CHAPITRE TROISIÈME I
Des raisons qui m'ont fait le plus d'impression, Pour me faire embrasser votre religion.
La France Protestante résume et apprécie comme suit cette épitre ridicule :
La première de ces raisons si convaincantes c'est:
La longue succession,
Qu'on voit de tous les temps dans l'Eglise Romaine, Succession qui m'a toujours fait de ta peine .
La deuxième, c'est que des gens versésen pareille matière lui
Ont fait voir clairement quoy qu'on fasse et qu'on dise Qu'il n'est pas de salut hors de la Sainte Eglise.
Cependant :
Quoique asse^ bien cclaircy.
Il vivra malheureux.
Si vous dont les bontés font le boiilicnr de tous^ Ne me donne :^ au moins quelque asseiirance. De recevoir un jour quelques grâces de vous...
La requête était trop juste pour ne pas être octroyée. Cependant comme Louis XIV ni ses ministres n'étaient bien convaincus de la sincérité de sa conversion, on voulut l'éprouver d'abord ; en sorte qu'il vécut malheureux jusqu'au mois de décembre 1687, qu'une pension de sept mille livres lui rendit le bonheur. Il est vrai qu'en 1690, un bruit ayant couru qu'il se disposait à fuir en Hollande, sous un déguisement, ordre fut donné sur toutes les frontières de l'arrêter. C'était une fausse alerte. Madaillan resta en France où il mourut en 17 19 (le 1 1 octobre) à 89 ans....
Nous le retrouverons plus loin, traitant, en 1718, le mariage de son neveu Louis-Joseph de Madaillan, fils de son frère Amaury et de Suzanne du Boisguehenneuc, avec Julie de Béchameil de Nointel.
Philippe de Madaillan ne laissa pas d'enfants et nous pensons qu'il ne se maria point. Dans tous les cas il paraît avoir mené une joyeuse existence (i), Bussy se montre bien sévère pour lui dans
I. C'est de lui qu'il est question dans une lettre de Madame de Sévigné, du ^ juin 1675 * " L'autre « jour M. de Bagnols donnoit une fricassée à Mesdames d'Heudicourt et de Sanzei et à Coulanges ; « c'étoit à la Maisor Ronge ; ils entendent dans la chambre voisine cinq ou six voix éclatantes, des *: cris, des discours éveillés, des propositions folles ; M. de Coulanges veut voir qui c'est ; il trouve « Madame de Baillet, Madaillan, un autre Pourceaugnac, la belle Anglaise et Montaîais; en même
une lettre du 2s mars 1683, adressée au marquis de Trichâteau. Si on en croit l'impitoyable cpigrammatiste, Philippe de Madaillan aurait donné une triste opinion de son esprit et de sa probité.
Lassé (Lassay) fils de Montataire, n'ayant encore que huit ans et étant le plus joli garçon du monde rêvait un jour appuyé à une fenêtre. Le chevalier de Montataire, son oncle, qui était un malhonnête homme, lui vint demander ce qu'il avait. — Laisse moi, mon oncle, lui dit Lassé. — Non je ne te laisserai point, lui répondit le chevalier, que tu ne m'aies dit à quoi tu penses. — C'est, lui répliqua Lassé, que je songe que j'ai ouï dire qu'à mon âge tu étois aussi joli garçon que je suis et que j'ai peur qu'au tien je ne sois aussi sot que tu es... (i\
C'est par erreur que la France protestante lui donne pour femme, Marie OUivier et deux enfants : René et Amaury. Marie Ollivier était sa propre mère, femme de Philippe de Madaillan, seigneur de Chauvigny, morts tous les deux avant 1675. René et Amaury étaient ses frères. L'analyse d'un acte très important va faire ressortir l'exactitude de nos affirmations,
1675, 22 avril. — Devant François le .Mouiste, notaire royal, demeu rant à Athée, acte de ratification et acceptation du partage des successions de défunts messire Philippe de Madaillan, chevalier, seigneur de Chauvigny et dame Marie Ollivier son épouse, entre :
Messire René de Madaillan, chevalier, seigneur comte de Chauvigny, fils aîné desdits défunts...
.Messire Philippe de Madaillan, chevalier, demeurant à Paris, tant en son nom que comme procureur de
Messire Pierre de Madaillan, chevalier, seigneur des .\joux, par sa procuration reçue devant Lopin, notaire royal à Ligueul, le 17 de ce mois ;
.Vlessire Amaury de Madaillan, chevalier, seigneur de l'Isle, demeurant au château de Chauvigny, paroisse d'Athée ;
Messire Pierre de la Faucille, chevalier, seigneur dudit lieu et dame Judith de Madaillan, son épouse, demeurant à la Faucille, paroisse de l'Hôtellerie-de-Flée ;
Dame Louise de Madaillan, épouse de messire Pierre de la Faucille, chevalier, seigneur de Saint-.Vubin, demeurant au château des Landes, paroisse de Saint-.\ubin ;
< temps voilli Montalais h genoux, qui prie humblement Coulanges de ne rien dire : il a si bien fait
< que tout Pjris le sait, et que Montalais se désespère qu'on sache l'usage qu'elle fait de sa précieuse
< Anglaise... > Lettres de Madame de Sèvignè^ éd. Moninerqué t. m, p. 464). I. Lettres de Bussv, ihid, t. v, p. 341.