres, et c'est là le triomphe de l'expérience
Toute la thérapeutique enfin naît de l'Expérience, et si le raisonnement ou la théorie inspirent souvent le médecin dans l'invention et dans l'emploi des agents curatifs que l'expérience est appelée à juger, beaucoup plus souvent au contraire c'est le hasard et les récits du vulgaire qui lui suggèrent l'emploi de ses plus belles ressources. — L'opium, le quinquina, le mercure, l'iode, la vaccine, etc. , en sont les preuves et servent de base à la doctrine de la spécificité. Qui pourra jamais expliquer pourquoi l'opium fait dormir et comment le quinquina coupe les fièvres? Le sût-on, un jour, en serait-il moins avéré qu'avant de le découvrir l'un était, de par l'Empirisme, le spécifique de la douleur et l'autre celui de la fièvre intermittente. Le nombre des spécifiques n'est pas très -considérable cela est vrai, mais, si restreints qu'ils soient, les médicaments qui peuvent être considérés comme tels sont des conquêtes de l'Empirisme.
J'en dirai autant de l'expectation dont j'ai parlé à propos du Naturisme. Qui nous a appris que la nature guérissait bien des maladies sinon l'expérience? Eh bien, on aura beau répéter avec Asclépiade que le dogme de la nature médicatrice n'est qu'une méditation sur la mort, il n'en est pas moins vrai, expérimentalement parlant, que sans faire de l'expectation ou des efforts salutaires de la nature un système de thérapeutique, là où il n'y a pas de spécifique à em-
ployer, ni de palliatifs à mettre en usage, les médications violente», perturbatrices et hasardeuses sont plus nuisibles que l'expectation. Mieux vaut mille l'ois se confier à la nature qu'aux chances incertaines des systèmes thérapeutiques. C'est un si hou médecin que la nature! et n'eût-il d'autre mérite que celui de ne jamais dire de mal de ses confrères, l'empirisme devrait lui en savoir gré.
Ce que je viens de dire en si peu de mots, fera comprendre au lecteur pourquoi je ne me suis pas borné à un simple exposé philo sophique de 1 Empirisme médical. — J'ai dû l'apprécier en médecin, moins pour le réhabiliter, comme doctrine exclusive, que pour le pla cer au rang qui lui convient. Si par sa méthode, l'Empirisme qui a été et qui peut être encore une arme de guerre utile contre les empiétements de la raison dans les sciences naturelles, a été méconnu et outragé par ses adversaires, il importe qu'on sache par l'indication de quelques faits précis, quels sont les services qu il a rendus à la science. C'est là le rôle de l'histoire.
Ne pouvant remonter aux époques anté-historiques,sur lesquelles il n'y a pas de renseignements utiles à publier, je me suis contenté de dire que l'Empirisme avait créé la nosographie, le pronostic et une bonne partie de la thérapeutique tels qu'on les connaissait au temps d'Hippocrate.
Jusqu'aux xiv? et xve siècles, les médecins ont trouvé décrites dans Galien et dans Avicenne toutes les maladies médicales et chirurgicales qui se présentaient à eux. Sauf des modifications de détail, dues à l'ouverture des cadavres, c'était la même pathologie et presque le même traitement. Mais, dans l'évolution de la science et par ses pérégrinations en Orient chez les Arabes et en Occident, la thérapeutique et la nosographie s'enrichirent, bientôt : l'une de remèdes empiriques nouveaux et l'autre de maladies jusque-là inconnues dont l'observation devait révéler les symptômes.
La rougeole, le rachitisme, la variole, la syphilis, la suette, le scorbut, la coqueluche au xvr siècle, le purpura au xviiie, la plique au xviie, sont les maladies nouvelles que l'empirisme a fait entrer dans la science.
Quant aux médicaments, ils sont innombrables, mais je ne signalerai que l'emploi des plus récents, tels que le camphre, l'aconit, Tétain, le mercure, l'antimoine, l'iode, la digitale, la fougère, le Ricin, l'ambre, le musc, le polygala, le simarouba, le gaïac, le sassafras, le quinquina, Tipécacuanha, l'arnica, la cascarille, le Baume du Pérou, etc. Quelques-uns d'entre eux sont mentionnés par Dioscoride, mais la découverte de leurs propriétés est beaucoup plus moderne.
1° EMPIRISME NOSOGRAPHIQUE