CHAPITRE QUATRIÈME 25 r
Enfants nés du second mariage de Louis d'Estissac avec Louise de la Béraudière :
i" Charles de Madaillan d'Estissac, qui fut le dernier descendant mâle de cette branche et dont l'article suit.
2" Claude de Madaillan d'Estissac qui épousa, le 27 septembre 1587, François IV de La Rochefoucauld, prince de Marcillac. Elle fut héritière de son frère Charles, mort à la fleur de l'âge. Par ce mariage '< la Maison grande d'Estissac » ainsi qualifiée par Brantôme, alla se fondre dans celle de La Rochefoucauld. La seigneurie, les titres et les armes d'Estissac étaient donc restés pendant 129 ans dans la maison de Madaillan, depuis la donation faite, le 22 mars 1458, par Amaur}- Fergant d'Estissac et Marguerite d"Harcourt, sa femme, à leur neveu, Jean de Madaillan-Lesparre.
François IV [de La Rochefoucauld] épousa l'héritière de la maison d'Estissac; François V fut créé duc et pair en 1622; François VI fut l'auteur des Maximes et François VII épousa Charlotte du Plessis- Liancourt. Alexandre, duc de La Rochefoucauld, petit-fds de François VII, mourut en 1762, ne laissant que deux fdles : Nicole et Marie, qui épousèrent leurs deux cousins : 1° N., comte de Roussy; 2'^ Louis de La Rochefoucauld de Roye qui reçut le brevet de duc d'Estissac [pour ses terres de Champagne]. Son fils avait pris le nom de duc de Liancourt... Les barons de La Rochefoucauld-Bayers furent détachés du tronc principal au xiv= siècle. La maison de La Rochefoucauld forme deux branches distinctes dont la séparation date du xvp siècle..., celle des ducs de La Rochefoucauld-Liancourt, La Roche-Guyon et Estissac, et l'autre celle des ducs de Doudeau ville (i).
XIV. — Charles de Madaillan d'Estissac était tout enfant à la mort de son père en 1565. Il fut élevé par sa mère sous la tutelle de son oncle Arnold, abbé de Celles. Montaigne nous a fait connaître les heureuses qualités qu'il avait en partage, les belles espérances qu'on mettait en lui et les sollicitudes maternelles dont il était l'objet. Venu de très bonne heure à la cour où l'appelait sa naissance, il semblait destiné à un magnifique avenir. Mais hélas ! ainsi que tant d'autres,
I. Xote de M. Paulin-Paris au t. m, pp. 359 et 560 de son édition de Tallement des Réaux,
à la Heur Je son âge, il tomba victime de la folie des duels ; sinistre fantaisie, passe-temps inhumain auquel les gentilshommes de cette époque s'adonnaient gaiement comme à un simple jeu. Cet étrange sport, cette terrible monomanie de l'épée fauchèrent sans profit bien des existences précieuses à la patrie, dérobant au champ de bataille, au champ d'honneur, tous ces brillants courages vainement déployés dans le champ clos qui n'est que celui du point d'honneur.
Dans ces rencontres, presque toujours fatales, les lois de l'amitié étaient méconnues. L'usage, la mode dont le despotisme a toujours si lourdement et si sottement pesé sur l'humanité, voulait alors que les témoins prissent part au combat. Ceux-ci, sans avoir pour excuse la haine ou la colère; sans avoir un outrage à venger; par pure ostentation du mépris de la mort, devenaient tout-à-coup d'enragés adversaires et des hommes, qui la veille seraient morts l'un ]iour l'autre, s'entretuaient le lendemain.
Charles d'Estissac av^ait pour camarades de jeunes et téméraires gentilshommes comme lui, dont la plupart étaient ses compatriotes de Guienne, notamnient Charles de Gontaud- Biron, Montpezat-Laugnac, Bertrand de Pierre-Buffière-Génissac, Claude de Pérusse des Cars seigneur de la \''auguyon prince de Carency, de la Bastie, etc.
Le duel dont nous allons reproduire le récit fut un des plus célèbres et des plus terribles de l'époque, tant à cause de la qualité des adversaires que de la véritable férocité qu'ils y app(;rtèrent. Dans cette atïaire il n'y avait ni rivalité galante, ni querelle religieuse. C'est une enfant de lo ans qui fut la cause bien innocente de ce combat fatal.
La belle et célèbre Marguerite de Lustrac avait épousé, en