‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 17 sur 327 · COMMENT LA BARONNIE DE MADAILLAN A-T-ELLE PASSE AUX D'ALBERT DE LAVAL · texte numérisé non relu

COMMENT LA BARONNIE DE MADAILLAN A-T-ELLE PASSE AUX D'ALBERT DE LAVAL

\ I u commencement du xviii" siècle, pendant les débats du procès d'Aiguillon, les Laval, ainsi que nous venons de le voir, ne pouvaient expliquer dans quelles conditions la baronnie de Madaillan de La Sauvetat était entrée dans leur patrimoine. Le mémoire cité plus haut, s'exprime ainsi, au sujet de cette baronnie : «... lesquels « biens sont entrés dans la maison de Laval par le mariage d'une « Madaillan selon la tradition du pays... » Voilà tout ce qu'ils savaient et il faut reconnaître que c'était peu de chose. Cependant il ne s'était alors écoulé qu'un siècle et demi depuis l'époque à laquelle ils avaient pris le titre de barons de Madaillan. Cette ignorance d'un fait aussi important, dans une famille considérable qui a une place distinguée dans l'histoire de notre province et des attaches avec plusieurs grandes maisons, est bien singulière. Il y avait dans une si étonnante anomalie de quoi décourager le plus intrépide investigateur. Comment, en effet, pouvoir espérer, deux cents ans plus tard, faire la lumière sur cette question et la résoudre à la fin du xix® siècle, alors surtout que pour arriver à ce résultat il fallait lutter avec des autorités respectables et se mettre en contradiction avec des ouvrages sérieux. Notre conviction s'était établie dès le début, mais elle ne reposait que sur des vraisemblances et des comparaisons de textes. Elle s'est fortifiée ensuite par des documents découverts avec peine. Aujourd'hui elle est solidement assise sur des preuves.

La baronnie de Madaillan a passé aux Laval par le mariage de Charles d'Albert de Laval avec Catherine de Pellegrue veuve et héritière universelle de Jean de Madaillan, baron de Madaillan, fils de Jacques et petit-fils de Gilbert.

Dans ses Variétés Girondines, M. Léo Drouyn a commis, à ce sujet,

une grosse erreur en prenant le nom de d'Albert pour celui de d'Atther ; de telle sorte qu'il fait de Catherine de Pellegrue la femme d'un d'Auber, ce qui entraîne toute une série de confusions qui faussent une partie du chapitre X de son important ouvrage. Nous n'avons pas à nous inquiéter de savoir si un d'Auber a épousé une Pellegrue, mais nous prétendons que Catherine de Pellegrue, veuve de Jean de Madaillan, s'est alliée à Charles d'Albert de Laval et lui a apporté Madaillan.

Avant de relever cette erreur, devant laquelle il était impossible de s'incliner quelle que fût l'autorité de celui qui l'avait avancée, nous priâmes M. Léo Drouyn de nous accorder une audience. 11 déféra très gracieusement à ce désir, et mit à notre disposition son énorme recueil de notes et documents qu'il a légué depuis aux archives municipales de Bordeaux. Il était déjà très souffrant, mais sa belle physionomie encore éclairée par une vivacité charmante ne trahissait pas la douleur que dominait l'énergie de son caractère. Le souvenir de cette visite, hélas ! in extremis, nous restera précieux, avec le regret de n'avoir pas connu plus tôt cet homme si bon, cet artiste de haute valeur, ce travailleur infatigable qui a rendu tant de services à sa province et doté sa ville natale d'inestimables trésors.

Il répondit à nos questions avec une extrême bienveillance. Loin de s'étonner et de se froisser en voyant un inconnu critiquer, ne fut-ce qu'une parcelle de son œuvre, il trouva l'argumentation judicieuse et nous pria de lui adresser un petit mémoire sous forme de lettre ; mais dans l'intervalle, la maladie avait continué sa marche inexorable et lorsque nous revinmes chez lui pour répondre à sa convocation, il était à toute extrémité.

Voici les principaux passages du mémoire rédigé sur sa demande :

Dans mon étude sur les Madaillan j'arrive à la période si difficile du xvi' siècle. L'n problème se pose qui me gêne d'autant plus que pour le résoudre je me trouve en désaccord avec vous.

Comment la baronnie de Madaillan de la Sauvetat a-t-elle passé aux d'Albert Je Laval vers 1553 ?

A cette question, on a répondu : par le mariage d'un d'Albert avec une Pellegrue. Mais comment une Pellegrue possédait-elle cette baronnie ? C'est ici que se présente la difficulté et que surgissent les hypothèses.

Catherine de Pellegrue ne serait-elle[pas celle que, trompé parle nom de à' Albert pris pour à.'Auber, vous donnez comme femme à un Charles d'Auber auquel elle

PRÉLIMINAIRES 2 1

aurait apporté, selon vous, La Salle de Sauveterre et qui, au lieu d'épouser un à'Aiiber, se serait alliée à un d'Alberf?

Jean de Madaillan, fils de Jacques, petit-fils de Gilbert, arrière-petit-fils d'Amanieu de Madaillan, seigneur de Monviel, se maria d'abord avec Marguerite de Puymaignan qui lui apporta La Salle de Sauveterre, ensuite avec Catherine de Pellegrue. N'ayant pas d'enfants, il institua sa femme sa légataire universelle. Jean de Madaillan étant seigneur de Madaillan à La Sauvetat et de La Salle de Madaillan à Sauveterre, sa veuve lui fut substituée dans la possession de ces deux seigneuries. Or c'est justement à cette même époque que Charles d'Albert de Laval devint baron de Madaillan. Dans la généalogie des Laval, Courcelles constate que Charles d'Albert de Laval épousa une Catherine de Pellegrue et fut le premier de sa famille qui prit le titre de baron de Madaillan.

A la page }}2, t. m, des Variétés Girondines, je lis : Arnaud d'Aubcr fit son testament le ip avril i ^4^, par lequel il institua ses héritiers universels, Pierre, Raymond, François et Jean d'Auber ses fils et Catherine de Madaillan sa

femme Plus bas, vous ajoutez : Nous ne savons si Charles d'Auber est fils

ou frère d'Arnaud, dans tous les cas il n'est pas nommé dans le testament de ce dernier.

C'est un commencement de preuve que ce Charles n'est pas un d'Auber et cette preuve se complète par le document que vous reproduisez deux lignes plus bas : le dénombrement du 23 mars 1558, signé : de Gascq, lieutenant général à Bazas, lequel certifie à tous qu'il appartiendra que Charles d'Albert, escuyer, et Catherine de Pellegrue damoisclle sa femme sieur et dame de la maison noble de La Salle de Madaillan près la ville de Sauveterre en ladicte sénéchaussée ont bailhé et remis par devers nous le dénombrement de ladicte maison noble etc.

Voilà un document cité par vous et dans lequel on lit : Charles à' Albert. Vous ajoutez : En IJ/JS ils négligèrent de faire au roi hommage de leur maison de La Salle de Madaillan qui fut saisie le i^ octobre....

C'est certainement à cette époque que La Salle passa aux d'Auber, peut être par un achat.

Nous ne connaissons ni leur testament ni l'époque de leur décès qui dut avoir lieu vers la fin de i^yj. Ils ne laissèrent probablement pas d'enfants et la maison de La Salle passa à François d'Auber fils d'Arnaud.

Charles d'Albert ne pouvait être un d'Auber ; il ne pouvait tester sous ce nom et vous ne deviez rencontrer aucun acte constatant qu'un Charles d'Auber et une Catherine de Pellegrue aient eu des enfants et disposé en leur faveur. Aussi vous dites, page 334, Nous ne savons pas au juste comment la maison de La Salle de Madaillan passa de Charles d'Auber et de Catherine de Pellegrue à François d'Auber, ce qu'il y a de sur c'est que ce dernier en était propriétaire lorsqu'il fit son testament le 14 février l^yS

Nous ne le savons pas non plus, mais ce qui est bien certain c'est que jamais les d'Auber n'ont reçu La Salle d'un prétendu Charles d'Auber. Ce Charles n'a pas existé, mais bien Charles d'Albert de Laval baron de Madaillan de La Sauvetat, lequel n'a jamais eu rien de commun avec les d'Auber.

aa LA MAISON DE MADAILLAN

Depuis la rédaction de ces notes nous avons poursuivi nos recherches et trouvé dans les .Archives départementales de la Gironde un volumineux dossier qui est désigné ainsi ; Noblesse — Cour des Aides, dans lequel se rencontrent les plus complètes justifications. M. Léo Drouyn a travaillé sur ce dossier ; il le cite plusieurs fois et il y a lieu d'être surpris, après la lecture des nombreuses pièces qu'il contient, que l'auteur des Variétés Girondines ait pu avoir le moindre doute sur la différence formelle de ces deux noms : iX'Auber, à' Albert. Dans les actes concernant les à'Aiiber. l'orthographe de ce nom est rigoureusement exacte. Dans ceux qui intéressent Jean de Madaillan, Catherine de Pellegrue et Charles d'Albert on rencontre la même précision.

Nous pouvons citer entre autres pièces :

Le dénombrement du 25 mars 1537, rapporté plus haut et signé du lieutenant général de Gascq ;

Une sentence du 15 octobre 1575, rendue par le même de Gascq, portant main mise en pleine directité accroissée sur la maison noble de La Salle de Madaillan ;

Une reconnaissance féodale du 25 juillet 1558 en faveur de « Char /es « d'Albert seigneur de Madaillan et Catherine de Pellegrue »;

Une vente faite le i" décembre 1559, par Guilhem Fortassie à Héliot de Perrin, d'un journal de terre en pré, dans la paroisse de Saint- Romain (de Sauveterre), appelé à Trabat, que Charles d'Albert et Catherine de Pellegrue retiennent comme seigneurs, etc.

Ce qui a pu amener une confusion c'est que La Salle de Madaillan semble avoir passé directement, sans interrègne, bien qu'on ignore corn, ment, des d'Albert aux d'Auber et que ceux-ci, dans un long procès au xviii" siècle, prétendaient faire de Charles d'Albert un de leurs auteurs, établir ainsi plus facilement la nobilité de la maison de La Salle comme venant des Madaillan et éviter de payer les tailles. Cette nobilité était alors, avec beaucoup d'autres, vivement contestée. Nous n'avons pas à nous occuper spécialement de ce procès ; mais il faut en tirer ce qui est nécessaire à notre discussion.

Dans l'un des nombreux mémoires rédigés à cette occasion tant par les défendeurs que par le ministère public et qui sont au dossier, se trouve un exposé très net de la situation en ce qu'elle offre d'intéressant eu égard à la précision des noms et à l'identité des personnes. Quant aux autres parties de l'argumentation il ne nous appartient pas

PRELIMINAIRES

de les apprécier. Voici les passages strictement nécessaires pour rendre la question bien compréhensible.

L'hommage dont il s'agit dans ce factum est celui qui fut rendu par Catherine de Pellegrue, après la mort de son premier mari, Jean de Madaillan, le 8 mars 1552, pour ses biens de l'Agenais et du Bazadais. Cet hommage est au dossier ; il en sera question plus loin.

Mémoire pour M" Pierre Augan, avocat en parlement et procureur du Roi, de la ville et communauté de Sauveterre, partie intervenante et demandeur en requête,

Contre demoiselle Suzanne d'Auber ; dame Jeanne d'Auber, veuve du sieur Pierre de Mauriac, écuyer ; autre dame d'Auber, épouse du sieur Jean-François de Bonneau, escuyer, capitaine au régiment de Bourbonnais, défenderesses et autrement demanderesses en relaxance,

Et Monsieur le Procureur Général du Roi en la Cour, partie principale au procès.

15 mars 1755

Pages 25 et 26. — On prétend tirer avantage de ce que Catherine de

Pellegrue est qualifiée dame de la maison noble de Madaillan, dénomination qu'on s'efïorce d'appliquer à la maison de La Salle par une erreur volontaire et grossière qui tend à confondre deux objets bien distincts et séparés, et à ajuster à l'un, des titres qui ne sont faits que pour l'autre. Si les dames parties adverses veulent se donner la peine de relire cette foule de paperasses qui composent leur production, elles verront que dans tous les actes antérieurs à l'hommage de 1552, la maison qui donne lieu au procès n'a jamais été désignée que par le nom de La Salle purement et simplement ; que c'est postérieurement audit hommage et plusieurs années après, que ladite maison a été décorée du nom de Madaillan, encore n'étoit-ce que par manière de surnom toujours précédé du nom originaire de La Salle et qu'enfin ce n'est que dans le dernier siècle et à peu près dans le temps que cette maison a été cottisée, c'est-à-dire dans un temps suspect, qu'on s'est échapé quelquefois à l'appeler la maison de Madaillan, purement et simplement, à peu près par les mêmes raisons qui font que les dames parties adverses s'attachent aujourd'hui si fortement à cette dénomination ou plutôt à cette équivoque...

La maison de Madaillan proprement dite était la maison patrimoniale de Jean de Madaillan, c'est de là même qu'il tiroit son nom. Cette maison etoit située dans la jurisdiction de La Sauvetat de Caumont en Agenois ; elle passa dans les mains de Catherine de Pellegrue par la disposition testamentaire de Jean de Madaillan son mari, et des mains de celle-ci elle passa à Charles d'Albert de Laval qui n'est point comme on le présuppose auteur des parties adverses, mais dont les descendons, portant encore le même nom, sont actuellement possesseurs de cette maison, ainsi qu'il résulte d'un extrait de l'arpentement général de la paroisse de Saint-Romat, jurisdiction de La Sauvetat de Caumont qui sera produit au procès.

C'est de cette maison que Catherine de Pellegrue se qualifiait propriétaire en ISS2, c'est dans cette maison qu'elle habitoit alors puisqu'il est dit qu'elle demeuroit dans la ville et jurisdiction de La Sauvetat de Caumont en Agenois. C'est pour cette maison en un mot qu'elle rendoit hommage en is^s ainsi que pour ses dépendances. Il est d'autant plus absurde de soulever encore des difficultés et des équivoques à ce sujet qu'elles doivent nécessairement disparoitre et se trou, vent confondues par les termes même de l'hommage où il est dit qu'il a été rendu pour les biens nobles tenus et mouvans du roi à cause de la chatellenie et seigneurie Je La Sauvetat de Caumont. Voilà donc le fief dominant bien disertement exprimé et c'est là précisément ce qui renverse de fond en comble le système des dames parties adverses et la fausse application qu'elles prétendent en faire ; car suivant elles-mêmes, la maison de La Salle n'a jamais eu aucun rapport à la chatellenie de La Sauvetat de Caumont ; elle n'en étoit pas mouvante, mais seulement du duché de Guienne. Il est donc impossible que l'hommage fut rendu pour la maison de La Salle qui étoit totalement étrangère à la seigneurie indiquée pour fief dominant d'une part et qu'on voit de l'autre la maison et château de Madaillan situé près La Sauvetat de Caumont et dans la jurisdiction ; que cette maison est encore possédée par le sieur d'Albert de Laval descendant de Charles d'Albert de Laval qui la teiioii de Catherine de Pellegrue et de Jean de Madaillan : que c'est par conséquent /<•/«<•/ servant ; on aperçoit trèsdistinctement les deux corrélatifs en matière féodale et il est d'une évidence sensible que l'hommage a été rendu pour le château de Madaillan dans La Sauvetat de Caumont en Agenois avec ses dépendances, et non pour la maison de La Salle qui étoit située en Guienne, qui n'avoit ni ne pouvoit avoir aucun rapport à la chatellenie de La Sauvetat à laquelle l'hommage est rendu

Il est inutile d'insister et nous laissons à la Bibliothèque Nationale l'honneur de conclure :

Jacques de Madaillan eut aussi un fils nommé Jean de Madaillan, lequel Jean de Madaillan laissa Catherine de Pellegrue, sa femme, son héritière et n'ayant aucun enfant..., la maison de Madaillan est venue par le mariage de ladite Catherine de Pellegrue audit Charles de Laval, dans la maison [illisible] (i i, (de Laval, sans doute.)

Page 1