‹ Histoire de la magie en FranceChapitre 3 sur 23 · SUR L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

SUR L'IMAGINATION

Tibi namina mille; Mille noc end i artes.

(Virg. , JEn. , lib. VU. )

L*i m agi-nation se présente sous mille aspects divers ; ses moyens de nuire sont innombrables.

Jjes folles croyances nous viennent des erreurs et des maladies de notre imagination : il est donc nécessaire de la définir.

L'imagination est cette faculté de notre entendement, qui nous représente les choses absentes, par la vue intellectuelle.

On peut encore la définir , la faculté de se représenter les objets sensibles et abstraits , de les combiner entre eux et de les reproduire.

L'imagination est tantôt active, tantôt passive; active, quand elle s'adonne à des objets dont elle s'occupe exclusivement;

s DISCOURS SUR L'IMAGINATION.

passive, quand elle reçoit l'impression des objets extérieurs, ou de l'imagination d'un autre. Les imaginations fortes captivent les imaginations faibles. La mémoire et l'imagination sont deux facultés très-voisines, néanmoins elles sont très-distinctes.

La mémoire rappelle, l'imagination représente; la mémoire est pour le passé, l'imaginajtion pour le présent et l'avenir. Il y a trois sources principales de l'imagination :

les sensations, la mémoire , et la réflexion.

L'homme a reçu du créateur deux grands mobiles de son être, le besoin d émotions, et le désir de connaître. C'est au désir de connaître que nous sommes redevables de ces précieuses découvertes , qui prouvent la supériorité de notre nature. Mais il faut régler ce désir; quand il passe les bornes prescrites à l'intelligence humaine, il n'enfante plus que des monstruosités. C'est ce désir déréglé de connaître, qui enfanta la magie, la sorcellerie, les divinations (i).

(i) Humano intcllectui non pcnnœ adjiciendœ , sed potiiis pïumbutn ac pondus. (Bacou.)

BISCOUKS SUR L'IMAGINATION. xj

De tous les empires, le plus despotique est sans doute celui de l'imagination : elle réalise toutes les illusions, tous les rêves, leur donne une force et une autorité , qui , séduisant la raison , accablent les sens, engourdissent le cœur, enchaînent toutes les autres facultés , et changent visiblement le cours de la nature, aux yeux de ceux qui se sont persuadés quelle est bouleversée, ou du moins qu'elle peut l'être. En un mot , l'imagination est cette puissance enchanteresse , qui tour à tour irrite , enflamme et calme les passions; qui inspire à l'esprit les terreurs paniques de la crédulité, les craintes et les puérilités de la superstition, les frissons de la peur. C'est elle qui dérange les fibres du cerveau faible ; et qui , même dans un corps sain , allume le feu brûlant de la fièvre, les transports du délire; qui lui fait ressentir les douleurs des maladies , et les horreurs du désespoir. Souvent l'imagination se présente sous les traits de la sagesse ; quelquefois elle se déguise sous les traits de la beauté ; alors c'est Armidedans tout son éclat, en-

xîj DISCOURS SUR I/IMÀGIKATI05.

core plus redoutable qu'elle n'est aimable.

L'imagination tient à ses ordres l'univers. Plus légère que le vent, elle traverse les mers, s enfonce dans les forêts , pénètre dans les entrailles de la terre. Elle agrandit le monde, et le peuple d'êtres qui n'ont d'existence que par elle.

L'imagination entre plus ou moins dans les facultés intellectuelles de chacun ; rien de plus varié; il n'y a peut-être pas deux imaginations semblables; c'est la faculté de notre âme qui a le plus de mobilité.

Tout a de l'influence sur l'imagination ; l'air, l'aspect des lieux , le climat, lage, les alimens, la profession, la société; il faut encore y comprendre les peines et les plaisirs. La Superstition , sa fille aînée , les yeux couverts d'un bandeau , le poignard d'une main et la torche de l'autre, a fait le tour du monde ; elle déshonore les annales des peuples anciens , et ensanglante celles des peuples modernes. Il est facile de reconnaître sa marche : elle laisse après elle des bûchers, des terreurs, et les vains prestiges de la magie.

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