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Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900

ADAiLLAN cst plus qu'un nom de famille, c'est celui d'une race ; race illustre, puissante et féconde dont l'origine se perd dans le lointain de notre û histoire.

Signalés d'une façon suivie par les généalogistes et les chroniqueurs depuis le xii" siècle, les Madaillan étaient, à cette époque, des personnages trop considérables pour que leur genèse ne remonte pas beaucoup plus haut. Dépourvu des documents qui me permettraient d'établir un point de départ plus ancien ; en l'absence de données sûres, je me contenterai de fournir les preuves de leur existence et de leur puissance à des époques antérieures, mais sans chercher à établir une filiation. Vouloir approfondir, en ce qui les concerne, les x*" et xi'" siècles, serait entrer dans le champ trop vaste des hypothèses, terrain sans solidité, bourbeux et mobile, dans lequel je risquerais de patauger en vain et de

iVf. FRÉFACE

m'enliser. On n'édilie rien de durable sur un fonds mouvant.

Nous les trouvons partout sur notre vieux sol, intimement liés dans nos annales, à nos fastes comme à nos revers ; guerriers indépendants et farouches au moyen-âge, descendant de leurs donjons pour combattre un rival, protéger ou ranv"onner leurs vassaux ; tour à tour Anglais et Français suivant les caprices de la fortune, le sort des armes ou le soin de leurs intérêts ; serviteurs dévoués et vaillants quand la France conquise et unifiée n'eut plus qu'une seule àme et qu'un seul étendard.

Alliés aux plus brillantes familles, à la Maison de France elle-même, les Madaillan marchent de pair avec les plus grands seigneurs. Leur puissance s'affirme sur de vastes domaines ; leur influence s'impose à la fois sur plusieurs provinces.

En Languedoc, au xi* siècle, ils contribuent à la fondation de la basilique de Saint-Sernin à Toulouse.

En Périgord, vers la même époque, ils font d'importantes dotations à l'abbaye de Cadouin.

En Agenais, ils figurent parmi les cinq premiers barons, avec les Beauville, les du Fossat, les Fumel et les Clermont. Leur domination s'étend sur la baronnie de Madaillan près La Sauvetat de Caumont (aujourd'hui du Drot), sur Cancon, Monviel et Sainte-Livrade.

En Guienne, ils occupent des situations prépondérantes. Redoutés par les rois d'Angleterre qui sont souvent obligés d'accepter leurs conditions, ils possèdent Lesparre, Rauzan, Pujols, Verteuil, Blazimont, Saint-Jean de Blaignac, la Salle de Sauveterre et beaucoup d'autres seigneuries.

PREFACE

Aux XY^ et xvi^ siècles, en Périgord, Poitou, Saintonge, ils sont substitués à la puissante famille d'Estissac; portent, pendant cent vingt-neuf ans, le nom et les armes de cette, maison et, faute de descendants mâles, vont se fondre ensuite avec les La Rochefoucauld.

Dans l'Ile-de-France, le domaine et le château de Montataire, acquis par Arnaulton de Madaillan, un survivant d'Azincourt, restent pendant trois siècles leur propriété ;. ils y jouent un rôle superbe comme hommes de guerre.

Au Maine, un succès militaire suivi d'un mariage a pour, conséquence la possession de la magnifique terre de. Lassay, érigée pour eux en marquisat pendant la minorité de Louis XIV.

Nous les trouvons en Picardie, en Anjou, en Bretagne, en Normandie ; nous les trouvons partout, comme je le disais plus haut ; ils vivent encore. Une branche, dérivée des Madaillan de Cancon et Monviel, a possédé pendant longtemps les seigneuries de Paris et Gibel à Monflanquin et, jusqu'au début de notre siècle, la maison noble du Cauze, située dans la paroisse d'Agnac, ainsi que plusieurs autres biens détachés de la baronnie de Madaillan qui avait passé dans le patrimoine des d'Albert de Laval au milieu du xvi" siècle. Cette branche a contracté de belles alliances et continué les traditions chevaleresques de ses devancières.

Plusieurs écrivains se sont occupés des Madaillan. Il est rare d'ouvrir un livre d'histoire ou de chronique militaire sans y trouver leur nom. Mais personne encore ne leur a consacré une étude complète ; personne n'a voulu les suivre

VJ PRÉFACE

depuis leur origine jusqu'à notre époque, groupant dans un seul tableau leurs si différentes physionomies, réunissant leurs épées en un seul faisceau, gretïant sur un même arbre leurs rameaux dispersés. Ce n'était point, il est vrai, une entreprise facile. Tâche rude ! sujet ingrat ! malgré le vil intérêt qui s'y attache. Nombreux sont ceux qu'a découragés la complexité d'un travail aussi ditfus. Miiltum laboris cxstiJaniium erit, priusquani rein ad exitiiiii perducas murmurait à mon oreille gauche l'orateur romain. — '< // en va ainsi partout; la difficulté donne du prix aux choses », disait Montaigne à mon oreille droite. L'avis redoutable du premier ne m'a pas rebuté ; enhardi par la maxime du second je me suis souvenu de la devise de notre grand et regretté cardinal Donnet : ad fmem fortiter ! Trouverai-je quelqu'un pour me répondre ; onmia suaviter?

Comme d'autres sont fascinés par la lumière, je me suis senti attiré par les ténèbres et je sors enfin d'un labyrinthe aux mille voies entrecroisées croyant y avoir laissé un bon lil conducteur.

Si cet ouvrage, téméraire sans doute, mais à coup sûr consciencieux, laisse subsister des lacunes et dans certaines parties quelques obscurités, j'espère qu'il ne restera pas sans profit réel. Lorsqu'un chercheur fouillant dans les décombres d'une antique demeure, a trouvé les morceaux d'une armure brisée ; quand, à l'aide des fragments épars, il a rétabli cette carapace d'acier, lui rendant sa forme et son aspect d'autrefois ; si quelque pièce introuvable manque à l'ensemble de son œuvre ; si cette reconstitution n'est pas absolument complète ; si la cuirasse a un défaut, cela

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