‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 252 sur 327 · CHAPITRE CIN'QUIÈMi; ^OQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIN'QUIÈMi; ^OQ

curieuse lettre qui contient de longs détails sur la campagne de 1703 et la bataille d'Hochstett gagnée par Villars. Elle mérite d'être reproduite (i).

Du camp devant Hausbourc ( Augsbourg) sur la rivière dii Lee (Lech), le ■? octobre 1703.

Je resseus avant ver, Monsieur mon cher voisin, la lettre que vous aves eu la bonté de mescrire du 24 juin, encore trop heureux de l'avoir. Je ne saurois vous exprimer combien je suis reconnoissant de toutes les bontés dont vous monorez. L'on ne sauroit astre plus sensible que je le suis aux marques d'estime et d'amitié que vous voules bien m'accorder. Je vous jure et vous proteste que si forte que puisse estre celle que vous aves pour moy elle ne sauroit jamais ésgaler celle que j'ay pour vous. Si le commerce des lettres ne nous avoit pas esté interdit par les grosses conquettes que nous avons fait dans la Souabe qui nous ont éloigné extrêmement de la Suisse qui est le seul endroit par ou Ion pouvoit escrire je vous aurois donné lieu mon cher voisin dettre persuadé que personne ne peut vous estre plus acquis que je vous le suis. Je risque celle-cy comme plusieurs autres ont fait. Je doute tort qu'elle vienne jusques à vous. Si je suis assez heureux je vous supplie destre persuadé de toute mon estime et de toute mon amitié. Si nous approchons comme je l'espère je vous promets de vous donner des nouvelles de tout ce qui se passera dans le pais et vous marquer le plus souvent qu'il me sera possible la sincérité avec laquelle je suis, Monsieur mon cher voisin, vostre très humble et très obéissant serviteur.

M.\D.\ILHAX.

Vous voules bien me permettre d'asseurer Madame de Roquepiquet toutes vos damoiselles et vostre chère famille de mes obéissances et de les asseurer que j'aurai une éternelle reconnoissance de toutes leurs bontés. Je suis persuadé que j'ai obligation a leurs vœux et à leurs bonnes prières de la santé dont j'ai toujours joui grâce à Dieu.

A tout azart je m'envas vous mander des nouvelles car je ne me consolerois pas si ma lettre vous estoit rendue sans vous les avoir escrites.

Par la lettre que jay escrit à Mons. de Saint-Léger tout autant que la mémoire me peut fournir je lui mandois que Le Lecteur de Bavière nous devoit passer en revue ce qu'il fit deux jours après, il fit joindre à son armée une brigade d'infanterie de celle de Monsieur le maréchal de Villars et marcha dans le Tirol pour tacher de faire une communication de nostre armée avec celle d'Italie. Lafaire na pas réussy comme on l'avait projette, ainsi il n'en faut plus parler. Je vous diray en passant que cette course nous a fait perdre la conquêtte du Vurtemberc. Nous partismes deux jours après la revue du Duc de Bavière. Après quatre jours de

I. Cette lettre a été trouvée dans les archives du château de Roquepiquet par M. l'abbé Dubois, curé de Saint Pierre de Buzet qui a bien voulu nous la communiquer. Roquepiquet (domaine de la famille de Gervain) est situé, comme Massy, sur le territoire de Verteuil-d'.\genais.

marche Monsieur le maréchal fit donner dix jours de séjour a son armée ; son Cartier leut a Eicrik dans une maison de plaisence du Duc de V'urtemberc. Nos deux bataillons eurent une petite ville sur le Danube que l'on nomme Rictelingue ou nous estions parfaitement bien si cela a\ oit duré. Les autres troupes feurent répendues a proportion mais comme nostre général vouloit gagner pais nous partîmes après ce petit séjour. Nous passâmes par Houlme très belle et bonne place de guerre que son Altesse avoit pris l'hiver passé, qui est une spèce de petite république sur le Danube ou l'on laissa un bataillon pour renforcer la garnison que Lelecteur y avoit. Le reste de l'armée marcha et feut passer le Danube a Lavingue distente de huit lieues de Houlme et campa a Gondecfingue (?) ou nous demeurasiiies quinze jours après quoy nous décampâmes pour aller camper entre Lavingue (N'illengen) et Delingue (Dutlengen ou Dillengen) ayant le Danube derrière nous et les deux petites villes a nostre droitte et a nostre gauche, une belle plaine de\ant nous et au bout, des coteaux tout remplis de bois.

Les ennemis qui avoient ramassé pour lors un corps considérable et que nous n'avions pas encore veu quoy que nous feussions 4 lieues avant dans leurs pais vindrent se camper sur la hauteur vis à vis de nous ayant les bois derrière eux et la plaine devant eux, tout comme nous. Les deux armées se fortifièrent de part et d'autre et nous avons resté deux mois entiers en présence sans nous rien dire. A la vérité il ni avoit pas de jour que nostre général nallat dans la plaine reconnoittre le camp des ennemis. Il étoit suivi d'une grosse cohue d'officiers et saprochoit de si près que presque tous les jours il y avoit de bon coups de pistolets tirés entre nos officiers et ceux des ennemis et des bon coups de carabines entre leurs oussars et les nostres. Ces petites cavalcades nont pas laissé que de coutter la vie a quelques officiers a la vérité a peu. Si les ennemis avoit vouleu en taster le maréchal en seroit veneu volontier aux mains. Pendant tout ce séjour les ennemis resseurent du renfort de tous costés et se trou\èrent supérieurs a nous de quinze mil hommes, mais aucune fois ils n'osèrent jamais nous attaquer. Le prince Louis de Bade qui commandé l'armée de l'empereur prit le party de laisser 20 à 2S mil hommes dans les retranchemens et avec le reste de son armée prit le chemin de Hausbourc dont il s'est saisy et le tout par la trop grande confiance que Lelecteur leurs avoint acordés s' estant mesmes mis sous la protection de son Altesse et comme on ne contoit jamais que ces maraus manqueroit à leursparolles Ion avoit seulement marché de ce cotté pour estre a portée de les secourir si le prince Louis vouloit les insulter. Nostre surprise ne feut pas des plus petites lorsque nous aprimes que les malheureux leur avoint ouvert les portes et les avoint ressens a bras ouvert. Lelecteur qui nous avoit joint pour lors il y avoit deux ou trois jours avec nostre brigade quil avoit amené et quelque peu de son infanterie, fit marcher l'armée droit aus ennemis. Q.uan nous feusmes a portée Ion trouva quil n'estoit pas attacable étant posté entre deux rivières le Lee derrière luy, un autre gran ruisseau devant, a la droitte la ville et a la gauche des bois, des marais, si bien mon cher voisin quil faleut rétrograder et venir camper a une lieue en desa. Dans ce temps le gênerai Stiron (Styrum) ( 1 ) que le prince de

1. l.c L'onite Je Slyniin coniniaiidait alors les Cercles Allemands.

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