‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 124 sur 327 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

caprice de devenir le gendre d'un prince du sang après avoir été celui d'un apothicaire. Eloigné de Versailles par son mariage avec une petite bourgeoise, une femme de chambre, il allait j revenir en qualité de cousin de Louis XIV. Sans doute il ne pouvait songer à entrer dans la maison de France par la grande porte ; mais c'était déjà beaucoup, à cette époque, d'y pénétrer par la petite. On acceptait alors très volontiers, dans la noblesse, ce que le plus modeste et honnête bourgeois réprouverait de nos jours. Le prestige princier a singulièrement fléchi ; on peut le regretter ; mais il faut reconnaître que s'il ne s'était éclipsé qu'à ce seul point de vue, on ne devrait pas trop se plaindre. En s'introduisant, même par le côté gauche, dans la famille de Bourbon, Lassay allait naturellement faire beaucoup parler de lui. Encore un caprice, encore une folie ! Toujours téméraire, bizarre, excentrique ; plus que jamais irrégulier ce volage marquis ! Les critiques cette fois étaient formulées par envie et il aurait pu dire à tels rieurs : malgré tout vous voudriez bien être à ma place. Fit-il tant de réflexions ? Son intrigue fut-elle le résultat d'un ambitieux calcul ? Ce n'est pas vraisemblable. Les nombreuses lettres qu'il a écrites à cette occasion et dont quelques-unes sont charmantes, témoignent d'un amour sincère pour cette princesse de demi-sang qu'il entoure d'égards et d'affection après le mariage quoiqu'il n'ait pas toujours à se louer d'elle.

Monsieur le Prince, fils du grand Condé, avait eu de Françoise de Montalais (i), veuve de Jean de Beuil, comte de Marans, une fille Julie, dite d'abord Mademoiselle de Château-

I. C'est elle que maltraite fort Madame de Sévigné en l'appelant « la méchante fée Mélusine w. Elle a été souvent confondue avec sa sœur «r la Montalais » que nous retrouverons dans une autre lettre de Madame de Sévigné et qui fut très connue par ses intrigues et son existence tapageuse.

briant. qui naquit vers 1008. Hlle lut élevée à Mauhuisson, puis placée à l'Abbaye-au-Bois et légitimée par lettres de Louis Xl\' données à Namur, en juin 1693, régistrées le 17 du même mois au Parlement et. le 14 juillet suivant, à la Chambre des Comptes. Dans ces lettres il est dit qu'elle est élevée sous le nom de Guénany qui est l'anagramme à'Aiigiiyeii. A son sujet. Madame de Sévigné écrivait : '< Elle est aimable, " sans être belle; elle est vive, douce, complaisante, glorieuse " et folle // (I ». Bien que les lettres du prétendant adressées à Julie de Bourbon, à M. le Prince, au duc du Maine et à Madame de Maintenon. au sujet de cette intrigue, soient très curieuses, nous les passerons sous silence pour ne pas allonger outre mesure cette notice. Lassay avait quarantedeux ans et Julie vingt-six lorsqu'il fut question de leur mariage en 1694. Mille difficultés surgirent. L'affaire traîna pendant deux ans. Pour vaincre la ténacité légendaire du prince de Condé et les hésitations de sa fille (dans leur esprit l'alliance de Lassay avec Marianne lui avait porté un grave préjudice), il fallut l'intervention de la duchesse du Maine et de Madame de Maintenon qui avait vu naître Armand et Laimait beaucoup. Il eut en ces deux femmes des avocates convaincues qui plaidèrent un peu leur cause en défendant la sienne. La princesse de Condé elle-même souhaitait beaucoup le succès de ce projet de mariage. Elles triomphèrent ; le contrat fut signé à Versailles devant toute la cour, le 5 mars 1690 ; insinué au Châtelet le 12 avril suivant. La noce eut lieu à l'hôtel de Condé et fut très brillante.

A cette occasion Louis XIV donna au marquis de Lassay le

I. S.iint-Simnn, ihiil., t. m, p. ;o. note t. — Lettres de Madame de Sévigné, Ed. Moiiimerquc, t. IV, j'. joi. — Voir aussi une lettre de Madame de Maintenon dans La Corrtst>on<ianct Générale, t. IV, p. 78. — Et le Père Anselme, t. i, p. Jji.

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