CHAPITRE CINQUIÈME
Bade avoit laissé dans ses retranchements en sortit et vint camper sur le bord du Danube entre deux petites villes qui sont Hoster et Danouer (?), dans le dessein de former un pont sur le Danube et nous mettre entre son armée et celle du prince de Bade, projet qui nous auroit très incommodé s'il avoit réussy, qui nous auroit osté la communication de toutes les villes que nous avons sur le Danube et qui nous auroit obligé d'entrer en Bavière. Monsieur Lelecteur et le mareschal ayant esté informé de leurs dessein furent camper a demy lieue de Danouer et après avoir campé et laissé allumer les feux aux officiers et soldats Ion ordonna l'ordre que la retrete serviroit de generalle si bien qu'un moment après nos généraux décampèrent a la faveur de la nuit laissèrent la conduitte de tous les esquipages a trois bataillons, passèrent le Danube a Danouer et marchèrent en toute diligence droit aux ennemis c'est a dire au général Stiron (Styrum). Ils avoint ordonné a M. d'Usson qui commandoit dans les retranchemens avec 19 bataillons et 17 scadrons de se trouver a une telle heure avec les troupes a un endroit marqué afin de charger les ennemis sur la gauche tant qu'on les attaqueroit sur la droitte. L'afaire ne réussit pas tout a fait. M. d'Usson arriva un peut trop tost au rendes vous ce qui fit que les ennemis feurent advertis et que la defaitte ne feut pas complète. Le gênerai Stiron ayant apris la marche et l'arrivée de M. d'Usson devant Hostel, ne sachant pas la marche de la grosse armée marcha droit a luy pour le charcher, il y eut mesme un choc considérable de cavalerie, par parentese Fougueiras (?) frère de Brugère y a eu le bras cassé, un fils de M. de Rabar de mesme et le cadet de Cazanave blessé légèrement ; je ne vous parle que de ceus là parcequ'ils sont nos voisins. Revenons a la bataille. Dans le temps que l'on chamailloit devant Hostel le général Stiron vit paroistre derrière luy la grosse armée qui venoit au galop a luy c'est a dire très vite. Cette marche le fit changer et ne songer plus qu'à sa retraite qui feut si belle qu'elle feut admirée de tous nos généraux et de toute l'armée. L'on chargea toutes les fois que on pouvoit les joindre. 11 ne feut pas possible a l'infanterie d'en venir aux mains a la réserve du régiment Dauphin (i). La cavalerie a beaucoup brillé et l'on peut dire a leur louange que toute celle des ennemis a plié devant eux. Enfin, mon cher voisin, je vous diray sans exagération que nous les poursuivismes deux lieues et demy toujours en plaine sans pouvoir jamais les joindre a plaisir et sans les pouvoir couper ; a ça ils avoint sur leur droitte les bois et sur leur gauche un fon? Ils se retirèrent dans le meilleur ordre du monde et firent bonne contenence tant qu'ils trouvèrent de plaine après quoy ils se jettèrent tout entièrement dans les bois et ce combat finit fautte de combattans cet adiré que cette armée se dispersa dans les bois comme une troupe de perdreaux et tout d'un coup dispareut à nos yeux. Nostre infanterie estoit si fatiguée qu'elle ne pouvoit pas mettre un pied devant l'autre ; elle avoit marché 10 lieues sans discontinuer et toujours d'une vitesse incroj'able. Cella obligea les généraux de faire faire halte. Jusques là, mon cher voisin, je ne crois pas que nous eussions so prisonniers ; les maraudeurs se débandèrent dans les bois et en moins de 24 heures, ils en amenèrent sooo et