‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 137 sur 327 · LÉON DE MADAILLAN, COMTE DE LASSAY · texte numérisé non relu

LÉON DE MADAILLAN, COMTE DE LASSAY

Il est assez délicat de raconter la vie du comte de Lassay. La question soulevée par ce personnage est scabreuse ; la voici : il a dû de pouvoir satisfaire son goût pour les belles choses et de conquérir une notoriété aux faiblesses d'une femme beaucoup plus riche et socialement parlant beaucoup plus élevée que lui. Au point de vue de la morale, il n'y a pas d'hésitation possible : M. de Lassay est condamnable et condamné. La nature en créant des inégalités, a fait la femme plus faible que l'homme, mais a imposé à celui-ci comme devoir le plus sacré de la protéger, de la secourir, de fournir à ses besoins. Le renversement de cette loi blesse la conscience humaine comme une anomalie. Mais les sociétés, pour maintenir leur existence, sont forcées de faire fléchir ces principes généraux et d'admettre bien des capitulations. Je ne me fais pas le défenseur de ces capitulations ; je les regrette et les blâme ; je dis seulement qu'elles existent. En tenant compte des habitudes sociales, surtout de celles de son temps, je crois donc que l'on peut, sinon excuser, du moins faire comprendre la position de M. de Lassay.

Le protectorat des femmes .sur les hommes n'est pas nouveau dans notre histoire. Aujourd'hui ce protectorat est devenu un déshonneur; le sentiment public le réprouve, les mœurs le flétrissent; mais il n'en allait pas de même jadis. Sans remonter plus haut que les Valois, le fameux duel entre Guy de Jarnac et François de Vivonne, seigneur de la Châtaigneraye, n'eut pas d'autre motif; et s'il prouve qu'une pareille accusation était déjà considérée comme une insulte, ceux à qui les Mémoires de cette époque sont familiers savent combien cette protection était commune alors et facilement acceptée. Au xvii® siècle, elle devient plus fréquente. Le monde n'attachait évidemment qu'une importance médiocre à ce honteux moyen de faire fortune. Les noms

r. Clément de Ris, Les Amateurs d'autrefois, Paris, P]on, 1877, grand in-8". — Cet article est reproduit ici avec l'autorisation spéciale de l'éditeur.

de Malborough, de Lauzun, de Riom, viennent à la pensée de tous, et Torigine de leur fortune ne paraît pas avoir inllué sur l'accueil qu'ils rencontraient. En acceptant donc les bienfaits de la duchesse de Bourbon, Lassay, s'il contrevenait aux prescriptions de la morale, ne choquait certainement pas les susceptibilités du monde, peu susceptible, il est vrai. Pour le juger avec impartialité, il ne faut donc pas l'isoler du milieu où il a vécu. Aussi, je réclame pour lui les circonstances atténuantes, et c'est sous le bénéfice de ces circonstances que je le présente au lecteur.

Léon de Madaillan de Lesparrc, comte de Lassav, naquit en 1083. 11 était fils du marquis de Lassay, et de la célèbre Marianne Pajot, cette fille d'apothicaire qui refusa d'être duchesse de Lorraine, et dont le mari a raconté le noble désintéressement. Il naquit en basse Normandie, près Dauville, au château du Mont-Canisy, propriété de son père, dont les ruines existent encore et sont connues sous le nom de Lassay qu'elles ne portaient pas au xvii" siècle. Sa mère mourut peu de temps après sa naissance. Je n'ai pas la date exacte de sa mort, mais on sait par Lassay, le père, qu'en i(iS^, afin de fuir le chagrin qu'il éprouvait de cette mort, il faisait, sous l'Électeur de Bavière et le Duc de Lorraine (neveu de celui qui faillit épouser Marianne Pajot), cette campagne de Hongrie où se formèrent le prince de Conti et le prince Eugène.

Son père était ce fameux marquis de Lassay, auteur du ReciicH de différentes choses, un des figurants du grand siècle, comme l'a si spirituellement défini M. Sainte-Beuve ; nature inquiète, versatile, quelque peu intrigante ; esprit doué de plus de pénétration que de suite, de plus de finesse que de solidité, auquel les circonstances ont peut-être manqué pour donner la mesure de toute sa valeur, et qui, suivant sa propre expression, quitta ce monde sans avoir déballé sa marchandise.

Dans quel milieu se développa-t-il ? Quelles influences s'exercèrent autour de lui ? Les documents sont muets sur ce point. Nous savons seulement, par la Chronique historique militaire de Pinard, qu'en 1(196, à treize ans, il fut reçu, comme cadet, dans les mousquetaires, et fit les campagnes de Flandre de 1696 et 1697. « En 1698, il fut nommé " lieutenant au régiment du Roi-infanterie. Le 11 janvier 1702, il leva * par commission un régiment d'infanterie de son nom qu'il commanda " aux sièges de Brisach et de Landau, à la bataille de Hochstett, où il " lut fait prisonnier en 1704: à l'armée de la Moselle en 1705: au

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