‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 138 sur 327 · CHAPITRE DEUXIÈME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME I

€ secours de Fort-Louis, à la prise de Drusenheim et de Lauterbourg « en 1700 : à l'armée d'Allemagne les trois années suivantes >/. Ce sont là de beaux états de service. Ils prouvent que Léon de Lassay acquitta largement la dette que tout homme en naissant contracte envers son pavs, et que la noblesse d'alors payait si largement à son Roi. 11 continua sa cai'rière militaire jusqu'au bout : et, pour en finir avec Pinard, voici la suite de ses états de service : '< Colonel-lieutenant du régiment « d'Enghien-infanterie, par commission du 26 avril 1710, il se démit de « celui qui portait son nom et commanda le régiment d'Enghien à l'ar- « mée du Rhin jusqu'à la paix. Il y servit aux sièges de Landau et de « Fribourg et à l'attaque des retranchements du général Vaubonne, en « 1713. Brigadier par brevet du i'""' février 1719, il quitta le service au « mois d'août 1720 >.

En 1090, le troisième mariage de son père exerça une influence décisive sur la vie de Léon de Lassay. Le marquis de Lassay épousait, le 5 mars. Julie de Chateaubriand, fille naturelle de Jules de Bourbon et de Mademoiselle de Marans, et devenait un des clients de la maison de Condé, où il introduisit son fils. Jusqu'en 1711, Léon de Lassay paraît avoir partagé son temps entre les exigences de son service et les distractions d'un militaire en congé. Les indiscrétions contemporaines parlent de ses liaisons avec Madame de Chevillv et avec Madame d'Aligre, qui le préféra au vieux Chaulieu. A en croire Saint-Simon, ce n'est pas à sa beauté physique qu'il dut ses succès auprès des femmes : « Il avoit un visage de singe ». Pareille bizarrerie n'est pas rare. Riom qui, vers ce temps, jouait auprès de la duchesse de Berry le rôle de Lassay auprès de la duchesse de Bourbon, était remarquablement laid. C'est ce que l'on appelle en termes polis les mystères du cœur humain.

En 171 1, le 3 avril, Léon de Lassay épousa, non pas précisément sa tante, comme le dit Saint-Simon, mais la fiUe du second mariage de son grand-père, M. de Madaillan de Mor^tataire, avec Marie-Thérèse de Rabutin, fille du fameux Bussy-Rabutin. M. de Madaillan de Montataire s'étant remarié en 1682, et son petit-fils étant né en 16S3, la femme de celui-ci, Reine de Madaillan, devait avoir à peu près le même âge que son mari. Ce bizarre mariage consanguin se négocia pour terminer un procès entre son père et son grand-père, procès dont les principales pièces existent au cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale.

C'est à ce moment que se noua la liaison avec la duchesse de Bourbon : « Il plut à Madame la Duchese, dit Saint-Simon, vers ce

« temps ci de son mariage avec sa tante ; elle le trouva sous sa main. « La liaison entre eux se fit la plus intime et la plus étrangement < publique. 11 devint à visage découvert le maître de Madame la « Duchesse et le directeur de toutes ses affaires. Il y eut bien quelque « voile de gaze là-dessus pendant le reste de la vie du Roy. qui ne « laissa pas de le voir, mais qui, dans ses fins, laissoit aller bien des « choses de peur de se fâcher et de se donner de la peine : mais après « lui il n'y eut plus de mesure. >

Louise-Françoise de Bourbon, quatrième fille naturelle et légitimée de Louis XIV et de Madame de Montespan, était née le i" juin 1073. Elevée par Madame de Maintenon, elle épousa à Versailles, le 24 juillet 1685, Louis de Bourbon, duc d'Enghien, petit-fils du grand Condé. Connue à la cour sous le nom de Madame la Duchesse, son amie Madame de Caylus la dépeint avec moins daccent et de relief que Saint-Simon, mais avec autant de vérité et plus de grâce : «r. La qua- « trième étoit Mademoiselle de Nantes. Elle répondit parfaitement à son « éducation ; mais ses grâces et ses charmes sont bien au-dessus de « mes éloges. Ce n'est pourtant ni une taille sans défauts, ni ce qu'on « appelle une beauté parfaite; ce n'est pas non plus, à ce que je crois, •« un esprit d'une étendue infinie. Quoiqu'il en soit, elle a si bien tout « ce qu'il faut pour plaire, qu'on ne juge de ce qui lui manque que * lorsque la découverte de son cœur laisse la raison libre. Cette décou- « verte devroit être aisée à faire, puisqu'elle ne s'est jamais piquée « d'amitié : cependant la pente naturelle que l'on a à se flatter soi- « même, et la séduction de ses agréments est telle, qu'on ne l'en veut ^y pas croire elle-même, et qu'on attend pour se désabuser une expé- « rience personnelle qui ne manque jamais. » Les annalistes contemporains sont unanimes à confirmer l'impression de Madame de Caylus. La qualité dominante de la Duchesse était évidemment l'attrait, ce je ne sais quoi supérieur à la beauté, qui constitue le premier et le plus solide instrument de l'empire des femmes. Madame la Duchesse s'en servit largement. Sa présence à la cour est comme l'aube de la Régence.

On traversait alors une période de transformation sociale, c'était la dernière période du siècle de Louis XIV. .\ l'imposante tyrannie de la première période succédait un souffle de liberté, un besoin de secouer les vieilles entraves, qui n'est nulle part plus sensible qu'à la cour même. Les adeptes les plus fervents et les plus actifs de cette transfor-

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