‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 2 sur 327 · PREFACE VIJ · texte numérisé non relu

PREFACE VIJ

veut-il dire qu'il a vainement travaillé ? Ce sarcophage de métal, malgré l'absence d'un gantelet ou d'un brassard, ne donne-t-il pas, quand même, une idée très exacte de la forme et de la vigueur du corps qu'il était destiné à couvrir et à protéger?

J'ai cherché partout où les moindres indices pouvaient me marquer une bonne voie et me permettre de découvrir quelque chose de nouveau, de vérifier ou de rectifier certains faits déjà connus. C'est après avoir beaucoup voyagé ; après avoir compulsé, d'un bout à l'autre de la France, bien des dépôts d'archives ; après avoir lu et comparé de nombreux ouvrages, mûrement examiné, réfléchi et médité, que mes convictions se sont établies. Si elles sont justes, comme je le crois, je n'aurai à regretter ni mon temps, ni ma peine, car la recherche la plus scrupuleuse du vrai a été, au cours de ce long travail, mon seul désir, mon unique souci. Le premier devoir de l'historien est d'enchaîner son imagination. Je crois n'y avoir point failli. J'ai largement usé des oeuvres d'autrui sans me les approprier et si je repousse l'épithète de plagiaire, j'accepte celle de compilateur. Il m'arrivera souvent de laisserparler les documents, les personnages eux-mêmes ou les auteurs qui nous les font connaître. Entre tant de figures diverses, nous en rencontrerons plusieurs qui ont déjà tenté le pinceau. Il y a des Madaillan d'un type superbe ; il y en a de bizarres ; d'autres paraîtront équivoques qui ne sont pas les moins intéressants. Comme dans tout groupe d'hommes, on trouve parmi eux les bons et les mauvais, mais ceux-ci sont en très petit nombre ; il est même remarquable que pendant une chevau-

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chée de huit cents ans, les chutes aient été si rares et qu'on puisse si aisément les compter. 11 m"eut été facile d'écrémer mon sujet et de choisir les meilleurs portraits pour en former une galerie magnifique. J'aurais manqué mon but qui est d'arriver par l'exactitude à la réalité.

Depuis les plus vieux textes écrits en langue latine ou romane en usage dans le midi, du x'' au xv^ siècle, jusqu'aux actes les plus récents, j'ai épluché, creusé, disséqué tout ce qui a pu tomber sous ma main. '■' En ce genre d'estude... " il faut feuilleter sans distinction toutes sortes d'autheurs " et vieux et nouveaux et barragoùins et François pour y " apprendre les choses de quoy diversement ils traictent. » (Montaigne, Essais, liv. ii, chap. x ; ihs Livres.) J'ai poursuivi les Madaillan d'étape en étape dans toutes les contrées où j'ai retrouvé leurs fortes empreintes.

L'histoire du Languedoc les signale au xi° siècle. Ils apparaissent souvent dans les chroniques de Froissart, les actes de Rymer ; dans les œuvres du docte Bréquigny. Les Rôles Gascons témoignent que les archives anglaises renferment de nombreux actes qui les concernent.

Dans une sérieuse étude sur Cancon, M. Massip nous les fait connaître comme fondateurs de cette ville et ses premiers barons.

M. Rabanis, ancien doyen de la faculté des lettres de Bordeaux, nous les montre héritiers du puissant Florimont de Lesparre, leur oncle, choisis par lui pour porter son nom et ses armes et gouverner la première Sirerie de Guienne.

L'abbé Beaurein, MM. Guinodie et Léo Drouyn s'occu-

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pent d'eux spécialement à cause des seigneuries de Lesparre, Rauzan, Pujols et Madaillan de Sauveterre.

Le baron de Condé, en racontant l'histoire de son château de Montataire, dans un ouvrage où le ton de Thomme du inonde se mêle agréablement à l'érudition, nous donne, sur les principaux Madaillan de l'Ile-de-France, la note exacte, car il puise ses renseignements dans leurs propres archives devenues les siennes.

Madame la comtesse de Raymond m'a fourni quelques éléments de travail. Mais elle a eu le tort (plus loin je dirai pourquoi) de mêler les Madaillan avec les du Fossat, ce qui rend confuse et difficile à comprendre, surtout dans la première partie, la généalogie qu'elle a voulu établir. Cependant elle a réussi dans certaines hypothèses. Souvent des preuves subséquentes ont donné raison à ses conjectures. J'ai relevé, dans un de ses manuscrits, un mot ou plutôt deux mots qui d'ordinaire font la grimace en se rencontrant, mais qui deviennent charmants lorsqu'ils s'accouplent sous une plume féminine : probabilité-certaine. Voilà bien le génie de la femme qui tend toujours à affirmer que ce qu'elle désire doit être et que Dieu est obligé de vouloir ce qu'elle veut.

Grâce à ce qui reste des papiers de famille ; à quelques pièces venues du cabinet de M. de Bourrousse de Laffore ; aidée des dossiers de la série B des archives départementales où j'ai puisé moi-même à pleines mains, la comtesse de Raymond a indiqué, au milieu de grosses erreurs, la descendance des Madaillan de Cancon et Monviel dont sont issus, comme je l'ai dit, les Madaillan de Bergerac. Toute malice

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cessante, je suis heureux de rendre hommage au talent de cette femme distinguée, comme à sa générosité.

Les publications de notre savant archiviste M. G. Tholin, qui ont jeté tant de lumière dans la sombre époque féodale, m'ont aidé puissamment à démêler les Madaillan d'avec les du Fossat. Je lui rends mille grâces pour ses bons conseils et sa libéralité, car vraiment chez lui l'amabilité et la complaisance sont égales à l'érudition.

Je n'entends point énumérer ici toutes les sources où j'ai puisé, ni les concours utiles et précieux que j'ai rencontrés. Les unes et les autres seront indiqués à leur place dans le corps de cet ouvrage. J'ai voulu seulement, d'une façon générale, faire connaître les auteurs qui m'ont le plus aidé, ceux qui ont spécialement étudié la famille de Madaillan sous certains aspects et dans ses principales fractions.

A tous ces matériau.x épars et très insuffisants il a fallu en ajouter beaucoup d'autres, puis les réunir tous, les coordonner, pour bâtir un seul et solide édifice. Ce n'est pas à moi d'affirmer que j'y ai réussi ; mais il y a quelqu'un à qui je voudrais bien l'entendre dire. C'est vous mon savant voisin et cher maître ; vous qui d'ordinaire si bon et si indulgent, presque cruel pour une fois, avez voulu me persuader que je pouvais entreprendre cette ingrate besogne. Vous m'avez mis l'idée en tête et l'épée dans les reins. C'est sous votre impulsion que je suis parti, voyageur téméraire, la cognée dans une main et la pioche dans l'autre. J'ai dû me fraver un passage à travers les rameaux enlacés d'une forêt immense, dans des futaies âgées de huit cents ans qui

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répandaient au-dessous d'elles, au lieu de l'ombre bienfaisante, une fatale obscurité.

Je reviens, après cette laborieuse traversée, pour vous soumettre mon itinéraire, avec l'espoir que malgré ses imperfections vous en accepterez le respectueux hommage et, qu'après l'avoir parcouru, vous ne renierez pas votre modeste disciple.

Maurice CAMPAGNE.

Escages, par Gontaud (Lot-et-Garonne), le i<='' mai 1897.

Cette préface était écrite avant le décès de M. Tamizey de Larroque. Il l'avait lue avec plaisir ainsi que la première partie de cet ouvrage. C'est pourquoi j'ai laissé subsister cette page telle qu'elle avait passé sous ses 3'eux. Mais puisque la mort impitoyable a rendu vain mon hommage, je le dépose sur la tombe de mon vieil ami et c'est à sa chère et grande mémoire que je dédie ce livre.

a^ ta mémoire de

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