‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 239 sur 327 · CHAPITRE CINaL'IÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINaL'IÈME

« avec la plus entière égalité, soit dans la répartition qui en « sera faite, soit dans la forme de les acquitter. »

Jusqu'au dernier jour cependant, les privilèges n'allèrent pas sans charges. Le noble notamment, demeurait astreint au service militaire et il lui était interdit de s'enrichir dans le commerce ou l'industrie. Le gentilhomme quelle que fût l'antiquité de sa race, la grandeur des services rendus, qui cessait de vivre noblement, c'est-à-dire de ses revenus, sans autre industrie que l'agriculture, cessait d'appartenir à la noblesse ; il dérogeait, et devait obtenir du roi d'être relevé de cette dérogeance, d'être réhabilité, s'il tenait à reprendre sa place dans son ordre. Réhabilité, a-t-on dit parce qu'il avait travaillé et fait des affaires 1 Beau sujet de déclamations, assurément, mais, à la réflexion, mesure d'une profonde sagesse.

A l'industrie et au commerce leur part d'avantages et d'honneurs 1 On le comprenait sous l'ancien régime, et qui l'a jamais mieux entendu que Louis XIV et Colbert. Les services rendus dans ces branches de l'activité humaine si importantes à la prospérité d'un état, pouvaient conduire à la noblesse, mais le noble ne pouvait être industriel ou commerçant (i). Il devait être soldat ; son métier était celui des armes ; sa vocation, la défense du pays ; l'idée maîtresse de sa

I. CoasnlteT Nouveau Denfsard, V. Noblesse, n"s 55 à 61. Il dit que le commerce prohibé était le commerce de détail ; celui du ^fos était « expressément permis tant aux nobles qu'aux anoblis « excepté aux magistrats, par deux édits ; l'un du mois d'août 1669... l'autre du mois de décembre « 1701. Voici quelques dispositions de ce dernier édit : voulons et nous plait que tous nos sujets nobles t. par extraction, par charges, ou aulrement, excepté ceux qui sont actuellement revêtus de ch.irges de « magistrature puissent faire librement toute sorte de commerce de gros (par exemple le commerce « de mer qu'ils ont été autorisés de faire par l'édit de 1669) tant au dedans qu'au dehors du royaume, « pour leur compte ou par commission, sans déroger à la noblesse... seront censés et réputés mar- « chands et négociants en gros, tous ceux qui feront leur commerce en magasins, vendant leurs mar-

< chandises par balles, caisses ou pièces entières et qui n'auront point de boutiques ouvertes, ni aucun « étalage ou enseignement à leurs portes et maisons. Voulons que dans les villes où jusqu'à présent

< il n'a pas été permis de négocier et faire trafic, sans être reçu dans quelques corps de marchands, 4r il soit libre aux nobles de négocier en gros, sans être obligés de se faire recevoir dans aucun corps ". de marchands, ni de justifier d'aucun apprentissage... *

vie, le dévouement poussé jusqu'au sacrifice; tout cela se résumait d'un mot : le service du roi.

Ce service appauvrissait plus souvent qu'il n'enrichissait. « Cette noblesse toute guerrière... qui sert toujours nvec le '< capital de son bien, qui quand elle est ruinée donne sa " place à une autre qui servira avec son capital encore ; cpi, '< quand elle ne peut espérer les richesses, espère les hon- " neurs, et, lorsqu'elle ne les obtient pas, se console parce '< qu'elle a acquis l'honneur » (i).

Les hommes élevés ou vivant dans un comptoir ne pouvaient généralement rendre de pareils services, accepter une telle vie. Habitués au calcul de la recette et de la dépense, ils ne pouvaient, sans un grand effort, abandonner des opérations fructueuses pour suivre une carrière qui l'était si peu. Ils restaient d'excellents serviteurs de l'Etat, mais ils devaient être rayés des cadres d'une noblesse militaire ; ils dérogeaient.

Les mêmes considérations s'appliquaient à la noblesse de robe. Un homme qui n'a jamais passé pour entiché de préjugés nobiliaires. Monsieur Dupin aîné, a ilit des anciens parlementaires : '' leur grande naissance ne leur inspirait pas '< une vanité ridicule ; on a même remarqué qu'ils dédai- « gnaient de s'intituler ducs, marquis, comtes ou barons. « pour ne prendre que la qualité de conseiller, président ou '< d'avocat général. Mais elle leur donnait la hauteur et la « fierté nécessaires pour déconcerter l'importance des gens '< de cour et résister aux sollicitations hardies des hommes '< puissants » (2). Les fils de ces familles de robe se pénétraient des précieuses traditions de leurs ancêtres ; ils prenaient les habitudes de travail et d'indépendance de leurs pè-

I. Montesquieu, hsprit des Lois, liv. xx, ^hap. xxii. 5. Des Magistrats, p. i).

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