CHAPITRE CINQUIEME
res, ces mœurs judiciaires qui furent l'honneur et la grandeur de l'ancienne magistrature et un peu celle de la France.
A l'appui de ces considérations, on a invoqué les exemples de Rome qui ne permettait que deux exercices à ses citoyens, l'agriculture et la guerre ; et de Carthage, dont les citoyens voulant jouir de leurs biens et croyant tout trouver dans leur argent, confiaient à des mercenaires la défense de leur pays. On pourrait citer aujourd'hui la Chine et le Japon ; mais sans aller chercher aussi loin, ne serait-il pas possible de montrer par des exemples bien près de nous, qu'une nation qui veut devenir ou demeurer grande, a besoin que ses hommes de guerre, voire ses hommes d'Etat, s'abstiennent de faire des affaires. Pour ces grandes et nobles fonctions, enfin, l'influence atavique — le mot est-il assez moderne ! — doitelle être dédaignée ?
Nous n'avons pas à nous occuper de la déchéance pour cause d'infamie ou autres causes diverses. Nous n'envisageons que la plus ordinaire, la plus fréquente, celle qui obligeait pour faire vivre une famille à prendre une profession mercantile. « Celui qui avait fait un acte de dérogeance... ne perdait « pas sa noblesse qui était seulement voilée ou sommeillait. « Il pouvait la reprendre de sa seule autorité en allant faire à « la commune sa déclaration qu'il cessait d'exercer la profes- « sion qui l'avait fait déroger, et qu'il reprenait sa position « nobiliaire, son épée, ses qualifications dans les actes « publics... Si la dérogeance avait duré pendant plus de deux '< générations, la déclaration à la commune ne suffisait plus, « il fallait obtenir du roi d'être relevé de cette déro- « geance... » (i).
I. Re-one de VAgcn.us, t. xii, p.jii. — Etat de la Noblesse et des vleant noblement, par M. de Bourrousse de Laffore.
;i)6 LA MAISON DE MADAII.LAN
Cette faveur, cette grâce qui aurait dû être une compensation aux sacrifices que les aïeux s'étaient imposés, le plus souvent pour le service du paj-s, devenait fort onéreuse à cause des droits de chancellerie et de l'obligation de faire registrer les titres au Parlement. Nous verrons que les descendants d'Elie et de Pierre furent longtemps inquiétés et même poursuivis pour l'acquittement de ces droits.
Les lettres de réhabilitation nous apprennent que Pierre de Madaillan avait été ruiné par les guerres de religion et que, pour réparer ses pertes, il s'était livré "; à quelque trafic et négoce de peu de considération ». Il devait être protestant et si Monluc est allé au Cauze s'asseoir sur le fameux escabeau, c'est sans doute après en avoir expulsé le propriétaire. Monluc fut l'ami des Laval mais non celui des .Madaillan. Nous regrettons que l'absence de documents ne nous permette pas de préciser et de dire ce (.[u'a été Pierre de Madaillan comme soldat ruiné par la guerre, avant de se livrer au négoce pour refaire sa fortune.
Nous pouvons signaler inie reconnaissance faite par lui en 1610 à Jean-Jacques d'Albert de Laval, seigneur de Madaillan (1). Il lit son testament, le 5 octobre 1O13, en faveur d'Isaac et Pierre ses deux lils. Il y est qualifié sieur du Cauze (2).
Les enfants nés du mariage de Pierre de Madaillan avec .\Iarguerite de Tours furent :
i" IsAAC 1)1-: .vIai).\ii.i..\n dont rarticlc suivra.
2" Marik dk Madaillan qui épousa Jean de Paloquc, sieur de Pedelmas, lieutenant pour le roi en la ville, terre et comté de Montbelliard. Ils sont nommés au contrat de mariage de leur fils Jean de